Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 11

Hailey

 

L’hôtel choisi par Hunter fait partie de ceux qui accueillent des familles avec un petit budget. Rien de pire que ce type d’établissement pour être repérés. Néanmoins, après ce que nous venons de vivre, entre l’arrivée des Italiens, l’interrogatoire de James Manson et ma révélation au sujet de Noah, je n’ai pas le courage de le lui faire remarquer.

Je l’attends, patiemment, dans l’espace cafète, pendant qu’il récupère nos cartes d’accès.

Nous avons tous les deux besoin de repos, mais nous devrons nous contenter des quelques heures qu’il nous reste avant le lever du jour. Demain, nous nous rendrons dans chaque lycée d’Aberdeen, en prenant soin de changer de véhicule.

— Voilà notre clé magnétique, déclare Hunter en arrivant vers moi.

— Notre ?

— Lits jumeaux.

Il se fout de ma gueule ?

Je me lève de mon siège, lui pique la carte, et me dirige vers l’ascenseur en tirant ma valise. J’ai récupéré nos affaires in extremis.

— Va voir s’il y a une autre chambre.

— Je nous ai présentés en tant que couple, m’explique Hunter en me reprenant la clé magnétique.

L’enfoiré ! Comme si c’était possible que je lui tombe dans les bras !

— Je prends ma douche en premier, affirmé-je, les dents serrées.

— Comme tu voudras.

En entrant dans l’ascenseur, je remarque le regard suspicieux de Hunter sur nos bagages. Il n’a pas cessé de me scruter de cette manière tout au long de la soirée, comme s’il avait affaire à une étrangère ou à un fantôme. Peut-être qu’un coup dans les roubignoles lui prouverait que je suis bien là ?

Néanmoins, malgré mon envie de refaire le portrait à ses bijoux de famille, l’espace restreint de cette cabine métallique me ramène à une réalité bien moins confortable. Je déteste les endroits confinés, alors je montre patte blanche pour la première fois depuis des heures.

— Je t’explique une fois dans la chambre.

— Ne te sens pas obligée.

— T’es qu’un emmerdeur Roy !

— Appelle-moi Winsley, ça fera plus crédible.

Il se permet même de me reprendre en me disant d’utiliser son nom fictif, putain, mais je rêve ! Je ne peux pas m’empêcher de soupirer.

Les portes s’ouvrent sur un couloir avec une moquette bleue d’un autre temps. Je m’y précipite presque, puis observe le reste de l’endroit. Le rafraîchissement du hall n’a a priori pas atteint les étages, et je crains pour le confort de notre chambre.

Hunter, muni de notre carte d’accès, passe devant moi. Je le suis jusqu’au bout du corridor, où il l’insère dans une borne, et je découvre une pièce à la taille ridicule.

Lorsqu’il loge la clé magnétique dans son présentoir intérieur, la lumière blanche m’agresse les rétines, tout comme la couleur criarde et violette des dessus de lit. Seigneur, c’est ignoble !

— Il y a tout juste assez de place pour nos bagages, pesté-je.

— Très bonne transition, Hailey. Et si tu m’expliquais ?

Hunter s’allonge sur son matelas, tout juste assez grand pour lui. Je dépose ma valise sur le mien pour prendre de quoi m’habiller après la douche, tout en lui racontant le déroulé de mon absence.

Rien que pour l’emmerder, j’envisage de glisser un ou deux bobards dans mon histoire. Cependant, après ce que nous venons de traverser, j’opte pour de la transparence et une version courte.

— J’ai contacté quelques personnes pour me trouver l’adresse de James Manson. Pendant ce temps, je suis allée louer un nouveau véhicule. Puis je me suis rendue sur place. Deux hommes de Fratelli attendaient déjà. Je les ai maîtrisés, puis j’ai patienté jusqu’à l’arrivée du père de Rose qui n’a pas eu le temps de se défendre non plus. J’ai foncé ici, puis j’ai pris un taxi pour retourner à notre première voiture que j’avais laissée chez le loueur. J’ai fait le transfert des bagages et envoyé un message à Vincenzo pour lui donner rendez-vous au bar, en précisant que s’il voyait une berline noire sur le parking, c’est qu’il était assuré de ma présence.

— Si tu leur as donné l’info, c’est que tu savais qu’il ferait sauter la bagnole. Et ça ne t’est pas venu à l’esprit de me prévenir ?

