Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 30

Hunter

 

Je me pèle le cul depuis une heure. La nuit est tombée, et les lumières émanant de la ville seraient un spectacle fascinant si mon esprit n’était pas concentré ailleurs. Un mouvement près de l’entrepôt attire mon attention. Un homme avec un long manteau grimpe dans la berline. Fratelli.

Il est accompagné par deux gars vêtus comme ceux qui sont arrivés avec lui. Les gorilles se chargent de supporter une silhouette encapuchonnée dont l’allure prouve des difficultés à marcher.

Une montée d’adrénaline parcourt mes veines. Il ne s’agit pas de Hailey. Même à cette distance, j’aperçois la jeune femme porter un pantalon de couleur claire. Ma partenaire ne jure que par le noir.

Néanmoins, le gabarit de celle qui pénètre dans la voiture me semble similaire à celui de Hailey. Et les Italiens ont peut-être cherché à brouiller les pistes en l’obligeant à se changer.

Mon cerveau cogite à mille à l’heure pour analyser la situation, et prendre une décision rapide. Je n’ai pas le droit à l’erreur.

Plusieurs vies en dépendent.

À cette pensée, mes connexions s’enrayent. Pour la première fois depuis longtemps, je sens la panique m’envahir. Cela fait bien des années que je travaille en solitaire, à pister et tuer des malfrats. Mon boulot d’aujourd’hui, bien qu’il use des mêmes compétences, n’a plus rien en commun.

Je me revois dix ans en arrière devant la tombe de mon frère, à me maudire de tous les diables pour ne pas avoir eu la lucidité d’esprit qui m’aurait permis de le sauver. Je me retrouve confronté à mes pires craintes.

La voiture s’éloigne sans que j’aie pris de décision, trop tétanisé pour agir.

Ce n’est que lorsqu’une odeur de brûlé me parvient que la réalité s’impose à moi. L’entrepôt est en feu.

Hailey !

Je dois vérifier qu’elle n’est pas dans le bâtiment. Je ne peux pas la laisser subir le même sort que ses parents !

Sans réfléchir davantage, je quitte ma planque. Au pas de course, je rejoins le garage désaffecté dont les fenêtres hautes me permettent d’apercevoir une lumière orangée. Des flammes.

Par précaution, je sors mon flingue et longe la façade métallique pour gagner l’avant. Pas de chasse, pas d’arme blanche. Je vais être à découvert, il me faut donc un objet à usage rapide.

Des éclats de voix me parviennent alors que je m’apprête à tourner à l’angle du mur menant vers l’entrée principale. Je me plaque contre la paroi derrière moi.

— C’est salaud de l’avoir attachée face au feu, lâche un homme. Je n’aimerais pas mourir dans de telles conditions.

— Si elle le pouvait, elle t’étriperait sans une once de compassion. Elle n’a que ce qu’elle mérite, lui répond son collègue.

Pas de doute possible, ils parlent de Hailey !

Ma poigne se resserre autour de la crosse. Je devrais les abattre pour ça, mais il me faut lutter contre mon envie de leur tirer dessus sans sommation. S’ils ne sont pas seuls, en les butant ainsi, je risque d’alarmer les autres.

Je range le flingue pour me munir de deux couteaux de combat. Un dans chaque main. Un pour chacun de ces deux fils de putes.

Utilisées par l’armée, ces lames se manient facilement. Leur équilibre permet de trancher net.

Je me glisse derrière eux, approche sans un bruit, furtif, létal.

Le métal affûté incise leur peau avant qu’ils puissent réagir. Leur sang se déverse depuis l’entaille tandis qu’ils s’échouent au sol comme deux masses inertes.

Je ne m’attarde pas.

Chaque seconde m’est précieuse pour sauver Hailey.

Je pénètre dans le bâtiment, sur mes gardes, et j’aperçois un immense brasier à proximité de plusieurs barils. Le temps m’est compté. Aucun mec digne d’esprit ne resterait ici. J’en conclus que les deux hommes que j’ai tués étaient les derniers à être sur place.

— Hailey, hurlé-je.

L’odeur des fumées irrite ma trachée. Je mets mon pull sur mon nez pour m’en protéger. Du regard, je fouille l’endroit. En vain.

Où es-tu, bon sang ?

Pour la première fois depuis dix ans, je me sens démuni. J’ai bâti ma vie sans attaches dans l’unique but de ne pas souffrir, et cela n’a semble-t-il pas suffi.

Le destin a choisi de mettre sur ma route un fantôme qui, d’insupportable, a fini par me montrer la réalité sous son masque d’agressivité. Hailey n’a eu besoin que d’une fêlure pour s’immiscer jusqu’à mon cœur. Un fragment de seconde de sa vulnérabilité m’a rendu une part d’âme que j’ai tenté d’étouffer.

Mon palpitant s’excite. L’évidence me donne la sensation qu’il va jaillir de ma poitrine : l’entrepôt est vide.

Vide et en flammes.

Serait-ce un piège des Italiens ? Un piège dans lequel je serais tombé uniquement à cause de mon humanité ? Pourquoi faut-il constamment que je me trompe quand les gens que j’aime ont besoin d’être sauvés ?

Et comme si le destin m’avait entendu, un grincement funeste retentit au-dessus de ma tête.

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