Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)

Chapitre 44

Hailey

 

Six ans plus tard

— Dépêche-toi ! crié-je depuis le salon.

Je prends ma tasse de café et l’emporte dans la cuisine pour la déposer dans l’évier. Aujourd’hui ressemble à une vie simple, au-delà de tout danger, mais une vie dont il manquerait un morceau. Jamais je n’aurais imaginé avoir une telle vie.

De là où je suis, j’entends ses pas dévaler l’escalier de notre appartement en location, situé dans le centre de Nashville. Un sourire éclaire mon visage et chasse la nostalgie qui essaye de m’envahir depuis quelques jours.

— Voilà, voilà, je suis là, s’écrie-t-il en arrivant dans la pièce.

Je me tourne vers lui et rencontre ses yeux gris, brillant d’une malice attendrissante. Je ne résiste pas à l’envie de le prendre dans mes bras.

— Tu es prêt ?

— J’ai hâte !

Son enthousiasme communicatif allège un peu le poids qui écrase mon cœur dans son étau.

— Direction la voiture ! Sinon nous allons être en retard, le sermonné-je.

Sa main glisse dans la mienne, sans aucune contradiction ni objection. C’est un jour important pour nous. Il marque un tournant dans nos vies et signe une nouvelle aventure.

Le trajet jusqu’à Grace Street se passe rapidement malgré la circulation matinale. Ce n’est pas la première fois que nous l’effectuons, et nous avons appris à nos dépens à l’anticiper au fil des semaines.

Dès que j’aperçois une place, je gare mon vieux Chevrolet.

— Elle fait de plus en plus de bruit, raille-t-il en claquant la portière.

— Si tu la maltraites, elle ne va pas durer très longtemps et…

— Nous n’avons pas les moyens d’en acheter une autre.

Je déteste quand il finit mes phrases, cela me donne l’impression d’être une mère casse-pied. Mais je lui pardonne lorsqu’il prend à nouveau ma main pour que nous terminions le trajet jusqu’à notre lieu de rendez-vous.

— Tu te sens prêt ?

— Oui !

Son enthousiasme me fait oublier le poids du quotidien. Grâce à lui, je me raccroche aux moments simples.

En moins de cinq minutes, nous sommes enfin arrivés. Je n’ai pas le temps de lui dire « au revoir » qu’il s’enfuit déjà.

— À ce soir, maman ! s’écrie Henry en courant jusqu’au portail de son école.

Son cartable sur le dos, il manque de perdre l’équilibre en se retournant trop vite. Il se rattrape, puis me salue de la main, avant de m’envoyer un baiser.

Son arrivée dans ma vie a chamboulé mon existence, cependant je ne reviendrais en arrière pour rien au monde. Son innocence me fait fondre. J’aimerais tant qu’il la garde longtemps. Je capture son bisou et le plaque sur ma joue.

Un faible sourire éclaire mon visage. Sa journée à l’école va me laisser seule face à moi-même, même si mon boulot de serveuse dans une cafétéria m’attend.

Je ne résiste pas à l’envie de l’observer encore un peu. C’est une manie devenue un rituel désormais. Dès que l’occasion se présente, je détaille chacun de ses traits et m’en nourris. Henry ressemble tant à son père…

— C’était in extremis ce matin, s’exclame une voix non loin de moi.

Je tourne la tête et découvre M. Johnson, le papa d’une petite Emily. Chaque mère de cette école maternelle aimerait mettre dans son lit ce trentenaire à l’allure BCBG.

Il embrasse sa fille qui file rejoindre ses camarades. Alors que je m’apprête à partir, il lance la conversation.

— Vous êtes très élégante, Lise. Comme toujours.

Je ne peux pas m’empêcher de ciller, comme chaque fois que j’entends cette seule partie de mon prénom. Je ne suis pas certaine de m’y faire un jour. Il est comme un vestige de mon passé, comme un poids accroché à ma cheville.

— Vous me flattez, monsieur Johnson, lâché-je, la voix teintée d’ironie.

Ce qu’il ne semble pas remarquer.

— Je vous en prie, appelez-moi Gary.

Son regard avenant a tout pour plaire. Il est bel homme, poli, serviable, fin gourmet aussi, si je me fie aux nombreux gâteaux qu’il confectionne pour les évènements de l’école.

— Accepteriez-vous de prendre un café avec moi, un de ces jours ? Je me disais que nous aurions pu faire plus ample connaissance, étant donné qu’Emily et Henry semblent bien s’entendre.

Ce n’est pas la première fois qu’il cherche à se rapprocher de moi. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il est persévérant.

Cependant, mon cœur n’est plus capable d’aimer. Il a tout donné à un homme dont je n’ai plus de nouvelles depuis des mois.

Hunter est en mission en Russie avec Nikolaï depuis six ans. Nous nous voyons rarement, toujours dans un laps de temps bien trop court pour que je puisse combler le manque qu’il laisse dans mon quotidien, bien trop peu pour qu’Henry puisse nouer des liens avec lui comme un petit garçon devrait le faire avec son père.

Chaque fois que j’entends le téléphone, la sonnette retentir, je crains que l’on m’annonce sa disparition. Mon existence se résume à travailler pour subvenir aux besoins matériels de notre fils, à jouer mon rôle de mère, à endosser celui d’un père et à m’oublier.

Dans ce genre de moment, le demi-million de dollars versé sur le compte que j’avais durant mon infiltration me nargue. Cette solution aurait-elle été plus simple ? Oui. M’aurait-elle apporté l’assurance de voir mon fils grandir ? Sûrement pas.

Quand bien même la vie est semée d’embûches, je suis soulagée d’avoir troqué mon gilet pare-balles et mes vêtements noirs pour mon tablier de serveuse, de couleur rouge.

