Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 43

Hunter

 

Les néons des bureaux de police m’agressent les rétines. J’ai l’impression d’y être depuis une éternité. J’ai été interrogé pendant des heures, répétant inlassablement la même version de ce qui s’est produit dans l’appartement d’Etienne Zekie Lavoie.

Hailey, elle, est en pleine audition. Elle m’a retrouvé à la sortie de la mienne, me conseillant de m’en tenir aux questions posées, sans jamais les approfondir, ce que j’ai fait.

Elle avait l’air en colère, et je m’en veux. Je me demande si Nikolaï lui a confié la vérité que je n’ai pas su lui dire, si elle me pardonnera, ou si elle s’enfuira une fois ses réponses données. Je me demande si je la reverrai un jour.

Dans une cellule au sein des locaux de la CIA, j’attends ma sentence. Et elle ne tarde pas à arriver.

— Sortez-moi celui-là ! tonitrue une voix que je reconnais.

Nikolaï apparaît dans mon champ de vision dans la seconde qui suit. Un officier s’exécute en ouvrant la porte à barreaux.

— Allez, amène-toi.

Je le suis en silence jusqu’à une salle d’interrogatoire, à proximité de celle où j’ai été questionné un peu plus tôt. Lorsque j’y entre, le nœud au creux de mon estomac se resserre.

Elle est vide.

Affreusement vide.

J’avais espéré qu’il m’emmènerait voir Hailey.

— Assieds-toi.

J’obéis, sans broncher. Faire des vagues ne me servirait à rien.

— Je ne vais pas te le cacher, la situation est tendue, commence le Russe. Je ne sais malheureusement pas qui est le second bras droit d’Ezekiel et il n’est plus vraiment en mesure de nous aider. Ils nous ont sacrément bernés.

— Que suis-je supposé comprendre ?

— Ta relaxe va être plus compliquée que prévu.

— Tu te moques de moi ?

— Tu as abattu notre unique moyen de stopper la plus grosse opération de ces vingt dernières années.

— Tes hommes ont tardé à venir, il m’a fallu faire un choix. Et puis, c’était de la légitime défense !

— Nous avons dû attendre le plus tard possible pour que tu lui soutires les informations que je t’avais demandées.

— Alors ça va être de ma faute, maintenant ? N’inverse pas les rôles, Nikolaï ! Je n’ai pas pu compter sur toi.

Le Russe garde le silence, et je ne me prive pas pour soutenir son regard. Je ne me démonterai pas ni ne m’excuserai de la décision que j’ai prise.

— Et pour Hailey ? lui demandé-je.

— Elle va obtenir une nouvelle identité.

J’en suis soulagé durant une fraction de seconde. Car je comprends aussi que nous n’allons peut-être pas être réunis, et cela me serre tellement l’estomac qu’une envie de vomir survient.

— Tu lui as expliqué pour son embauche et tout le reste ?

Nikolaï opine du chef.

— Comment a-t-elle réagi ?

— Tu n’auras qu’à lui demander. Elle t’attend dehors.

L’étau qui comprime ma poitrine se relâche un peu, même si rien ne m’assure qu’elle me pardonne. Elle a son ticket pour la liberté.

En revanche, je tique sur le fait de pouvoir lui parler bientôt.

— Je croyais que ma relaxe allait être compliquée.

— C’est le cas. Elle dépend aussi de tes exigences.

Comme si mettre mes conditions allait changer quoi que ce soit à ce qui m’attend et aux risques que je vais devoir prendre. Encore.

Néanmoins, puisque Nikolaï les demande, je les lui énonce avec clarté.

— Vivre avec Hailey si elle veut toujours de moi. Profiter d’une normalité à laquelle tu nous as empêchés d’accéder. Que ça ne dure pas une décennie.

La cicatrice du Russe se tord dans une grimace, et je n’aime pas ça. Il est responsable de ce qui nous arrive, quand bien même il n’est pas à l’origine du meurtre de Noah ni de celui des parents de Hailey. Mais il s’est servi de ces drames pour nous embrigader dans un dessein et il n’a eu aucune considération pour ce que nous avions à perdre.

— Tu me dois bien ça, Nikolaï, ajouté-je pour enfoncer le clou.

Ils croisent ses doigts, les poings ancrés sur la table. Je m’attends au pire. C’est ce moment-là que choisit la phrase de ma mère pour envahir mon esprit. Pas de rédemption pour les pécheurs.

— J’ai une proposition à te faire, déclare Nikolaï d’une voix grave. Une et unique.

