Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 17
Hailey
Un véritable enfer. Notre position inconfortable et le froid en dépit de notre proximité ont fait que j’ai à peine fermé l’œil de la nuit. Entre le décalage horaire et les péripéties traversées depuis notre arrivée sur le sol écossais, j’ai besoin de repos. Malgré le bain chaud pris dans cette suite somptueuse du Knockinaam Lodge, un hôtel particulier à la décoration datant de l’époque victorienne, j’ai la sensation d’avoir vieilli de dix ans en seulement quelques heures.
Mon regard se porte vers l’extérieur où la tempête nous accorde un instant de répit dans notre voyage vers les terres d’Irlande. Tous les ferries sont bloqués à quai jusqu’à nouvel ordre. Impossible donc de partir depuis le port de Cairnryan en direction de Belfast.
— Hailey, viens voir ça, m’interpelle Hunter depuis le salon.
Il n’a pas bronché une seule fois aujourd’hui, malgré mon application à me montrer exécrable. Est-ce parce que j’ai réservé une chambre pour nous deux ? Je ne saurais l’affirmer, mais cela semble le rassurer pour une raison que j’ignore.
Sans attendre, je me dirige dans la pièce d’à-côté. Mon cœur rate un battement en le découvrant torse nu, uniquement vêtu d’un jean propre dont il n’a pas jugé bon de fermer la braguette ni le bouton.
J’ai une vue imprenable sur son caleçon moulant, et sa ligne de poils légèrement plus foncée que ses cheveux qui remonte jusqu’à son nombril. Il doit s’entretenir régulièrement à en jauger le reste de son torse musclé et les ombres dessinées par ses abdos. Son corps nu doit être plaisant à regarder, et ce simple constat me brûle la peau à l’endroit où il m’a embrassée.
Avant qu’il ne me surprenne en train de l’observer, je porte mon attention vers la télévision, allumée sur le journal quotidien. Le gros titre en bas de l’écran m’apporte un maigre soulagement. Je le lis à voix haute.
— Le directeur du lycée international d’Aberdeen et sa principale assistante, abattus par la mafia italienne. Heureusement que c’est mon nom d’emprunt qui apparaît sur le bail de location de la voiture piégée et le tien sur le carnet de rendez-vous du chef d’établissement.
— Nous devons tout de même nous montrer plus prudents, Hailey.
Sa phrase résonne comme une leçon de morale.
— Tu crois que je ne le sais pas ? répliqué-je.
— Du calme. Ce n’était pas un reproche, affirme Hunter en levant les mains en signe de reddition.
Il paraît sincère, mais la tension ne semble pas vouloir quitter mon corps malgré la nouvelle qui nous apporte plus de souplesse dans nos déplacements. Le directeur étant mort, il n’aura pas eu le temps de parler à la police de nous. Et même si le nom de Hunter apparaît sur sa liste de ses rendez-vous, les autorités locales feront chou blanc, puisqu’il est fictif.
— J’espère bien !
— Tu pourrais au moins me remercier, enchaîne Hunter. Si je n’avais pas été là hier, l’Italien…
— Je lui aurais tiré une balle entre les deux yeux, le coupé-je. Rien de tout ça ne serait arrivé, si tu n’avais pas mis tant de temps à nous rejoindre !
Il lâche un petit rire, et me jette un regard dédaigneux.
— Tu es la reine de la mauvaise foi. Je vois que certaines choses ne changent pas.
Mes poings se serrent, et l’envie de le frapper me démange.
— La ferme, Hunter ! Arrête de prendre un malin plaisir à remuer le passé. Si tu te complais dans ta propre merde, grand bien t’en fasse. Mais, pour ce qui est de ma personne, je compte bien en sortir !
Un silence s’étire entre nous, sans pour autant m’apporter de satisfaction. Hunter a l’art et la manière de réveiller toute la rancœur que j’éprouve à son égard, mais il désamorce toujours la situation avant qu’elle n’aille trop loin. Je le déteste autant pour ça que pour le fait de ne pas parvenir à prendre sur moi.
— Demain, nous partirons via le premier ferry en direction de l’Irlande, annoncé-je. Et nous changerons de noms d’emprunt.
— Comme tu voudras.
