Halo in hell: (Édition française): Romance suspense - Seconde chance - Enemies to lovers (French Edition)
Chapitre 7
Hailey
Dans l’édifice religieux, le bruit de nos pas contre la pierre taillée au sol résonne. Un frisson me parcourt tant il semble faire plus froid ici qu’à l’extérieur.
Sur les bancs en bois, alignés avec précision, j’imagine tous ces fidèles, le dimanche, le cul vissé sur ces assises inconfortables, les doigts de pieds gelés.
Je n’ai jamais cru en Dieu. Comment le pourrais-je après tout ce qu’il m’a pris ?
Alors que Hunter et moi avançons, je repère un prêtre en soutane. Il range les missels dans une bibliothèque tout aussi ancienne que le reste du mobilier. Un sentiment d’alarme s’éveille en moi dès que je remarque son capuchon relevé. Pourquoi le porte-t-il à l’intérieur ?
Est-ce réellement un religieux ou un ennemi ?
Ma main gagne instinctivement mon arme, accrochée à ma ceinture. Je me tiens prête à dégainer.
— Bonjour. Nous cherchons…
— Allez-vous-en ! grogne aussitôt le prêtre.
Son agressivité me surprend, mais je ne me laisse pas impressionner.
— Quel accueil ! lancé-je avec dédain.
Le religieux se retourne vers nous. Malgré sa capuche, j’aperçois son visage tuméfié.
— Qui vous a fait ça ? lui demandé-je.
— Cela ne vous concerne pas.
— Votre œil gauche semble épargné. Peut-être que vous auriez besoin de personnes dévouées pour apporter un équilibre à la fresque sur votre face ?
— D’après vos hématomes, je mise sur des coups portés il y a un ou deux jours, temporise Hunter.
Le prêtre et moi lui jetons un regard impressionné. OK, sur ce coup-là, le sang-froid de mon binôme a le mérite de nous aider. Le religieux épie la nef principale derrière nous, comme s’il ne voulait pas être entendu. Moi ? Je tends l’oreille à la recherche du moindre bruit suspect.
— Qui vous a fait ça ? le relancé-je.
Seul un silence pensant me répond.
— Par pitié, ne perdons pas de temps ! m’écrié-je, agacée. Nos âmes sont déjà condamnées, mon Père. Pas celle que nous cherchons à sauver.
Le sentant sur la défensive, je sors alors un objet remis par Ezekiel le jour où il m’a confié les informations au sujet de la gamine. Un collier en or duquel pend un médaillon de baptême. Médaillon gravé d’un prénom : Rose.
Le religieux le prend pour lire l’inscription notée au dos. Il me le rend puis il lance à nouveau un regard derrière nous avant de nous faire un signe de tête.
Sur mes gardes, je le suis, Hunter sur mes talons.
Il nous fait passer devant un orgue monumental à l’allure sinistre. Puis il nous conduit jusqu’à un recoin où l’on aperçoit un confessionnal, dont le bois orné de gravures végétales semble traverser péniblement les années.
Sans un mot, le prêtre observe une dernière fois les environs avant d’y disparaître.
— Sois vigilant, il se peut que nous ne soyons pas seuls.
— Dans ce cas, donne-moi les clés de la voiture, que j’aille chercher de quoi nous défendre.
— Non, prends ça.
Depuis son carcan attaché à ma taille, je sors mon Ka-Bar de son étui et tends à Hunter le couteau de combat à lame fixe, utilisé par les soldats de la Marine américaine.
— Il n’y a pas de place pour deux. Reste ici pour surveiller, lui ordonné-je.
— Hors de question que je fasse le guet pendant que tu récoltes les infos, murmure-t-il.
Sans que j’aie la possibilité de le rembarrer, il nous pousse à l’intérieur. Dans la seconde qui suit, je me retrouve sur ses genoux. Il me maintient fermement assise, son avant-bras en travers de mon ventre. Malheureusement pour moi, je n’ai pas le temps de me dégager.
— Comment puis-je vous accorder ma confiance ? nous demande le prêtre.
Sa question résonne étrangement. Rien ne peut justifier notre crédibilité, et ce, même si nous étions du bon côté. Même s’il se peut qu’il ne nous croie pas, je décide de me montrer transparente.
— Nous travaillons pour la mère de Rose. Celle-là même qui l’a déposée ici quand elle était bébé. Sa fille est en danger et elle souhaite la mettre en sécurité. Et à vos bleus, vous comprenez mieux pourquoi nous cherchons à tout prix à devancer l’équipe d’Italiens à ses trousses.
