Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 13
Hailey
Hunter m’a démasquée bien trop rapidement. Pire, encore. Même s’il n’en a pas conscience, en restant à mes côtés, il joue avec une part de moi que j’ai longtemps enfouie. Celle qui était amoureuse de lui.
Ses mots virevoltent autour de moi, tandis que l’odeur de son parfum me chatouille les narines. L’envie de mordre dans sa lèvre inférieure m’oppresse, histoire de lui donner une bonne leçon. Mais je ne m’abandonnerai pas comme ça. Pas même pour ses beaux yeux. Pas après tant d’années à mener un travail acharné.
Je me détache de lui, bouillonnant de deux émotions contradictoires : la haine et le désir. Il me faut plus de distance entre nous, mais je suis coincée entre son corps et le mur dans mon dos.
— Recule avant que je te taille en charpie, craché-je.
— Sois certaine de ne me laisser aucune chance de t’emporter avec moi.
— Compte là-dessus.
Hunter s’éloigne, et je déteste la sensation de froid qui m’enveloppe. Mais pas autant que la question qu’il me pose ensuite.
— Alors, Hailey ? Quel est ton objectif dans cette mission ?
Il approche de la fenêtre pour regarder en contrebas, comme si cette conversation était anodine.
Sa perspicacité m’emmerde. Il ne lâchera pas le bout de gras, et je ne peux décemment pas tout lui dire, même si j’ai souvent songé à tout foutre en l’air depuis mon intégration à la Pyramide.
Le savoir en vie a failli me faire capituler à de nombreuses reprises, rien que pour le retrouver. Mais plus les années passaient, plus ma rancœur envers lui grandissait. Il était le seul sur qui je pouvais compter, et il n’a pas été là.
Sans en avoir connaissance, Hunter est la clé de ce qui m’a permis de tuer, la première fois. Comme si en abattant un homme, j’avais essayé de me débarrasser des sentiments que j’avais pour lui.
Quatre ans que je pactise avec le diable, refoulant toute trace de compassion. Ce n’est pas aujourd’hui qu’il me fera plier, alors, j’inspire, bien décidée à me confronter à ses questions et à les tailler en pièces.
— Trouver Rose, affirmé-je en sachant très bien qu’il va creuser davantage.
— Pourquoi ?
— Pour la ramener à la Mante.
— Pourquoi ? répète-t-il avec plus de hargne dans la voix.
— Parce que c’est la mission qui m’a été confiée.
Hunter fait volte-face, ses yeux me lançant des éclairs.
— Tu réponds comme un robot.
— Toi, tu te fais des idées.
Je soutiens son regard, en espérant qu’il ne remarque pas à quel point je suis sur le fil du rasoir. Ce gris ne cesse de hanter mes nuits depuis nos retrouvailles.
— Pourquoi la Mante veut-elle m’offrir ma liberté ?
— Je l’ignore, mens-je. Tu n’auras qu’à demander ça à Ezekiel quand nous lui ramènerons la fille.
Hunter se rassied sur son lit, l’air pensif. Ses sourcils se froncent comme s’il cherchait à démêler des dizaines de pelotes de laine. Je profite de son silence pour m’imposer.
— Dépêchons-nous, nous allons être en retard.
J’amorce mon départ en saisissant ma valise, puis je me dirige vers la sortie. Toutefois, j’avais oublié sa ténacité.
— Pas avant que tu répondes à mes questions, rugit-il.
Je resserre ma prise autour de la poignée, comme pour me donner un point d’ancrage solide. Mais dès lors que je me retourne, une nouvelle fois, je me sens tanguer.
— Hunter, l’important est de retrouver la fille, affirmé-je.
— Quel est l’intérêt ? Nous pourrions tout aussi bien échouer.
— Dix ans que tu t’échines à buter des salauds sans un faux pas, et là, tu prétendrais qu’un échec ne te poserait aucun souci ? Cela n’aurait aucune cohérence.
Hunter se lève, et, à mesure qu’il s’approche de moi, mon corps se tend. Reste loin de moi, pitié !
— Ça me rendrait faillible d’échouer à cette mission, n’est-ce pas ? La Mante me le pardonnerait-elle ? J’en doute. Alors, comme ça semble te tenir à cœur, je vais te suivre tel le bon toutou que je suis.
— Pourquoi je sens qu’il y a un mais ?
La sensation d’étouffer s’accentue à chaque pas qu’il fait dans ma direction. Je reste plantée, les deux pieds au sol, dans l’incapacité de l’en empêcher, comme paralysée par sa stature.
Hunter a pris en masse. En sex appeal aussi.
