Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 25

Hailey

 

À pied, j’avance vers ce qui ressemble à un terrain vague, comme sur les images satellites que nous avons étudiées avec Hunter quelques heures plus tôt. Il est là, dissimulé aux yeux de tous, m’observant pour assurer ma sécurité. Il se tient prêt à suivre nos adversaires.

Et comme si mes pensées avaient été entendues, au loin, une berline noire s’approche de moi, les phares allumés. Je me doutais que les Italiens voudraient me faire monter à bord d’un de leur véhicule. Autant dire que je préfère me cailler les miches dehors, sous la fine pluie glacée qui tombe en ce moment même.

Les sens en alerte pour repérer le moindre danger, j’arrive à proximité de la voiture. Je me poste à bonne distance pour pouvoir réagir au cas où la situation tournerait mal.

La portière passagère s’ouvre sur Fratelli en personne.

Grâce à la lumière dans l’habitacle, j’aperçois la silhouette d’un second homme derrière celui qui tient le volant. Trois mafieux, seulement. Les autres doivent être disséminés aux alentours, me visant, le doigt sur la détente au moindre faux mouvement de ma part.

— Tu as une sale mine, Farrow. Viens donc te mettre au chaud, chantonne Vincenzo.

— Plutôt crever, lâché-je acerbe. Tu as peur d’être enrhumé ? Pourtant, je suis sûre que ta môman s’occupe bien de toi quand tu es malade.

Le visage de mon adversaire perd son sourire. Toucher à la famille chez les Italiens est un gage d’une balle dans la tête.

— Fais attention à ce que tu dis !

— Approche, je ne vais pas te manger. Et plus vite nous réglerons notre problème, plus vite nous regagnerons le confort de nos vies.

Fratelli grimace, mais il claque la porte et contourne le véhicule pour se poster en face de moi. L’odeur de son after-shave me file la nausée.

— La gamine contre ton partenaire, aucune négociation possible.

Un sourire narquois s’étire sur mon visage, même si, intérieurement, je n’en mène pas large. Mon plan est risqué.

— Je m’en doutais. Et c’est pourquoi… je te propose mieux.

— J’ai dit…, commence l’Italien les dents serrées.

— La Mante, le coupé-je. En contrepartie d’une sorte d’assurance vie pour Hunter et moi. Nous nous engageons à ne pas interférer dans vos affaires.

Un silence de plomb s’abat sur notre conversation. Le deal est simple, alléchant. Mais je le sens tiquer sur les modalités.

— Mon chef ne fait pas dans la charité.

Comme l’avait prédit Hunter, Vincenzo n’est pas idiot au point d’accepter un tel marché sans gage solide. Mais grâce à la perspicacité et au calme de mon binôme, j’ai des arguments en béton pour contrer Fratelli.

— La Mante a commandité le meurtre de son fils. Crois-tu que le plus important pour Alvaro Mancini est de le venger en se débarrassant de celui qui a tenu le couteau ? Ou bien de s’offrir la tête de toute l’opération ? Sans compter l’avantage tactique que cela vous donnerait sur le territoire canadien en éliminant votre plus grosse concurrence.

— Ezekiel reprendra le flambeau en moins de deux.

— Ezekiel aura besoin de temps pour rallier tout le monde à sa cause. Et cette fenêtre de tir vous permettra de renverser la structure devenue fragile.

Je vois sa mâchoire bouger, signe qu’il cogite. À moi de garder la main dans notre échange.

— Avant de prendre une décision, parles-en à ton patron. S’il apprend que tu as refusé cette opportunité sans le consulter, tes bijoux de famille ne feront pas long feu.

Je fais demi-tour, histoire de lui mettre une pression supplémentaire.

— Pas si vite, Farrow !

Je me stoppe, puis commence à pivoter vers lui, déterminée à lui serrer davantage la vis. Il ne doit pas avoir le choix ou le loisir de réfléchir.

— Tu as déjà pris ta…, commencé-je.

Le canon de son flingue pointe dans ma direction. Merde !