Cela signifie-t-il qu’en cas de refus je peux dire adieu à mon ticket de sortie ? Combien de temps cette mission va-t-elle durer ? Qu’attend-on de moi ?

Parmi toutes ces interrogations, une seule parvient à franchir la barrière de mes lèvres.

— Quand ?

*

* *

Je ressors en homme libre. Du moins, pour le moment.

Je me dirige vers l’extérieur, nerveux. Hailey est supposée m’attendre dehors. Mais sera-t-elle seulement là ?

Quelques pas me suffisent pour me confirmer sa présence. Et son regard noir me rappelle nos retrouvailles.

Le pire reste son silence, même quand je m’approche d’elle. Le temps m’est compté. L’échéance donnée par Nikolaï me comprime toujours autant la poitrine. Je ne pourrai pas la cacher à Hailey, et cela me briserait de devoir m’en aller sans lui en avoir parlé.

— Dis quelque chose, je t’en prie, murmuré-je.

— Tu m’as menti. Qu’y a-t-il de plus à ajouter ?

Sa pique glaciale me traverse de part en part. J’ouvre la bouche, puis la referme, conscient que si je ne trouve pas les bons mots. Je vais la perdre. Cette idée m’est insoutenable.

— Merci.

— Merci ?

— Merci, oui. Merci de m’avoir fait suffisamment confiance pour m’accorder une nuit pendant laquelle j’ai pu te montrer à quel point tu comptais pour moi. Merci de m’avoir donné l’impression, l’espace d’un instant, d’être un homme qui pouvait être aimé.

Ses yeux se parent d’un voile humide.

— Je t’ai livré tout ce que je savais ! Hunter, explose-t-elle. Et toi, tu as retenu des informations à propos de ce pour quoi je me suis sacrifiée pendant des années.

— Je sais.

Je n’ai aucun argument à lui avancer. Même mes propres convictions me semblent bien futiles.

— Je devrais te tuer pour ça, réplique-t-elle d’une voix tremblante.

— Si tu ne veux plus de moi, Hailey, assure-toi de ne pas me louper dans ce cas.

Durant de longues secondes, je vis une véritable torture. J’ai le sentiment de la perdre. De mourir même. Dans un supplice lent et lancinant.

Elle amorce un premier pas, et je l’imagine déjà tourner les talons. Mais au lieu de ça, elle anéantit l’espace entre nous.

Sa main gagne ma gorge qu’elle serre. Je la laisse faire et ferme les yeux.

Elle peut bien me priver d’air. Car si elle décide de me rejeter, quoi qu’il advienne, je n’aurai plus mon oxygène.

— Nous est tout ce qui me donne envie de vivre, souffle-t-elle avant de m’embrasser.

La pression de ses doigts se relâche au contraire de celle de ses lèvres qui s’accentue. Ses bras se nouent autour de mon cou tandis que je m’empresse de l’enlacer. Je lui donne tout, sans concession. Elle mérite tellement mieux que moi, putain, mais je l’aime du plus profond de mes entrailles !

— Je suis désolé, Hailey.

— Je sais.

*

* *

Sa main glissée dans la mienne, Hailey et moi pénétrons dans la chambre d’hôtel qu’elle a louée pour cette nuit. J’essaye tant bien que mal de masquer mon malaise. Mais, j’ai du mal à respirer, du mal à réaliser.

— C’est le grand luxe, ici, lâché-je en découvrant la pièce.

Des moulures au plafond, un parquet en chêne massif, des fauteuils en velours et des tapis dont la qualité ne fait aucun doute. Tout dans ce lieu respire le confort.

— Je me suis dit qu’on le méritait, me répond-elle avec un sourire.

Hailey m’entraîne à sa suite, dans une démarche aussi élégante qu’aguicheuse.

J’aimerais faire abstraction des derniers évènements, cependant nous ne pourrons pas y échapper. Une épée de Damoclès flotte toujours au-dessus de nos deux têtes.

Je tire sur sa main afin de l’attirer vers moi. Elle a beau vouloir passer outre les éléments que je lui ai cachés, il n’en reste pas moins un détail dont je dois lui faire part, pour être pleinement honnête avec elle. Amorcer cette discussion me remplit de doutes. Elle va définir notre avenir.

— Hailey, l’interpellé-je.

Elle se retourne vers moi, et mon être tout entier tremble d’appréhension.

— Comment s’est déroulé ton interrogatoire ? lui demandé-je. Est-ce que ça a été ?

— Tu souhaites vraiment parler de ça ?