— J’ai joué avec un timing serré, Hunter. Papoter ne faisait pas partie du plan.

— Je ne sais pas ce qui est le pire entre le fait que tu ne m’as pas inclus dedans, ou que tu te serves de moi comme appât, ou encore que l’Italien soit tombé dans le panneau.

Je lâche un rire, amusée par l’ironie de la situation.

— Fratelli est un idiot. Ce n’est pas pour rien qu’Alvaro Mancini avait confié les rênes à son fils. Quant à son équipe de gros bras, je suis certaine qu’avec un brin de psychologie nous arriverions à retourner quelques-uns d’entre eux contre lui.

— Autant dire que ce serait à moi de faire le boulot, raille Hunter.

À son sourire amusé, je réponds par un regard noir. Un « merci » ou un « bien joué », ce serait trop demandé ?

— Quel est le programme de demain ? me questionne-t-il avant que je puisse l’envoyer paître.

— Trouver une autre voiture, dans un premier temps.

— Pourquoi ? Les Italiens n’ont aucun moyen de nous pister. Et la police locale, elle, mettra un temps infini à faire le lien entre le véhicule qui a explosé et notre nouvelle location. Quand elle l’aura fait, elle perdra la trace du SUV à la sortie de la ville, car toutes les bourgades ne sont pas équipées de caméras de surveillance et nous avons changé nos plaques avant de revenir. Sans compter que…

— Nous sommes des victimes dans l’histoire, le coupé-je, bien décidée à lui remettre les pendules à l’heure. En effet. Ce sont nos chers mangeurs de macaronis qui vont se faire pister en premier lieu. C’est exactement la raison pour laquelle j’ai élaboré le plan pendant que, toi, tu réfléchissais encore sur le fait de me faire confiance ou non. Ne viens donc pas critiquer mes capacités à déchiffrer la psychologie des autres, tu seras mignon.

Je le nargue d’un clin d’œil et file dans la salle de bains avec mes affaires, avant qu’il ait le temps de me répondre.

Je tourne le loquet pour m’y enfermer, et ce clic distinctif me procure un soulagement salvateur. Je laisse la fatigue et le stress de ces derniers jours appuyer sur mes épaules endolories. Lorsque j’observe l’endroit, un sentiment de dépit m’étreint la poitrine. Cet hôtel ne vaut pas un clou !

Si tout est propre et que la pièce se ferme grâce à une porte, et non une sorte d’accordéon ignoble, le style date d’un autre temps. On se croirait dans un vieux motel américain des années soixante, avec une armoire à pharmacie prête à tomber, toujours accompagnée de cette lumière blanche qui agresse la rétine.

J’aurais grandement préféré une douche à jets massants pour détendre mes cervicales. À la place de quoi, je dois me contenter d’un pommeau simple et d’une cabine étriquée.

Bien décidée à tout de même profiter de cet instant de répit, je fais couler l’eau, puis me déshabille.

Machinalement, je caresse la peau de mon bras droit, et lève les yeux vers le miroir pour y rencontrer mon reflet. L’envie d’éteindre cette satanée lumière m’oppresse, comme à chaque fois que je vois mon corps meurtri. Mais je n’ai pas la possibilité de me plonger dans le noir puisque l’interrupteur se trouve dans la chambre.

Je me glisse sous l’eau, perdue dans mes songes. Comme dans chaque moment de fatigue tel que celui-ci, je laisse mes pensées divaguer. Parmi elles, des questions sur mes choix fusent. Toujours les mêmes.

Si j’avais pris une autre décision, ma vie aurait été « normale » ?

Aurais-je su me montrer vulnérable au lieu de froide et implacable ?

Aurais-je pu rencontrer l’amour comme de nombreuses personnes, et partager des plaisirs charnels avec un homme sans jamais avoir honte de mon corps abîmé ?

Longtemps, j’ai rêvé de ça. D’un quotidien empreint de banalité, d’être en mesure d’être faillible sans risquer de me faire piétiner.

Deux yeux gris s’imposent alors à moi, et je les chasse aussitôt en secouant la tête. Cette époque est belle et bien révolue. Je n’ai qu’un objectif : retrouver la fille de la Mante, pour enfin me venger.

L’unique effort que je puisse faire, c’est d’accepter la présence de Hunter à mes côtés pour cette mission. Juste pour cette mission.

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