Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 8
Hunter
Je m’écarte du véhicule in extremis. Elle parcourt plusieurs centaines de mètres à toute vitesse avant de piler dans un dérapage contrôlé. Le cœur battant jusque dans mes tempes, je tente de reprendre mes esprits, de comprendre ce qu’il s’est passé.
Hailey vient de vriller, littéralement, et je n’en saisis pas l’origine.
Malgré la distance qui nous sépare, je perçois son cri de rage, viscéral. Il me noue les entrailles au point de me faire tressaillir. J’en ai entendu des hurlements, dans les derniers moments de vie, mais jamais aussi puissants et déchirants que le sien.
Il fait écho à ma propre douleur, celle qui ne me quitte pas depuis l’assassinat de mon frère. Je croyais m’en être débarrassée le jour où j’ai enfin pu le venger en éliminant les responsables de sa mort. Mais elle reste, indélébile. Elle a creusé ses sillons jusqu’à mon cœur pour y répandre son poison.
Plusieurs secondes défilent durant lesquelles la berline ne bouge pas d’un pouce. Je décide alors de la rejoindre. À mesure que j’avance, je me prépare au pire.
Hailey est en possession d’armes et elle pourrait m’abattre, là, au milieu de cette rue. Avec ou sans témoin, dans sa folie, je la pressens capable de tout.
— Grimpe, m’ordonne-t-elle d’une voix neutre, au moment où j’arrive près de la fenêtre baissée.
Cette fois, je ne me fais pas prier. Cependant, Hailey ne semble pas décidée à repartir.
— Je n’ai pas d’autres infos. La photo, l’église Sainte-Croix, c’était tout ce que j’avais en ma possession.
— Pourquoi as-tu été affectée à cette mission ?
Face à son silence, je tourne la tête dans sa direction. Malgré les années passées, je revois son profil d’adolescente. Malgré le temps, l’attachement que j’avais pour la meilleure amie de mon frère se réveille. Il l’adorait, moi aussi. Il pensait qu’elle l’aimait, et je n’ai jamais osé le contredire.
Hannah Lise était déjà un électron libre. Son impulsivité d’aujourd’hui me prouve qu’elle n’a pas changé sur ce point. Seules les vibrations qu’elle dégage se sont transformées en un mélange de rage et de mélancolie, plus sombre et destructeur.
Pourquoi a-t-il fallu que nos chemins se croisent à nouveau ? Sans dire que sa prétendue mort m’a fait plaisir, elle m’a facilité la tâche. Je suis parti pour de bon du quartier où j’ai grandi, avec l’unique remords de laisser ma mère pleurer ses garçons.
Dès que Hailey se met à parler, ce souvenir douloureux s’envole, aussi volatile que de la fumée en pleine tempête.
— Ezekiel a sûrement pensé qu’une femme ferait moins peur à Rose. Enfin j’imagine.
— Je suis un appât, n’est-ce pas ?
Hailey resserre sa prise sur le volant.
— Tu t’attendais à quoi, Hunter ? Un traitement de faveur ?
— Je pourrais te buter et me tirer avant que ça tourne au vinaigre.
Son rire sonore éclate dans l’habitacle. Mon cœur, lui, accélère à nouveau sa course.
— Comme si j’allais te donner le loisir de t’échapper.
— Comme si tu étais capable de m’abattre.
Je porte mon attention sur elle. Je fais l’erreur de croiser ses deux iris.
— Je n’ai qu’à appuyer sur la détente, déclare-t-elle en détachant chaque syllabe.
Le cliquetis significatif d’un cran de sécurité que l’on retire me fait baisser les yeux vers le flingue qu’elle tient près de son ventre et pointe dans ma direction. Mes muscles se tendent. Je n’ai aucun moyen de l’en empêcher. Mais je n’ai pas peur de la mort. Je l’attends comme une libération, même si je m’emploie à rester en vie.
— Je comprends mieux les fringues noires, déclaré-je sans trembler.
— Ma couleur préférée. Celle que j’ai portée à l’enterrement de ton frère, celui de mes parents et tous les jours qui ont suivi.
Ses mots résonnent comme un reproche. Je décide de me faufiler dans cette faille.
— Te sens-tu réellement capable de me tuer en me faisant face alors que Noah me ressemblait comme deux gouttes d’eau ?
Nos seules différences résidaient dans notre écart d’âge, la teinte plus foncée de ses cheveux, et ma tâche noisette dans l’un de mes iris.
— Fais un pas de travers, commence-t-elle tout en rangeant son arme, et ta tête finira en trophée dans mon salon.
*
* *
Le bar est bondé de clients qui renversent leur bière brune sur un parquet plus collant qu’un papier tue-mouches. Pourtant ce balai d’Écossais ivres possède un atout incontestable : ils sont plus jovials que Hailey.