Elle m’offre un sourire qui m’emplit autant de bonheur que de mélancolie. Je ne parviens pas à lui répondre. Face à mon silence, elle finit par reprendre la parole.

— Je dois rendre un rapport complet d’ici la fin du mois. Après quoi, j’aurai le droit à des remerciements pour mon dévouement et à une nouvelle identité.

— Ils t’ont virée ?

— Ils ne l’ont pas explicitement exprimé de cette manière, mais c’est ce que ça sous-entendait.

Elle ne semble pas plus attristée que ça, comme si elle acceptait ce changement de vie future. Elle a déjà évoqué son envie de raccrocher.

Je crains sa réaction quand elle comprendra que je ne pourrai pas être à ses côtés comme nous le souhaitions. Supportera-t-elle ce que je m’apprête à lui confier ?

— Et toi ? me demande-t-elle.

Le moment que je redoute est arrivé. Simplement, je ne peux pas reculer. D’une part, parce que ça ne me ressemble pas, de l’autre, parce que je lui dois la vérité, quelle qu’elle soit.

— Moi aussi, j’aurai une nouvelle identité. Mais avant ça, une mission m’attend pour expier mes fautes.

L’ironie du sort veut bien évidemment qu’elle me pose la même question que celle que j’ai posée à Nikolaï.

— Quand pars-tu ?

Sa voix remplie d’inquiétude me serre le cœur comme jamais. Je donnerais cher pour ne pas avoir à briser le sien.

— Demain matin, lui annoncé-je.

Ses yeux s’écarquillent, sa bouche s’entrouvre. Son visage laisse apparaître un mélange de stupeur et de tristesse, un mélange amer de désillusions.

Intérieurement, une part de moi a envie de hurler face à cette injustice. Nous ne méritons pas d’être à nouveau séparés si vite, alors que nous nous retrouvons à peine. L’autre se résigne.

— C’est une infiltration, ajouté-je en éprouvant une grande difficulté à lui confier ce détail.

— Refuse ! répond-elle du tac au tac.

Au travers de ce mot, je ressens tout son désespoir. Ce type de mission implique des mois d’investissement, peut-être même des années. Simplement, je n’ai pas le choix. Je préfère me plier à la demande de la CIA et obtenir ainsi un vrai ticket de sortie, plutôt que de continuer à vivre sur le qui-vive à chaque instant.

— Je ne peux pas. Et je ne veux pas.

— Dans ce cas, je vais exiger d’être affectée sur cette opération. Je ne leur laisserai d’autre choix que de me reprendre et…

— Hailey ! la stoppé-je.

Elle se détache de moi et se laisse choir sur le lit. Ses épaules baissées, son expression, tout dans son attitude ajoute du poids à mon désespoir.

— C’est au-dessus de mes forces, Hunter, souffle-t-elle. J’ai trop donné, trop subi pour qu’on m’arrache la seule personne qui compte pour moi.

— Si je ne remplis pas cette mission, tu sais ce qu’il va arriver. Ils me traqueront sans relâche jusqu’à m’éliminer. Ils en ont le pouvoir.

Lorsque Hailey porte son attention sur moi, ses yeux brillent. Je voudrais tant la rendre heureuse. Après tout ce qu’elle a traversé, elle le mériterait.

Pas de rédemption pour les pécheurs.

Ma conscience me nargue et me renvoie avec véhémence cette phrase, toujours la même, comme si elle était encrée de façon indélébile dans mon esprit, tel un tatouage sur ma peau, marqué au fer rouge.

— Tout ceci est temporaire, Hailey.

— J’ai passé les quatre dernières années en infiltration. Quatre années, répète-t-elle en faisant comme si j’étais à côté de la plaque.

Je m’approche d’elle, envahi par un sentiment d’impuissance. Fébriles, mes mains enserrent les siennes tandis que je m’agenouille devant elle.

— J’aimerais te promettre monts et merveilles. Le fait est que je n’ai aucun pouvoir après les choix que j’ai faits. Je m’en veux terriblement d’être parti, de t’avoir abandonnée, et d’être à nouveau obligé de te laisser. Si j’en avais les moyens, Hailey, je remonterais le temps pour que nous ayons une vie différente et plus paisible, une vie où tu ne te soucierais ni de ta sécurité ni de la mienne. Une vie où tu serais heureuse, et amoureuse d’un homme bien meilleur que celui que je suis devenu.

— Je ne veux pas de tout ça, Hunter, déclare-t-elle d’une voix chevrotante. Je ne souhaite pas d’hypothétique ou de grand luxe. Je ne désire que toi, tel que tu es à présent.