Mais ce qui me saisit le plus, c’est cette aura sombre et magnétique qui se dégage de son visage céleste. Comme l’expression le dit : on lui donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, Hunter Roy n’a rien d’un ange.
— Tu as également des failles, Hailey, et je m’emploierai corps et âme à y entrer, pour savoir ce que tu caches.
Sa phrase vibre comme une promesse aux sens multiples. Elle m’embrouille l’esprit, autant que ce parfum boisé qui électrise ma peau. Je me raccroche au peu de raison qu’il me reste pour ne pas flancher.
— Recule, grogné-je.
— Sinon quoi ?
Un clic distinctif provenant de ma manche résonne dans le silence de ma réponse, tandis qu’un léger sourire apparaît sur les traits de Hunter.
— Lames rétractables. Intéressant.
— Tu n’es pas le seul à aimer les armes blanches, bien qu’un bon vieux fusil à pompe me conviendrait parfaitement pour ta cervelle. Recule, répété-je en détachant chaque syllabe.
— Comme tu voudras.
Hunter ne tarde pas à s’exécuter, et je respire enfin.
— Si jamais un jour tu cherches à me buter, je te le répète : tâche de ne me laisser aucune chance, Hailey.
— Et je te redonne la même réponse : tu peux compter dessus.
J’avance jusqu’à la sortie, bien décidée à fuir cette pièce trop exiguë à mon goût. Mais avant de franchir le seuil, j’en rajoute une couche, comme si cela pouvait me permettre de reprendre la main.
— Ou sur les Italiens, si tu me cherches un peu trop. Je t’attends dans la voiture. Tu as cinq minutes, pas une de plus.
Sur ces mots, je claque la porte, le cœur sur le point d’éclater. Maintenir Hunter à distance faisait partie des points que je redoutais. Et il semblerait qu’il prenne un malin plaisir à tester mes limites.
Sois forte, Hailey. Pour Noah, et pour tes parents.
*
* *
Pour notre première visite, nous remontons l’allée pavée de l’école internationale d’Aberdeen, les sens en alerte. Les Italiens ont pu tomber sur des indices plus concrets que les nôtres en fouillant l’habitation de James Manson et nous risquons de les croiser.
Chaque pion avancé doit être réfléchi. D’autant plus que nos adversaires ont l’avantage du nombre, ce qui signifie que certains d’entre eux se sont peut-être déjà déplacés à l’abbaye de Kylemore, dernier endroit où est supposée se trouver Rose Manson.
— Tu as pris un rendez-vous ou bien nous devrons jouer une carte plus musclée ? demandé-je à Hunter.
— J’ai un rendez-vous.
— Quand l’as-tu pris ?
Il garde le silence, ce qui m’agace d’autant plus.
— J’imagine que tu n’as aucune accréditation à la STV, non plus, raillé-je.
— J’ai un atout dans ma manche, ne sois pas nerveuse.
L’envie de lui faire ravaler son assurance me démange. D’ordinaire, nous travaillons sous couvert, méthodiquement ou avec impulsivité dans mon cas. Nous sommes comme des ombres qui suivent leur proie, éliminant les indices récoltés à mesure de leur avancée. Ici, l’urgence de notre mission nous oblige à enquêter à visage découvert. Cela pourrait nous compromettre.
— Je ne te connaissais pas cet humour incroyable, lancé-je, sarcastique.
Bien malgré moi, je suis Hunter qui nous emmène vers une tour carrée de quatre étages. En plein milieu d’un ensemble de bâtiments modernes, son style féodal dénote dans le paysage.
À mesure que nous en approchons, je distingue la silhouette d’une femme à l’allure collée montée. Son air strict ne me dit rien qui vaille, mais dès qu’elle nous aperçoit, ses traits semblent se radoucir.
— Monsieur et madame Winsley ? nous demande-t-elle aussitôt, en français.
— Oui. Veuillez nous excuser pour le retard.
Mon cœur cesse de battre en entendant Hunter lui répondre sans un accent. D’ordinaire, nous échangeons en anglais, et j’avais oublié à quel point la langue de Molière glissait d’entre ses lèvres d’une façon aussi poétique.
— Votre français est impeccable, s’exclame notre hôte.
— Je vous remercie, madame. Pouvons-nous toutefois poursuivre en anglais. Ma femme n’est pas bilingue, ajoute-t-il avec un petit rire.
Il se fout de moi ? Je me mords l’intérieur de la joue pour contenir le flot de jurons qui tourbillonne dans ma bouche. Flot qui s’envole au profit d’une douce décharge électrique lorsqu’il glisse sa main dans le bas de mes reins…
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