Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 2
Hunter
Le carillon tinte lorsqu’un nouvel habitué entre dans le bar. Une brise fraîche provenant de la terre battue par une pluie drue me parvient depuis l’extérieur. Cependant, ces douces senteurs laissent vite place à l’odeur âcre accrochée à ce tripot comme une puanteur tenace, composée d’un mélange de tabac froid et d’alcool.
Derrière son comptoir, le gérant essuie un verre avant de jeter son torchon sur son épaule. Je lui fais signe en levant la main, il opine du chef.
— La météo n’est pas au beau fixe, n’est-ce pas ? m’interroge Lou en arrivant à ma table.
Il récupère ma chope pleine comme si de rien n’était. Il est de ceux qui aident le cartel, pour lequel je travaille, à opérer en toute discrétion. Ce soir, je ne bois pas. Je reprends enfin du service.
Trois semaines depuis ma dernière mission, il était temps !
Je commençais à tourner en rond, dans une routine quotidienne barbante. Sport, forge de mes prochaines lames, manger et pioncer. S’ajoutent à cela les quelques extras dans les bars de striptease de la ville. Mais rien de tout ça ne m’apporte plus qu’un réconfort physique. Cela ne m’aide en aucun cas à dormir mieux. Me voilà donc fatigué, aussi, avec des cauchemars à répétition.
Tuer la concurrence pour le compte d’un des plus gros cartels nord-américains n’a rien d’une partie de plaisir. J’ai accepté une proposition, il y a dix ans, quand une frappe bossant pour l’un d’entre eux a supprimé mon frère en plein jour. Noah.
Avec mes facilités d’apprentissage et mon excellente condition physique, j’aurais pu décider d’aller en école de police pour enquêter sur son meurtre. Au lieu de ça, j’ai tout plaqué pour assouvir mon besoin de vengeance.
Était-ce le bon choix ? Certainement pas.
Je suis dans un putain de cercle vicieux désormais : tuer ou être tué. Je ne peux plus revenir en arrière. Ce qui me maintient en vie en plus de la satisfaction de buter des fils de putes ? L’adrénaline liée à l’imprévu. Elle me permet d’effacer de mes songes un regard si particulier : le dernier. Chez chaque cible, à quelques secondes de la fin, avec des émotions différentes, il reflète étrangement cette même peur de la mort. Dix ans que je la côtoie, sans jamais la toucher du doigt. Jusqu’à quand cette magie opérera ? Je l’ignore.
— Trois jours de pluie et des températures qui tendent vers zéro. Ça sent l’hiver qui approche, ajoute Lou.
Le code que je dois lui répéter me ramène au présent. C’est l’heure. Plus que jamais, je suis prêt à risquer ma vie pour abattre des chefs de gangs ou des petites frappes qui se pensent plus malignes. Et à replonger dans ce cercle perpétuel.
— L’hiver approche, en effet.
Je lui laisse un billet, puis me lève. Quelques regards curieux pèsent sur moi, surtout lorsque je me dirige vers les toilettes plutôt que la sortie. Quelques gars traînent dans le couloir desservant les sanitaires. L’un d’entre eux s’essuie le nez d’un revers de main.
Je détourne mon attention de cette scène et je fais comme si je n’apercevais rien de cette déchéance. Je lutte pour ne pas intervenir lorsque l’âge des camés descend en dessous de la majorité. Cela me renvoie tant à Noah, et à tout ce que je n’ai pas su voir. Jamais je ne me le pardonnerai.
Une odeur familière me ramène au présent. Celle de l’herbe. Elle émane de l’arrière-cour. Je m’empêche de respirer, jusqu’à ce que la porte de l’espace réservé aux employés apparaisse. En vitesse, je m’y engouffre.
Un couloir sombre se profile devant moi. Les loupiotes installées ici et là semblent venues d’un autre temps. Elles guident mes pas jusqu’à la salle où un lieutenant de la Pyramide va me confier ma nouvelle mission.
Sans frapper, j’entre dans la pièce de pause. Les stores ont été abaissés, les rideaux fermés, comme à chaque fois, ne laissant que le halo du vieux luminaire éclairer la table au plateau taché de café. Des effluves de rance me montent au nez, tandis que la silhouette de Nikolaï se détache aussitôt du mur.
En arrière-plan, une autre odeur me chatouille les narines, mais je n’ai pas le temps de l’analyser que mon supérieur commence son brief.
— Voilà les infos, Okhotnik, s’exclame-t-il en lançant un dossier sur la table bancale.
Le Chasseur, c’est comme ça qu’il me désigne, en rapport avec mon prénom et mon tableau de performances plus que fourni. Le meilleur de tous les larbins qui font le sale boulot.
