Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 14
Hunter
Son corps entier se tend, mais je maintiens ma position. Elle va me tuer après cette entrevue. Simplement, si je l’avais mise au courant de ma stratégie, elle ne se comporterait pas avec autant de nervosité.
J’en ai besoin pour la rendre plus accessible aux yeux des personnes que nous allons rencontrer. Notre discussion dans la chambre d’hôtel va m’y aider.
— Nous vous remercions de nous accueillir aussi rapidement.
— J’espère que votre voyage depuis Paris s’est bien passé, malgré les conditions qui vous font venir ici.
— Tout ira pour le mieux lorsque nous pourrons échanger de vive voix avec le principal.
— Je comprends, rebondit son assistante. Suivez-moi, il vous attend.
Nous nous mettons en marche, et je perçois les œillades lancées par Hailey. Je décide de les ignorer en croisant les doigts pour qu’elle soit capable de prendre sur elle.
Après avoir grimpé quatre étages, nous arrivons sur un palier à la décoration spartiate. Une seule vitrine présente quelques trophées de divers championnats et, juste à côté, se trouve une photographie aérienne en noir et blanc de l’ensemble des bâtiments.
— Je vous prie d’attendre un instant, nous demande notre guide.
Elle disparaît derrière une porte. Hailey en profite pour réagir.
— Putain, je vais t’émasculer, Hunter, déclare-t-elle, les dents serrées.
— Sois mignonne. Et suis le mouvement sans péter un câble, lui réponds-je sur le même ton.
La femme réapparaît, ma phrase à peine terminée, et je lui offre un sourire aussi chaleureux que possible.
— Le principal est prêt à vous recevoir.
J’opine du chef tandis qu’elle s’efface pour nous laisser passer. Ma main gagne la cambrure de Hailey, qui avance en silence.
L’ambiance dans le bureau du directeur dénote avec le palier. Encombré serait le mot ; l’intégralité des murs sont recouverts de bibliothèques, excepté l’emplacement d’une fenêtre à l’allure d’un ancien temps.
Derrière un meuble rustique, un homme d’une cinquantaine d’années, aux cheveux grisonnants, dégage une certaine prestance.
— Installez-vous, je vous prie.
Il fait signe à son assistante qui referme la porte derrière nous.
En silence, Hailey et moi nous asseyons sur les sièges en face de lui. La mâchoire carrée, des ongles manucurés, un costume en tweed sur-mesure, tout chez lui indique un haut standing. Je prends donc soin de me tenir droit. Le mimétisme aide à mettre à l’aise son interlocuteur.
— Monsieur et madame Winsley, compte tenu de notre échange rapide de ce matin, vous ne verrez pas d’inconvénients à ce que je vérifie votre identité. La sécurité est essentielle pour nous, et nous n’aimerions pas que des petits malins puissent penser nous berner.
Mon sourire bienveillant s’accentue malgré ma difficulté à déglutir. Je me doutais que le type ne serait pas dupe. Je n’ai pas précisé à Hailey que le secrétariat ouvrait plus tôt, ce qui m’a permis d’appeler pendant qu’elle descendait à notre voiture. Le mensonge que j’ai servi ne tient qu’à un fil, et j’espère que nous pourrons obtenir des informations sans heurts.
— Pas le moins du monde, affirmé-je.
Je lui tends mon faux passeport, et Hailey lui confie également le sien. Dès l’instant où le directeur rive ses yeux dessus, j’aperçois qu’il tique sur nos noms.
— Madame Farrow ?
L’attention du principal se porte sur ma coéquipière. Je ne lui laisse pas le temps de réagir et m’adapte à la situation.
— J’ai fait ma demande le mois dernier. Nous ne sommes donc pas encore mariés, rebondis-je, en posant ma main sur celle de Hailey.
Ainsi, je cache l’absence de bague, sous le regard suspicieux du directeur. Il semble néanmoins nous accorder le bénéfice du doute, et poursuit.
— Bien. Si j’ai bien compris l’objet de votre visite, vous recherchez une
certaine Mlle Manson, Rose de son prénom, qui aurait effectué ses études dans notre établissement.
— Tout à fait. C’est la petite sœur de ma future épouse. Nous souhaiterions la contacter pour qu’elle assiste à notre mariage. Nous avons appris son existence très récemment. Elle a été adoptée et nous savons de source sûre qu’elle s’efforce de retrouver ses parents biologiques.
— Je vois. Et qu’attendez-vous de moi ?
— Nous souhaiterions connaître son cursus scolaire et les gens qu’elle côtoyait afin de les questionner quant à l’endroit où pourrait se trouver Rose. Son père nous a expliqué qu’elle était partie du domicile familial à sa majorité. Il n’a plus vraiment de nouvelles hormis quelques cartes postales. Nous espérions qu’elle aurait peut-être gardé contact avec des amis à elle.