Nous avons fait le trajet entre Stirling et Aberdeen dans la matinée, puis nous avons passé l’après-midi à attendre sur le fichu parking de l’établissement où nous sommes désormais installés.
Enfin… sauf quand elle m’a demandé d’entrer dans le bar, en m’assurant de m’y rejoindre.
Elle m’a même donné un téléphone et une arme pour me prouver sa bonne foi. Avais-je un autre choix que celui d’accepter ? Pas vraiment.
Si elle a tenu parole, j’aimerais savoir ce qu’elle complote. Mais, après quelques tentatives, elle refuse toujours de me dire où elle est allée pendant près de deux heures.
Qu’à cela ne tienne, j’ai tout mon temps pour la cuisiner.
Alors que des places se libèrent au comptoir, une main se pose sur la mienne. Lorsque j’essaye de m’en dégager, Hailey la retient fermement.
— Près de l’entrée, énonce-t-elle en minaudant.
Le sourire qu’elle arbore dénote avec le sens de ses mots. Je l’imite tout en jetant un œil discret vers un type dont le costume contraste avec le décor de ce bar populaire.
— C’est Vincenzo Fratelli, l’un des hommes de main d’Alvaro Mancini, m’explique Hailey.
— Je sais qui il est. Il secondait son fils et a pris la suite après son décès.
— Tu te tiens informé, c’est bien. Mais, surtout, tu me laisses gérer.
Hailey termine à peine sa phrase que Vincenzo approche déjà de nous.
Au contraire de notre excursion dans l’église Sainte-Croix, je suis mieux équipé pour me défendre. Même si le mafieux ne tentera sûrement rien dans cet endroit bondé, un comité d’accueil peut nous attendre à l’extérieur.
Avec élégance, Hailey se lève pour s’installer à mes côtés. Mon corps entier se tend malgré ma volonté de paraître calme.
Si nous sommes officiellement dans le même camp, je n’oublie pas qu’elle me cache des éléments, et n’a pas hésité à pointer une arme vers moi. Aurait-elle le courage d’appuyer sur la détente ? Rien n’est moins sûr, et tant que je n’ai pas l’assurance du contraire, elle est dans mon collimateur.
L’Italien s’installe à sa place, un sourire suffisant aux lèvres. Je reste sur le qui-vive, surtout après avoir remarqué la crosse d’un flingue dépasser de sa veste taillée sur mesure. Ma vie se jouera à mon temps de réaction s’il dégaine.
— Hailey Farrow, ça faisait un bail ! s’exclame Vincenzo.
Farrow. Je ne crois pas au hasard. Il s’agissait du nom que Noah et moi avions choisi pour appeler le chat errant qui traînait pas loin de notre maison. Chat à qui nous donnions quelques boîtes de thon, chipées dans les placards de notre mère qui pensait devenir dingue, car elle en achetait toutes les semaines.
Dans un timing idéal, plusieurs hommes entrent dans le bar et attirent mon attention ailleurs que sur mes souvenirs. Leur tentative d’intimidation est bien rodée, néanmoins je jette un regard dédaigneux à son escadrille. Si l’adversaire décèle un manque d’assurance dans ma posture, il aura gagné la partie.
— Je vois que tu es en charmante compagnie, le pique Hailey avec condescendance.
— Toujours. En revanche, je suis étonné que tu nous offres ce que nous espérions sur un plateau d’argent.
Le mafieux ne se cache pas pour me fixer avec un air mauvais. Mon sang ne fait qu’un tour. Oserait-elle me l’avoir fait à l’envers et me donner en pâture au risque de contredire les ordres de la Mante ?
Elle semble me détester, mais de là à vouloir que je disparaisse pour toujours…
— Hunter pourrait être à toi si tu acceptais de cesser ta poursuite de la gamine. Sauf que, comme nous le savons toi et moi, tu aimes avoir le gâteau avec la cerise.
— Je suis démasqué, déclare l’Italien avec un sourire faux. Et je ne suis pas étonné que tu me l’agites sous le nez dans l’unique but de me narguer. Néanmoins, il n’est pas ma priorité pour le moment.
J’écoute avec attention leur conversation où ils parlent de moi comme si je n’étais pas là. Leur façon de s’adresser l’un à l’autre m’indique qu’ils se connaissent. Les sbires, eux, restent à leur place, mais la tension se ressent dans chaque coup d’œil lancé par les habitués, bien moins bavards qu’avant l’arrivée de la troupe.
Quand Vincenzo farfouille dans sa veste, je me redresse.
— James Manson ne vous dira rien, intervient ma partenaire, ramenant notre ennemi à la discussion en cours. Il gît dans la benne à ordure derrière le bar.