Je me saisis de la chemise, l’ouvre, et découvre la photographie d’une très jeune fille. Mon sang se glace aussitôt.
— Tu te fous de ma gueule, Nikolaï ? Je bute des cibles qui n’ont rien d’enfants de chœur, certes, mais là, la gamine doit avoir cinq ans tout au plus.
— Tu n’auras pas à la tuer, me précise Nikolaï de sa voix grave.
Avec sa boule à zéro et sa cicatrice sur le visage, il effraie tous ceux qui croisent sa route. Pas besoin de costume d’Halloween pour ce grand gaillard. Mais, moi, il ne m’intimide pas.
Ce qui me titille en revanche, c’est ce parfum délicat qui flotte dans l’air, en contraste avec le lieu. Nous ne sommes pas seuls dans cette pièce. Qui que soit la personne qui nous observe dans l’ombre, je ne plierai pas.
— Le kidnapping ne fait pas partie de mes attributions, déclaré-je avec fermeté.
Jusqu’à maintenant, je n’ai refusé aucune mission, mais je ne toucherai pas à cette enfant.
— Ne me casse pas les couilles, Hunter. Tu vas faire ce que je te dis, sinon…
— Sinon quoi, Nikolaï ? grondé-je. Tu penses pouvoir me dérouiller comme tu as tenté de le faire la dernière fois ?
Il a beau être plus haut dans la hiérarchie, distribuant ses ordres comme des petits pains, je ne marcherai pas dans sa combine d’intimidation. Il le sait et a fait les frais de ma spécialité : les armes blanches. L’incision en travers de sa bouche devrait le lui rappeler. Je ne tue pas les témoins. Il y a trois ans, il a voulu me faire éliminer un ado, car il m’avait vu trancher la carotide d’un chef de gang. J’ai refusé. Le gamin a été abattu deux jours plus tard, d’après les infos, ce qui a valu à Nikolaï une trace de mon mécontentement. Hormis ce couac, je n’ai à compter aucun dommage collatéral en dix ans.
— Considère cette mission comme l’aubaine de ta vie, me relance le lieutenant.
Un rire sarcastique rebondit sur les murs. Un rire qui ne provient pas de moi ni de Nikolaï. Dans ma poitrine, mon rythme cardiaque monte crescendo à la tension qui règne autour de nous. Les sens en alerte, j’observe la pièce d’un œil attentif, respire longuement pour étudier cette odeur que j’avais mise de côté.
— La liberté. Voilà ce que la Mante t’offre en retour.
Cette voix féminine résonne au ralenti, comme si mon cerveau en décuplait l’analyse. Pourquoi me semble-t-elle si familière ? Qui est-elle ?
— Mon âme est damnée depuis belle lurette, lancé-je avec désinvolture. La Mante aurait-elle un ticket à me donner pour le paradis ?
La piquer la fera sortir de son trou, j’en suis convaincu. Cependant, sa réaction n’est pas celle escomptée.
— Dégage d’ici, me demande-t-elle avec calme.
Je jette un dernier coup d’œil au dossier sur la table, avant d’effectuer un demi-tour. Je n’ai aucun regret à rejeter cette mission. Des conséquences à mon affront, il y en aura, simplement je ne les crains pas. Je n’ai plus rien à perdre.
Un bruit bref et sec survient alors, m’intimant de m’arrêter. Je rêve ou elle vient de claquer des doigts ?
— Pas toi, ajoute-t-elle.
Pendant plusieurs secondes, je reste planté devant la porte, tendant l’oreille au prochain ordre, curieux de mettre un visage et un nom sur cette femme sortie de nulle part. C’est essentiel pour moi, de savoir à qui j’ai affaire. Question de survie.
Des pas lourds résonnent, s’approchant de ma position. Je me concentre pour réagir, prêt à me défendre contre Nikolaï s’il tente de s’en prendre à moi. Cependant, ce dernier me dépasse sans chercher à me corriger. En silence, il sort de la pièce.
— Assieds-toi, m’ordonne l’inconnue.
J’inspire.
Elle a du pouvoir dans la hiérarchie pour éclipser un lieutenant d’un simple claquement de doigts. Fait-elle partie du quatuor, dont on ne connaît de chaque membre que l’initial du prénom ? Ou a-t-elle récemment remplacé Ezekiel, le bras droit de la Mante ?
La discussion qui m’attend et ses réponses font courir de l’adrénaline dans mes veines. Quoi que cette nana haut placée me propose, je suis déterminé à lui soutirer un maximum d’informations. Et à lui tenir tête.
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