Hailey se laisse glisser du lit. Je m’assieds plus confortablement pour l’accueillir à califourchon sur moi.

— Je n’ai pas envie que tu partes. Je ne pourrai pas vivre une seconde fois sans toi.

— J’aurais tant aimé pouvoir accéder à chacune de tes demandes.

Ses mains caressent mes épaules. Notre proximité, sa position sur moi et ce geste électrisent mes sens.

— Tu peux en réaliser une.

— Laquelle ?

— Fais-moi me sentir en vie, Hunter, souffle-t-elle. Le temps d’une nuit.

C’est tout ce que nous avons pour l’instant.

Une certaine nervosité me gagne face au poids du moment à venir. J’ai envie de lui donner tout ce que je suis, tout en mesurant pleinement les conséquences désastreuses si je ne revenais pas. Car j’ai conscience de cette possibilité-là, du risque qu’implique une mission d’infiltration. Elle est la seule solution que j’ai pour la retrouver sereinement ensuite.

— Promets-moi de tout faire pour avancer s’il m’arrivait malheur.

— Hors de question, affirme-t-elle.

Nous nous jaugeons du regard pendant plusieurs secondes, puis un sourire éclaire nos visages respectifs. Nous sommes deux êtres au caractère indomptable ; elle, avec son tempérament de feu, moi, avec mon sang-froid légendaire. Seul l’autre peut nous attirer vers un équilibre plus serein.

— Tu es tout pour moi, tu le sais, ça ? murmuré-je. Tu es… comme une lumière à laquelle je ne pensais pas avoir droit.

Sa bouche fond sur la mienne pour toute réponse, et la fièvre induite par ce contact annihile mes craintes futures. Rien d’autre que nous ne doit exister durant les prochaines heures. Alors je l’enlace, me raccrochant avec désespoir à cette parenthèse qui nous est offerte en guise de lot de consolation.

Nous cessons de nous embrasser simplement pour ôter nos vêtements, tour à tour, dans de langoureux gestes d’amour. Seule cette émotion subsiste dans cet instant d’une infinie pureté. Si c’est cela le péché, je signe pour l’éternité.

— Tu as l’air tendu, me taquine Hailey en zieutant mon entrejambe.

— Toi aussi, rétorqué-je en effleurant la pointe de ses seins.

Mes doigts descendent ensuite vers son mont le plus bas, traçant des lignes aléatoires sur sa peau.

— Hunter…

Le timbre de sa voix m’oblige à reporter mon attention sur son visage.

— J’ai si peur de te perdre, me confie-t-elle.

— Et moi, que le souvenir de cette nuit appuie davantage mon absence. Que tu finisses par me haïr à nouveau.

— J’en suis incapable. Tout comme de vivre sans toi.

— Après tout ce que tu as traversé, moi, je crois en ta force de caractère.

Hailey prend une profonde respiration. Le temps est autant avec nous que contre nous. Il nous offre la possibilité d’une nuit ensemble avec l’espace pour dévoiler tout notre amour. Mais il nous est aussi compté.

— J’ai envie de toi, Hunter. Dans mon corps, dans mon cœur, et dans ma vie.

Sa déclaration à peine terminée, elle m’embrasse langoureusement, et je prie pour toujours garder un souvenir de cet instant dans ma mémoire lors des moments difficiles à venir. Elle sera mon phare au beau milieu de la tempête qui m’attend et, tel un marin, j’espère regagner la côte, sain et sauf, après une sortie en mer périlleuse.

N’écoutant que mes instincts les plus primaires, je la soulève, puis la dépose tout en douceur. Seconde après seconde, minute après minute, je prends soin d’elle. J’étudie les réactions de chaque parcelle de son corps, les imprimant dans mon esprit. Mon nez s’engorge de son odeur, ma bouche épouse ses formes, ma langue savoure les zones les plus sensibles, mes doigts s’agrippent à ses chairs.

— Tu es mon paradis, Hailey, murmuré-je.

Ma main guide l’un de ses genoux, le remonte afin d’accéder plus facilement à cet endroit si précieux. Dans ses iris verts, je recherche la moindre trace d’un doute et je n’y décèle qu’un amour infini. Mes lèvres couvrent alors les siennes. Puis, avec d’immenses précautions, je glisse peu à peu en elle.

Jamais je n’aurais imaginé faire preuve d’autant de tendresse. Jamais je n’aurais cru accepter mon passé, et me battre pour un avenir avec tant d’ivresse. Elle est ce que je désire. Mon évidence. Mon tout.

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