Je prends le risque de dévoiler une partie de mes informations, dans l’espoir d’en récolter davantage. En faisant passer la bande d’Alvaro Mancini pour nos ennemis, je croise les doigts pour que le religieux soit plus prompt à coopérer. Sans quoi, nous n’aurons pas d’autres choix que d’user des mêmes subterfuges que nos chers Européens. Cette méthode est souvent la plus rapide.
Les secondes s’écoulent, rendant l’atmosphère un peu plus pesante. La proximité de Hunter n’arrange pas mon sentiment d’étouffer. Foutu parfum !
— Je vous écoute, finit par dire le prêtre.
Nous avançons, mais je ne crie pas victoire pour autant.
— Que pouvez-vous nous dire sur les enfants déposés au pied de votre église ? lui demandé-je.
— Ils sont toujours trop nombreux. Nous essayons de leur offrir la grâce de la maison de Dieu.
Je serre les dents, ne supportant pas ce genre de non-réponse. Elle ne m’apporte rien de concret.
— Que se passe-t-il ensuite ? Restent-ils ici ? Ou bien sont-ils placés dans des familles ? Des orphelinats peut-être ?
Un pincement au niveau de ma cuisse me surprend et m’oblige à mordre l’intérieur de ma joue. Sans ménagement, j’écrase le pied de son instigateur qui émet un grognement sourd. Qu’il me laisse mener mon interrogatoire, merde !
— Nous faisons au cas par cas, déclare le prêtre. Ils ne restent jamais ici. Parfois, ils reviennent, adultes, pour nous remercier.
— Qu’en est-il de la petite fille à qui appartient le collier ?
Le religieux ouvre une sorte de trappe à hauteur de buste. Notre interlocuteur inspire, hésitant. Il jette un œil au travers des canisses, comme s’il craignait de nouvelles représailles.
— C’était il y a près de vingt ans. James Manson à Aberdeen, souffle-t-il.
Il sort ensuite précipitamment du confessionnal. Je l’imite, mais le prêtre a déjà disparu. Les sens en alerte à cause de sa fuite soudaine, je tends l’oreille en quête de bruits de pas. Malheureusement le silence pesant de l’édifice a repris ses droits.
Nous venons d’apprendre une information essentielle : la gamine n’en est plus vraiment une. Pourquoi Ezekiel a-t-il retenu ce renseignement ? Il m’a simplement confié cette photo et notre lieu de départ. Nos pistes sont maigres, et celle donnée par le prêtre ne me dit rien qui vaille.
Je fais signe à Hunter de me suivre en silence. Nous remontons la nef pour atteindre l’entrée. J’ai besoin d’air, mais un regard de côté me coupe dans mon élan.
Hunter s’est arrêté au niveau des bénitiers où il se signe.
— C’est vraiment l’hôpital qui se fout de la charité, grogné-je tout bas.
Il me rejoint, mais ne m’envoie pas paître. Le visage de sa mère s’impose alors à moi. Elle était très croyante, je m’en souviens comme si c’était hier. Noah lui-même se pensait protégé par Dieu. Quelle connerie, sérieux !
Néanmoins la nostalgie liée à ces souvenirs me cueille et me dissuade d’en rajouter. À moins que ce ne soit l’intensité de ses yeux gris qui me sonde constamment depuis nos retrouvailles ?
Hunter et moi marchons pour rejoindre la berline. À quelques mètres de la voiture, il enclenche la conversation.
— Que faisons-nous maintenant ?
— Aberdeen est à plus de deux heures de route. Nous avons largement le temps d’y aller et de trouver un endroit pour dormir avant de rendre visite à ce James Anderson.
— C’est toi la cheffe, déclare-t-il en haussant les épaules.
Il se moque de moi, là ?
Je pivote vers lui, autant agacée par son ton condescendant que par son détachement le plus total de notre mission.
Je n’ai pas la possibilité de dire quoi que ce soit qu’il me tend mon Ka-Bar en me lançant un regard narquois. Je me retiens de le frapper, rien que pour le plaisir, et saisis le manche brutalement.
— Crache le morceau, Hunter. Ça me facilitera la tâche.
— Tu ne trouves pas étrange qu’il donne ces informations à qui veut les entendre ? me questionne-t-il tandis que je replace mon couteau dans son étui. Nous n’avons pas eu à insister bien longtemps pour qu’il se mette à table.
— Bien sûr que si !