Mais quand je vois Gary, le temps a beau passer, je ne me résous pas à franchir le cap. J’ai eu plusieurs propositions d’hommes depuis que je travaille dans un café, mais seul Hunter connaît tout de moi, de mes démons, de mes prières. Alors, je refuse de laisser entrer quelqu’un dans mon quotidien, bien trop rattachée à l’espoir de le retrouver.

Je m’apprête donc à décliner poliment lorsque l’on m’interrompt.

— Elle n’en boit que le matin.

Mon corps frémit, mais je conserve la même expression sur le visage. Serait-ce une hallucination ?

— Sinon, elle ne dort pas la nuit, et je ne peux pas fermer l’œil non plus, si vous voyez ce que je veux dire.

Une main glisse dans la mienne. Malgré sa chaleur, cela me semble encore irréel. Cependant, un parfum reconnaissable m’enveloppe dans une douceur inespérée.

— Oh ! lâche Gary. Toutes mes excuses si je vous ai offensé. Il n’y avait rien de mal placé dans ma proposition, je vous le certifie.

Un silence glaçant s’oppose à sa réponse. Le père célibataire commence à balayer l’horizon à la recherche d’une échappatoire.

— Je ne vais pas vous déranger plus longtemps, sinon c’est moi qui vais être en retard. Bonne journée.

M. Johnson s’enfuit sans demander son reste, moi, je n’attends pas pour m’assurer que je ne rêve pas. Et dès que mon regard croise ces deux billes grises marquées de cette tache noisette, si caractéristique et si chère à mon cœur, je ne peux retenir mes larmes de monter.

— Je te croyais mort.

Je me jette contre Hunter, et quand ses bras s’enroulent autour de moi, j’ai la sensation de respirer pour la première fois depuis des mois.

— Je suis désolé de ce silence. Les dernières semaines de la mission ont été tendues, et je ne pouvais pas te contacter sans risquer de tout faire foirer.

Mon cœur vacille tant je suis incertaine d’avoir bien entendu. Je m’écarte de Hunter pour sonder son regard. Ce que j’aperçois sur son visage ouvre les vannes de mes larmes, contenues depuis bien trop longtemps. Son sourire.

Depuis combien d’années n’en ai-je pas vu un sur ses lèvres ? La dernière fois, il découvrait notre fils après mon accouchement vécu seule. Cette épreuve est d’ailleurs à l’image de ces années passées à me faire du mouron tandis que Hunter infiltrait un réseau de trafiquants d’armes en Russie.

Nous nous sommes retrouvés, à plusieurs reprises, malgré les injonctions du règlement et les risques encourus. Mais à l’arrivée d’Henry, j’ai priorisé notre enfant. Mon cœur était comblé de m’occuper du fruit de notre amour, et déchiré de ne pas profiter de mon âme sœur.

— Alors tu rentres à la maison ?

— Pour de bon, affirme-t-il en me prenant dans ses bras.

Je ne pourrais pas être plus heureuse. Enfin, la vie que nous attendions est là. Mes deux hommes vont pouvoir passer du temps ensemble. J’ai beau parler de Hunter à Henry, rien ne remplace la présence d’un père auprès de son enfant.

Lorsque je me détache un peu de lui, j’aperçois la même émotion intense dans ses yeux.

— Vous m’avez tant manqué, souffle-t-il.

— Si tu savais comme je te comprends.

Nous échangeons un léger sourire, puis ce dernier devient plus franc. Je m’impatiente déjà de le voir chaque jour.

— Tu as le temps de m’accompagner au travail ?

— Nikolaï va râler, mais tant pis.

C’est plus fort que moi, je ris. Pendant des mois, j’en ai voulu au Russe de nous avoir manipulés, mais au fil du temps, la vie a repris le dessus sur ma rancœur. Cela me ramène comme bien souvent au souvenir de Rose Manson. Il m’arrive de penser à elle, en me demandant si elle a réussi à retrouver une existence où la normalité lui offre un peu d’air.

— Je dois repartir d’ici une heure, ajoute Hunter, me rattachant à l’instant présent.

— Tu ne restes pas avec nous ? le questionné-je, surprise.

— Je n’ai pas encore ma nouvelle identité. D’ailleurs, je ne devrais pas être ici.

Je ne peux retenir un soupir. Ni mes larmes de couler.

— Pas de rédemption pour les pécheurs, soufflé-je.

— Ce n’est plus qu’une question de semaines, affirme Hunter en essuyant mes joues à l’aide de son pouce.

Malgré sa conviction, je sens l’angoisse latente se réveiller au creux de mon ventre. Depuis que j’ai donné la vie, je n’arrive plus à échapper à cette anxiété tenace qui me pourrit l’existence.

— Et si un jour tout ça nous rattrapait ?

— Et si nous cessions de nous tourmenter ?

Hunter a raison. Penser à l’hypothétique ne me renvoie qu’à mes démons, et il m’est difficile de composer avec. J’espère qu’avec lui à nos côtés, je parviendrais à les surmonter.

— Nous ferons tout ce qui est en notre pouvoir pour offrir la stabilité dont notre fils a besoin, je te le jure. Et cette promesse, je la tiendrai.

La flamme d’une assurance sans faille brille dans ses yeux. Je n’y résiste pas. Je l’embrasse avec une infinie tendresse, souhaitant du plus profond de mon être croire en notre capacité à affronter le monde ensemble.

— Je t’aime, lui murmuré-je pour la toute première fois.

À la vie, à la mort, nous sommes des âmes en quête de lumière.

— Je t’aime aussi, m’affirme Hunter sur le même ton.

À la vie, à la mort, nos cœurs sont liés dans cette existence et durant toute l’éternité.

 

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