Fratelli stoppe son geste et grimace aussitôt. Je retiens difficilement ma surprise. Serait-ce la raison pour laquelle elle s’est absentée ou est-elle en train de bluffer pour déstabiliser notre concurrent ?
— Si tu n’es pas avec moi, tu es…
— Épargne-moi tes salades Vincenzo ! s’esclaffe Hailey.
— La Mante n’aurait pas dû se mêler de nos affaires, crache le mafieux.
— Ce que je trouve dingue, c’est que ce soit encore à toi de faire le sale boulot, le nargue-t-elle.
Les traits de notre interlocuteur se ferment davantage. Son bras glisse sous la table, et je sais qu’il me vise désormais de son arme. Cependant, malgré sa stature, il ne semble pas effrayer ma partenaire. Soit elle est folle à lier, soit elle n’a plus rien à perdre.
— Ne t’avise pas de te mettre en travers de ma route, Farrow. Ce sera mon seul avertissement, menace l’Italien.
— Aucune chance pour que cela arrive, déclare Hailey en se levant. L’unique chose que tu verras une fois que nous serons partis de cet établissement, ce seront nos deux arrière-trains. Parce que nous sommes déjà loin devant toi et tes chiens de garde.
Sans laisser le temps à notre ennemi de rebondir, elle commence à se diriger vers l’entrée du bar, la tête haute. Je l’imite tout en restant sur mes gardes. Au moindre geste de travers, je me tiens prêt à réagir.
Cette discussion était préméditée. Hailey aurait-elle convié l’Italien pour m’agiter sous son nez et ainsi obtenir son retrait de la partie ? J’en doute. Pour en arriver là où elle en est, elle est compétitrice. J’espère pour nous qu’elle disait vrai en prétendant avoir de l’avance.
Les sens en alerte, nous gagnons l’extérieur. Les Italiens ne nous suivent pas. C’est trop simple.
Beaucoup trop simple.
S’ils cherchent Rose Manson pour venger la mort du fils Mancini, ils ne vont pas se contenter d’une conversation bien trop polie. Ils vont rendre coup pour coup, tirer à balles réelles. À quelques mètres de la berline de location, un éclair de lucidité me traverse.
— N’ouvre pas la bagnole !
— Elle n’est pas piégée, réplique-t-elle en appuyant sur la clé.
Mon cœur s’arrête une fraction de seconde avant de comprendre qu’elle a véritablement un coup d’avance.
En effet, Hailey vient de déverrouiller un SUV haut de gamme, garé à l’opposé de notre premier véhicule. Elle monte dans cette nouvelle location l’air de rien. Moi, je reste planté au milieu du parking.
Hailey se montre secrète depuis le début. Impulsive, certes, mais d’une stratégie redoutable. Même si elle prétend bosser pour la Mante, son côté sauvage réveille mon instinct. J’ai la sensation de devoir me méfier d’elle, autant pour ce qu’elle représente dans mon passé que par ce qu’elle est devenue.
La vitre teintée du conducteur s’abaisse. Ses iris verts et magnétiques me sondent.
— D’ici quelques minutes, ils comprendront la supercherie. Soit tu viens avec moi, Hunter, soit je te laisse en pâture à ses idiots, histoire de les distancer.
Encore une fois, Hailey me surprend.
En m’ayant vu avec elle ce soir, elle s’est assurée que je sois un leurre de haut niveau pour les Italiens. Ils doivent penser que je suis au courant des informations dont elle a gardé le secret.
S’ils m’attrapent…
Les poings serrés, je décroche mon regard du sien. Je pourrais m’enfuir, elle me laisserait m’en aller. Je suis un simple pion dans l’échiquier et elle est l’une des joueuses.
Mais d’un autre côté, elle a réveillé en moi cette culpabilité tenace qui me colle à la peau malgré les années.
Si elle a sûrement les capacités pour se débrouiller seule, elle est sa plus grande ennemie. À défaut d’avoir su protéger Noah, peut-être devrais-je m’assurer de sa sécurité à elle ? En ai-je vraiment envie, alors qu’elle me rappelle tout ce que je déteste chez moi ? Dois-je réellement la suivre à mes risques et périls ?
Ai-je encore l’espoir de croire en une rédemption pour elle ?
Des coups de feu retentissent soudain, me tirant de mes réflexions. Jamais je ne me suis senti au pied du mur de cette façon.
— Je vais appuyer, Hunter, me prévient Hailey en agitant une autre clé sous mes yeux. Trois…
Celle de notre premier véhicule.
J’avais vu juste.
La berline est piégée.
— Deux…
Hailey n’hésitera pas à déclencher la bombe.
— Un…
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