Le savoir vexé ne m’émeut pas. Il m’a cherchée, il m’a trouvée.
Je retourne dans la chambre et me poste une nouvelle fois devant la fenêtre. La mer est endiablée. Espérons qu’elle se calme comme cela a été indiqué dans le bulletin météo afin que l’on ne soit pas bloqués pour traverser.
— Regarde les hôtels à proximité de Galway, ajouté-je à l’intention de Hunter. L’abbaye de Kylemore est fermée le jeudi. Nous serons donc obligés de rester sur place une nuit avant de pouvoir nous y rendre.
Il soupire derrière moi, puis il se met à fouiller dans la valise.
— Pourquoi attendre qu’elle soit ouverte au public ?
— Plus de monde, moins de risque de se faire repérer. D’autres questions ?
Je lui jette un œil mauvais par-dessus mon épaule. La fatigue accumulée ne m’aide pas à conserver mon calme, si bien que, lorsque j’entends un zip, je fais volte-face pour contrôler ses faits et gestes.
Hunter a simplement remonté sa braguette, et non ouvert notre sac d’armes. Je l’observe enfiler un tee-shirt anthracite dont la couleur contraste avec la clarté de ses yeux. Tout dans sa posture dégage une décontraction naturelle, et me donne envie de le gifler. Trop de sérénité sur son visage compte tenu de la situation.
— Tu devrais dormir un peu, Hailey. Je vais me charger de la réservation de l’hôtel pour demain.
— Tâche d’en choisir un avec le même standing que celui-ci, lancé-je en me dirigeant vers la partie salon afin d’échapper à sa présence.
Ou plutôt à ce parfum entêtant.
J’ai à peine dépassé Hunter que ses doigts s’enroulent autour de mon poignet. Ni une ni deux, mon corps réagit. Je me dégage de sa prise et me place en position de défense. Deux yeux gris accueillent mon réflexe avec un calme olympien.
— Je ne donne pas cher de notre peau, si tu continues sur cette lancée.
— Ça ne te plaît pas que ce soit moi qui dirige, n’est-ce pas ? lui demandé-je en abaissant les poings.
Il suffit d’un pas à Hunter pour réduire la distance entre nous. Même s’il ne me colle pas, je perçois la chaleur de son corps. Je devrais m’éloigner, mais un élément m’en empêche, sans que je sois capable de déterminer lequel.
— Tu te trompes, affirme-t-il d’une voix rocailleuse.
Mon esprit élude sa réponse. Mon attention se porte sur sa barbe naissante et sa mâchoire anguleuse. Cela lui donne un air encore plus mystérieux que le jour de nos retrouvailles. Je sais ce qui l’a fait basculer, mais pourquoi est-il resté au sein de la Pyramide ? Il aurait pu reprendre le cours d’une vie normale, mais il a préféré s’en éloigner le plus possible.
— J’aimerais savoir ce que je peux faire pour que tu ne sois pas sur la défensive avec moi, déclare-t-il en me sortant de mes pensées. Tu es constamment sur le qui-vive, et ton organisme ne le supportera pas longtemps dans le cas où notre mission s’éterniserait.
— Tu seras débarrassé de moi, comme ça. Je ne vois pas pourquoi tu te plains.
— Ce n’est pas ce que je veux.
— Oh ! Maintenant, mon sort t’intéresse ? Ça me fait une belle jambe, Hunter.
Ma réplique transpire le sarcasme. Il a le don pour me mettre en pétard !
Il ne s’est pas autant soucié de moi, après le décès de Noah, quand il a fui en abandonnant sa propre mère par la même occasion. Cependant, quelque chose dans sa façon de me regarder m’empêche de lui assener cette vérité. Est-ce parce que j’y retrouve un peu de la bienveillance qui le caractérisait ? Ou est-ce parce qu’une partie de moi ne cessera jamais d’éprouver des sentiments pour lui ? Je ne saurais le dire.
— Fais ce que je te demande, et tout se passera bien, ajouté-je. Et là, tout de suite, j’aimerais que tu me donnes de l’air !
Je m’écarte de lui, sans qu’il me suive, et je rejoins le salon en respirant à nouveau. Pourvu que ça dure !
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