Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 20
Hunter
L’ambiance tamisée, la musique sensuelle, et la putain de robe moulante rouge foncé, à manches longues, achetée par Hailey, me donnent la sensation de porter un jean avec une taille trop petite. Ses cheveux relevés dans un chignon élégant dégagent sa nuque, m’offrant sa peau claire en pâture. Je rêverais de me glisser derrière elle, et de la mordre à cet endroit si tendre.
— Tu es supposé mater la scène, Hunter, me tacle-t-elle.
Nos fauteuils forment un S ce qui nous permet de balayer une majeure partie de la salle.
— Je surveille l’entrée derrière toi, affirmé-je.
Je détourne mes yeux du péché que représente son cou afin de porter mon attention sur les clients qui arrivent. Tout est calme.
— Quand va-t-on chercher des informations ? demandé-je à ma partenaire.
— Laisse-moi jouer encore un peu.
Sa réponse titille ma curiosité, et je suis la direction de son regard. Derrière le comptoir, un barman s’active à nettoyer les verres tout en la fixant. Les manches de sa chemise sombre sont relevées et dévoilent des avant-bras tatoués. Son air de mauvais garçon détonne avec la clientèle chic du club.
— Tu vas faire quoi, Hailey ?
Je reporte mon attention sur elle, bien décidé à analyser l’expression de son visage quand elle me donnera son explication. Mais elle me prend à contre-pied.
— Pourquoi ? Serais-tu… jaloux ?
Sa condescendance me pique en plein cœur. Je ne peux pas m’empêcher de réagir ni retenir ma main de passer par-dessus l’accoudoir pour enserrer sa cuisse nue. L’instant d’après, ses ongles se plantent à l’intérieur de mon poignet, mais je maintiens ma prise. Son regard m’ignore, mais les traits fins de son visage dépeignent son malaise.
— Le mot que tu cherches, Hailey, c’est : protecteur.
Son éclat de rire enfonce un peu plus sa lame insidieuse dans mon palpitant. Tout comme sa façon de s’adresser à moi ensuite, venimeuse.
— De quel droit t’attribues-tu ce rôle ?
— Tu me veux collé à ton train, autant que je surveille tes arrières, non ? répliqué-je.
Cette fois, Hailey me toise, le menton redressé, le port de tête fier.
— Je n’ai besoin de personne.
— Ton indépendance est tout à ton honneur, simplement, tant que nous sommes dans le même bateau, il faudra t’y faire. Et si tu me cherches, je n’hésiterai pas à te rafraîchir la mémoire avec l’épisode du lycée.
Je la vois serrer les dents et me jeter un regard incendiaire. Si l’enfer y ressemble, je veux bien abandonner toutes idées de rédemption.
— Dois-je comprendre que tu m’empêcherais de récolter des informations, comme quand tu m’as interdit de protéger le directeur en l’emmenant avec nous ? Parce que si tel est le cas, alors, nous ne serions plus dans le même camp.
Elle rebondit sur chacune de mes réponses, joue sur mes mots, cherche la faille pour s’y immiscer et retourner la situation. J’aime ça autant que je déteste son attitude. Elle est comme de l’air que l’on essaye de capturer avec les mains, volatile.
Déterminé à la contrecarrer, je me penche vers elle.
— Aurais-tu oublié que je t’ai sauvé la vie ? Si tu veux effacer ta dette, n’use pas de tes charmes pour obtenir des infos que l’on peut soutirer différemment.
Sa réaction ne tarde pas. Ses doigts gagnent ma joue tandis qu’elle approche son visage du mien. Lorsque son pouce caresse mes lèvres, je défaillis. Je perds toute notion de l’endroit où nous sommes au moment où ses deux armes les plus fatales se plantent dans mon regard.
— Qui te dit que je comptais opérer dans un corps à corps autre que celui d’une mort lente et douloureuse ?
*
* *
Le type n’a plus la même allure que derrière son bar, et j’admets volontiers que mon ego s’en trouve réconforté.
— Vous allez me buter ? demande l’employé du club de striptease en gigotant sur la chaise sur laquelle il est attaché.
— Inutile, mais perspicace.
— Laissez-moi la vie sauve, et je ne dirai rien.