Le directeur fronce les sourcils, malgré le ton clair de ma voix. Je sais qu’il peut tiquer sur le fait que nous nous employons à retrouver une parfaite inconnue alors que son père, lui, n’engage aucune recherche.
C’est là qu’intervient la seconde partie de mon plan.
— Nous pensons que M. Manson nous a menti sur ce point.
Je soupire pour accentuer l’effet dramatique de mon jeu.
— Nous ne le blâmons pas quant à sa retenue à nous en dévoiler davantage, mais…
— Monsieur Winsley, je vous arrête, me coupe le principal. Je souhaiterais vous aider, mais comprenez-moi, vous êtes deux étrangers aux yeux de l’établissement. Et le père de cette jeune fille est réticent malgré vos arguments. Pourquoi serait-ce différent pour moi ?
— Parce que vous n’avez pas la mesure de ce que cela implique, déclare Hailey. M. Manson a accueilli Rose chez lui, il l’a élevée comme son propre enfant et aujourd’hui, nous lui rappelons sûrement la pire crainte de tous parents : perdre un être cher.
Son intervention nous fait gagner des points si j’en juge par le changement de posture de notre interlocuteur. Ses épaules s’affaissent légèrement, signe qu’il baisse sa garde.
— Cela s’entend, confirme le directeur. Mais vous ne portez pas le même nom que votre sœur, et n’avez aucun document à nous fournir pour le prouv…
— Bien évidemment ! s’écrie Hailey. Elle a été déposée au pied de l’église de Sainte-Croix par notre mère, alors qu’elle n’était qu’un bébé. Aux yeux du monde, c’est une orpheline !
L’impulsivité de ma coéquipière referme aussitôt la faille. Le directeur se redresse.
— Je suis désolé madame Farrow, mais nous ne pouvons pas vous fournir d’informations concernant Rose. Je vais vous demander de par…
Des cris retentissent depuis l’extérieur, arrêtant le temps. Puis tout s’accélère dans la seconde qui suit. Le principal se précipite vers la fenêtre, Hailey dans ses pas.
— Oh, Seigneur !
— Putain, ce sont les Italiens ! rugit ma coéquipière.
Je n’ai pas la possibilité de la retenir qu’elle sort deux flingues de son manteau. L’un pointe vers le directeur, l’autre vers la porte.
— Vous, vous allez nous suivre sans discuter.
Les yeux de notre interlocuteur s’écarquillent. Il blêmit.
Hailey n’y va pas de main morte, et je crains que notre cher atout finisse par s’évanouir si elle ne se calme pas. Foutue impulsivité !
— Où est le dossier de Rose Manson ? demandé-je.
— Nous n’avons pas le temps pour farfouiller, Hunter, gronde ma partenaire.
— Brouiller les pistes peut nous faire gagner un temps précieux, rétorqué-je.
Si face à James Manson je l’ai laissé mener la danse, c’est le moment ou jamais que je la temporise.
— Où est le dossier de Rose Manson ? répété-je.
— Dans l’étagère, derrière mon bureau. Année 2019. Mais qui… qui êtes-vous ?
— Ton pire cauchem…, commence Hailey.
— Des agents de la CIA, tonitrué-je pour couvrir sa voix. Nous vous avons dit vrai : Rose est à la recherche de ses parents biologiques. Malheureusement, elle a posé trop de questions aux mauvaises personnes.
Mon mensonge sort comme une vérité absolue. Je poursuis sur ma lancée.
— Elle détient des éléments capitaux dans le cadre d’une enquête internationale. Il est impératif que nous la retrouvions avant ces mercenaires. Vous avez sûrement entendu parler de l’explosion d’un véhicule sur le parking d’un bar ? lui demandé-je tout en fouillant.
Je jette un œil derrière moi. L’homme, de plus en plus pâle, acquiesce d’un signe de tête aussi hâtif que nerveux.
— Ils en sont à l’origine, ajouté-je.
— Comment puis-je vous faire confiance ? Votre arrivée signe la leur, et votre amie me pointe une arme sur la tempe.
— Son amie, mon cul ! lâche Hailey.
— Mon ange, veux-tu bien arrêter de faire peur au principal ? lancé-je en retour.
Elle n’a pas le temps de me répondre que je trouve les documents.
— Bingo ! Y a-t-il une copie numérique de ce dossier ? demandé-je tandis que ma partenaire n’a pas bougé d’un iota.
— Oui, dans nos archives.
— Très bien, dans ce cas, nous y allons. Range ton arme Hailey, je suis persuadé que monsieur a compris l’intérêt de nous aider.
Alors que je me dirige vers la sortie, ma coéquipière m’interpelle.
— Hunter, nous n’avons pas le temps de nous balader dans l’établissement. Les Italiens approchent. On l’emmène avec nous.
Je m’apprête à riposter, craignant de revivre la scène avec James Manson, encore fraîche dans mon esprit. Malheureusement, je suis interrompu par des tirs à proximité du lieu où nous sommes.