La plupart du temps, il faut user de la force ou ruser pour obtenir le moindre indice. C’est trop simple…
— Malheureusement, nous n’avons pas d’autre choix que d’y aller, continué-je. C’est notre unique piste.
— Tu veux me faire croire que tu ne sais rien de plus ?
— Tu devrais être content, seuls tes talents peuvent nous aider, déclaré-je en me dirigeant vers la place conducteur. Et range-moi ce sourire satisfait.
— Tes discours ressemblent à un disque rayé.
— Je t’emmerde. Nous n’avons pas de temps à perdre en bavardages si les Italiens ont une longueur d’avance sur nous. Alors, magne-toi et grimpe !
J’entre dans le véhicule en claquant ma portière.
Plusieurs secondes s’écoulent pendant lesquelles mon partenaire imposé ne me rejoint pas. Mais qu’est-ce qu’il fout ?
Je baisse la vitre de la voiture pour l’interpeller.
— Ne joue pas aux cons, Hunter.
D’un pas lent, qui me donne envie de lui faire bouffer ses dents, il s’approche. Lorsqu’il se penche au niveau de la fenêtre, il me fixe de cette manière insistante, comme s’il cherchait à s’assurer de ma réelle présence.
— Qu’est-ce que tu ne me dis pas, Hailey ?
— Soit plus explicite.
— Tu es supposée être morte.
Qu’est-ce que je disais !
— Comment se fait-il que nous soyons envoyés sur la même mission ? poursuit-il tandis que je porte mon attention droit devant moi.
Je déteste sa façon de pointer cette coïncidence à laquelle je n’ai pas de réponse à lui donner. Mais je hais encore plus son chic pour me rappeler ces souvenirs passés.
Oui, j’aurais dû brûler dans l’incendie qui a ravagé le domicile de mes parents.
Ma poitrine se comprime aux flashs qui apparaissent devant mes yeux ouverts. Les gros titres des journaux, tous plus éloquents les uns que les autres : « Un défaut électrique dans une maison d’un quartier sensible fait trois morts. »
La suite des articles ne mentionnait que la pauvreté de nos rues, et non la tristesse de nos voisins éplorés par tant de pertes tragiques. Car, malgré les cartels, des gens bien y résidaient, formant une grande famille.
J’en veux à Hunter de ne pas avoir cherché à en savoir plus. Tous les habitants de notre quartier avaient connaissance que les flics étaient corrompus. Alors pourquoi s’est-il fié à ces maudits papiers ?
Un coup de klaxon au loin interrompt mes pensées. Hunter attend sagement que je lui explique ce hasard.
— Je te l’ai déjà dit : tu es le meilleur pisteur parmi les larbins de la Pyramide.
Ma réponse ne semble pas lui convenir puisqu’il poursuit ses interrogations.
— Pour qui travailles-tu ? me questionne Hunter.
Mon cœur tremble, accompagné d’un frisson. Je me félicite de toujours porter des manches longues.
Il ne peut pas avoir deviné mon double rôle, ce n’est pas possible !
— La même personne que toi, affirmé-je d’une voix assurée.
Je sens le regard pesant de mon coéquipier. Il cherche à combler les vides de ces dix dernières années de ma vie. C’est trop facile de t’y intéresser maintenant, Hunter !
Je retiens ma réplique pour ne pas lui dévoiler mon jeu et tente de noyer le poisson.
— Monte et je t’en dirai plus.
Mais c’est mal connaître celui dont la réputation le précède. Hunter, ou autrement dit « le Chasseur », est renommé pour pister, traquer, et obtenir des informations qu’aucun moyen de torture ne pourrait révéler.
— Comme si j’allais faire confiance à un fantôme qui de surcroît me pipeaute, lâche Hunter en me ramenant à notre conversation.
Sa pique fait monter une vague d’amertume dans ma gorge. Je doute que Hunter s’en souvienne, mais il m’a déjà traitée de menteuse. J’avais cinq ans quand je lui ai raconté un bobard pour protéger Noah. Déjà perspicace du haut de ses douze ans, le grand frère a sans mal deviné la supercherie.
Ce vieux souvenir me prend aux tripes, me remémorant avec véhémence ce passé que je terre pour survivre.
Je donne tout ce qui est en mon pouvoir pour tourner la page, pour repousser ces années où je me suis sentie aimée. Hors de question que je laisse Hunter tout foutre en l’air. Si je dois retrouver Rose seule, je le ferai !
Alors, sans réfléchir davantage, j’écrase la pédale d’accélérateur.
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