— Dommage que tu sois un gentil garçon. Tu avais tout pour me plaire, le nargue Hailey.
Elle passe derrière lui et tire avec précision pour l’abattre. La scène ne me choque pas. J’ai déjà vu pire. Et beaucoup moins propre. Ce qui retient le plus mon attention, en revanche, c’est l’aisance de Hailey à la tâche.
Seule une personne entraînée est capable d’exécuter de différentes façons. La Pyramide ne dispose pas de système d’apprentissage. Moi, j’adorais la coutellerie avant d’entrer dans le cartel.
Plus jeune, mon oncle nous emmenait, Noah et moi, en week-end de chasse. Le pavillon de mes grands-parents se situait à proximité d’une immense forêt. Nous y pistions des animaux et il nous enseignait la manière de les tuer en les faisant le moins souffrir.
Si j’étais doué pour remonter leurs traces, et pour viser juste, j’appréciais tout particulièrement les étapes suivantes. Nous récupérions la viande et la peau. La nécessité d’opérer de façon chirurgicale afin de ne rien abîmer me fascinait. C’est de cette manière que je suis devenu aussi précis, et efficace en tant que tueur à gages.
J’avais déjà des compétences qu’il m’a suffi d’élever à un stade supérieur.
Mais qu’en est-il pour Hailey ? Elle était douce comme un agneau. Où a-t-elle donc appris à se battre et à éliminer des gens ?
— Tu comptes m’aider où je dois porter ce sac à patates toute seule ? interrompt-elle le fil de mes pensées.
— C’est demandé si gentiment.
Je m’approche du cadavre encore chaud du barman, et le bascule sur mon épaule.
— J’en fais quoi ?
— Tu n’es pas obligé de jouer au mec viril, me tacle Hailey.
Je relâche un souffle sonore.
— Il pèse un âne mort, alors dépêche-toi de me répondre !
— Rien que pour te faire chier, je devrais…
— Hailey ! grondé-je.
Elle lève les yeux au ciel tandis que je résiste à l’envie de lui balancer le gars à ses pieds et de lui dire de s’en débrouiller.
— On vide, on découpe, on disperse.
— Tu acceptes d’utiliser ma méthode rien que pour m’emmerder, pas vrai ? Tu me surprendras tous les jours.
Cela peut sembler barbare de démembrer un cadavre, mais c’est l’un des meilleurs moyens pour ne pas laisser de traces.
Les corps jetés à l’eau, comme celui de James Manson, finissent souvent par remonter. Ceux calcinés éveillent la population environnante et ne parviennent jamais à la fin de la combustion. L’acide est une solution intéressante, mais au moindre faux pas, votre peau en fera les frais.
En revanche, disperser des morceaux de chair complexifie le puzzle à assembler. Surtout lorsqu’on ne laisse aucune dent ni aucune empreinte au macchabée. Ni les yeux, ni la langue, ni les organes internes.
— Dépêche-toi au lieu de fanfaronner, me tacle Hailey. Tu as un sacré taf qui t’attend.
Je dépose le barman au sol, puis me plante face à elle. L’occasion est trop belle pour la manquer.
— Tu ne veux pas que je t’apprenne ? Cela te fera des notions en plus parmi toutes celles que tu connais déjà.
Je la provoque, car je ne crains pas qu’elle tente de me tuer. Elle aurait pu le faire depuis bien longtemps. Je lui suis donc utile pour le moment. À moi de surveiller mes arrières pour anticiper le moindre changement dans son comportement.
— Je n’apprécie pas les sous-entendus. Ils induisent trop de quiproquos. Alors soit plus clair, Hunter.
— Qui t’a entraînée, Hailey ?
— Nikolaï, affirme-t-elle sans trembler.
Elle ne semble pas mentir, mais je n’en suis pas assuré. Sa façon de me fixer m’ôte une partie de mon objectivité.
— Et c’est tout ? insisté-je.
Un silence pesant s’étire entre nous et un sentiment d’oppression enserre ma cage thoracique. À ce stade, malgré nos aveux à demi-mot de ne pas vouloir tuer l’autre, qu’en est-il ? Puis-je réellement lui accorder ma confiance ?
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