— J’ai besoin d’une preuve concrète que tu ne me la fais pas à l’envers, enchaîne l’Italien. Tu vas donc gentiment venir avec nous. Je vais consulter mon boss comme tu l’as suggéré, et ensuite tu organiseras l’entrevue. Enfin, s’il accepte la proposition.

À son air soudain sadique, mon pouls s’accélère. Cette situation avait beau faire partie des possibilités, cela ne la rend pas moins dangereuse.

Je lève les mains en signe de reddition, et j’avance vers la voiture.

— Tu peux baisser ton flingue. Vous êtes plus nombreux, je n’ai donc aucun intérêt à fanfaronner.

— Ils disent tous ça avant d’essayer, crache-t-il en me pointant son arme dans le dos, une fois que je suis devant lui.

— Tout doux l’agneau. Je ne te suis utile qu’en vie.

— Laisse-moi rire.

L’Italien me force à avancer plus vite, et je retiens difficilement mon envie de lui arracher son flingue pour lui coller son silencieux au fond de la gorge. Comme Hunter, reste calme, et tout se passera bien.

— Fratelli, si tu veux que notre deal fonctionne, je dois être en capacité de parler à la Mante quand elle arrivera sur place. Elle va sûrement demander des contacts réguliers. Si elle a le moindre doute, elle annulera tout.

Vincenzo émet un grognement tout en ouvrant la porte arrière de la berline. Je m’apprête à y entrer, mais il me retient par le bras. Une grimace gagne mes traits.

— Ce qui me gêne, Hailey, c’est la nature de ta proposition. Ce que tu offres semble bien trop beau pour être vrai.

Encore une fois, le talent de Hunter opère. Je sais exactement quoi dire à Fratelli pour le contrer.

— La Mante n’acceptera jamais que l’on quitte la Pyramide. C’est l’unique moyen pour nous de repartir à zéro.

— Pourquoi déserter ?

— Cela se voit que tu travailles à distribuer les ordres au lieu de mettre les mains dans le cambouis. Je fais le sale boulot. J’en ai ma claque des petites frappes qui se croient au-dessus des règles. Quant à Hunter, il a rencontré une gonzesse, quelque part en Amérique du Sud, si j’ai bien tout suivi. Il a juste envie de baiser plus souvent si tu veux mon avis.

Fratelli se marre.

— Il aurait dû bosser pour nous. Le patron offre des filles dociles en récompense. Tout ce que tu n’es pas, donc je comprends sa frustration. Allez, Farrow entre dans la caisse.

Quel sale enfoiré ! Ce con ne me manquera pas quand je me serai occupé de son cas. Du moins, si l’occasion se présente.

Je m’assieds sur la banquette arrière sans me faire prier, suivie par mon tortionnaire. Je me retrouve coincée entre lui et un autre homme de main, dont le visage me rappelle quelqu’un sans que je puisse dire qui.

— Voici Macimo. Ton pote et toi avez buté son frère au lycée international.

Mon sang se fige aussitôt et je retiens un tremblement. L’air de famille s’explique. Ma vie ne tient vraiment qu’à un fil.

— Tu as un téléphone que je contacte Ezekiel et organise l’entrevue.

— Pourquoi tant de précipitations soudainement ? Nous avons quelques vérifications à faire en amont, ma jolie.

Un sourire pervers apparaît sur le visage de celui qui me tient toujours en joue.

Je pourrais lui attraper le bras pour le diriger vers son partenaire à ma gauche. Dans un réflexe de défense, Fratelli appuiera sur la détente, le blessant ou le tuant.

Il ne me restera plus qu’à le maîtriser pour retourner l’arme contre lui. Ces cons ne m’ont pas attaché les mains, rien de plus facile.

Quant au chauffeur, il cherchera à m’atteindre lui aussi. Mais le temps que tout cela se déroule, j’aurais récupéré le flingue pour lui coller une balle en plein dans le crâne.

L’unique inconvénient de ce plan, c’est qu’il ne m’emmènera pas à Rose Manson. Et, sans elle, jamais je ne pourrai faire tomber la Mante.

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