— Une issue de secours, tout de suite ! m’écrié-je.
— Suivez-moi, s’exclame le principal.
Il titube vers une porte, au fond de la pièce.
— Pars avec lui, je vous rejoins.
— Hors de question que je te laisse sur place ! gronde Hailey.
Ses iris me dévoilent une certaine panique, bien loin de l’image tempétueuse qu’elle me sert depuis le début. Elle ne craint pas de se débrouiller seule. Alors pourquoi réagit-elle comme ça ?
Qu’importe, je n’ai pas le temps de réfléchir à ça. Me séparer d’elle ne m’enchante pas, mais c’est ce qu’il y a de mieux à faire.
— Je barricade la porte. Dépêche-toi de t’en aller avant qu’ils arrivent ici.
Des coups de feu retentissent à nouveau, accentuant le taux d’adrénaline qui parcourt chacun de mes muscles. Nous sommes au pied du mur. Si Hailey décide de ne pas me faire confiance, nous risquons de voir disparaître l’une des pistes qui nous mèneraient à Rose, et ainsi perdre un avantage sur les Italiens.
Peut-être même, perdre davantage.
— Tu as intérêt à rappliquer illico presto sur le parking après ça, Hunter. Sinon, je jure de te faire moi-même la peau !
L’intensité de son regard me percute, tout autant que ce que sa réponse sous-entend. Pour la première fois depuis nos retrouvailles, elle m’accorde le bénéfice du doute.
L’instant d’après, Hailey disparaît derrière l’issue de secours avec le directeur.
Sans attendre, je me précipite au niveau d’une étagère remplie de livres. Boosté par le stress de cette situation, je parviens à la bouger pour bloquer l’entrée principale. Je m’attelle ensuite à déplacer le bureau.
Des voix s’élèvent depuis les escaliers et me font redresser la tête. Il est grand temps que je déguerpisse d’ici. Mais avant cela, je nous permets de gagner quelques précieuses secondes en tirant avec mon revolver en direction de l’ordinateur.
Même si j’imagine que l’établissement possède une salle avec des serveurs où chaque fichier pourra être retrouvé, cela provoquera chez les Italiens un coup de pression. De cette manière, ils sauront que nous sommes toujours dans la course, avec une longueur d’avance sur eux. De plus, cela leur indique notre présence, à armes égales. Ils se montreront donc plus lents, car plus prudents à l’approche du bureau.
Dès ma diversion menée à bien, je m’empresse de rejoindre l’issue empruntée par Hailey et le directeur. J’atterris dans une cage d’escalier secondaire.
Au pas de course, je descends, tout en surveillant mes arrières.
Arrivé au rez-de-chaussée, je plaque mon dos sur le mur dans la continuité de la porte de sortie. Vitrée, elle me permet de contrôler la présence ou non d’ennemis. Et alors que je regarde en direction du parking, mon sang ne fait qu’un tour.
Hailey tient en joue l’un de nos rivaux, tandis que le principal gît au sol, inanimé. Je ne saurais dire s’il est mort ou si son corps a lâché face à la pression, tout ce qui m’importe, c’est la scène qui se déroule sous mes yeux.
L’Italien semble seul. Il focalise toute son attention sur Hailey. Cela me permet de gagner le parc du lycée international sans qu’il me voie.
L’endroit est idéal, car arboré par d’imposants chênes centenaires, et aménagé avec des haies de buis, derrière lesquelles j’évolue sans me faire repérer.
— Tu as perdu, l’Américaine. Rends-toi avant que j’abîme ton joli visage.
— Je suis Canadienne, cher petit pepperoni. Pose ton arme au sol avant que mon partenaire t’éclate la tronche.
— Je crains pour toi que mes collègues se soient chargés de lui. Le Chasseur a été chassé comme une vulgaire proie. À l’heure qu’il est, il pend certainement par les couilles.
— À ta place, je n’en serais pas si sûr, murmuré-je près de son oreille.
Ma dague fighter survival à double tranchant appuie sur sa trachée dans la seconde qui suit, et mes doigts s’enroulent sur sa nuque. Sa peau est chaude et suintante sous mes phalanges. Je ressens tout de sa peur à travers les pulsations cardiaques au niveau de sa carotide.
Bien qu’il soit à ma merci, je reste prudent. Fratelli a beau être un idiot, ses hommes de main n’en sont pas moins entraînés.
— Donne-moi ton arme.
Avec des gestes lents, mon adversaire exécute ma demande. Je lui retire son moyen de défense, et le cale à l’arrière de mon jean.
Je profite de son calme pour fouiller ses poches. J’en ressors ce que je cherchais : un téléphone portable.
— Tu vas gentiment appeler tes amis, et leur dire que nous sommes partis. Au moindre faux pas…
J’accentue la pression de ma lame jusqu’à inciser sa peau. Je n’ai pas besoin d’en rajouter davantage, le message est passé. Du moins, je l’espère.
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