L'Ordre du Monde

Denis Lépée · Chapitre 10 sur 48

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L'Ordre du Monde

Chapitre-10

10

 

— Accident, accident, c’est vite dit !

Le commissaire divisionnaire Brantôme se leva et commença à tourner autour de la table. Tout dans cette pièce l’indisposait et alimentait sa mauvaise humeur : la table de réunion trop grande aux bords usagés, qui contraignait les participants à des contorsions interminables ; les chaises inconfortables aux pieds mal calés ; les armoires métalliques qui encombraient l’espace, pleines de dossiers poussiéreux dont les derniers tassés en pile sur le dessus menaçaient à chaque instant de s’écrouler ; la chaleur de l’atmosphère confinée sous le toit du 36 quai des Orfèvres.

Le besoin d’une cigarette lui envahit soudain l’esprit. Sept ans et toujours la même envie. Il sentit sa mauvaise humeur se réveiller. Dans la glace en face de lui, il ne voyait à nouveau que les kilos superflus qui arrondissaient sa silhouette et avachissaient son visage carré. Il était convaincu que ce serait plus difficile encore cette fois de les chasser.

— Qu’est-ce qu’on a ? grogna-t-il. Sur les faits d’abord, et puis sur lui ?

Le commandant de police Hermier rouvrit machinalement son cahier tout en sachant qu’il allait parler de mémoire. Il ôta ses petites lunettes cerclées de métal et les posa sur la table. Sans elle, ses cheveux blonds et son visage mince lui donnaient l’air encore plus jeune. Sa chaise grinça lorsqu’il se pencha en avant.

— La victime a de toute évidence été renversée par une voiture. Pas de témoin. Pas de chauffard. Commotion cérébrale, double fracture du crâne, fractures multiples aux jambes et au thorax. Le choc a été évalué à quatre-vingts kilomètres heure, ce qui veut dire que même si la voiture avait tourné au coin du lycée à quarante à l’heure, il n’aurait jamais freiné. Il n’y a d’ailleurs aucune trace. Tout laisse penser que le chauffard a agi de manière délibérée. Quant à la victime, poursuivit-il après une seconde d’interruption, c’est un universitaire, un spécialiste de la Sorbonne en archéologie si j’ai bien compris. Paul Garcieux. Soixante-deux ans, train de vie normal, voyage beaucoup mais pour des colloques. Rien de sensationnel, pas d’ennemis connus. Veuf, une fille.

Brantôme soupira. Ses mains s’agitaient dans l’air comme celles d’un chef d’orchestre qui aurait perdu la mesure.

— Cherchez quand même. Regardez ses papiers, rencontrez ses proches et ses collègues, voyez s’il avait un ennemi, des problèmes, je ne sais pas moi.

Hermier plongea le nez dans ses notes et le releva, son stylo pointé sur une ligne de sa petite écriture de chat.

— Il avait aussi des activités privées de conseil. Une petite structure sans salarié, juste lui payé en honoraires. On va regarder les clients.

— Vous avez son ordinateur ?

— Non, il utilisait un portable, mais apparemment, il a disparu. D’après les premières informations recueillies, il ne travaillait que sur un dossier actuellement, hormis ses cours classiques. On a regardé ses factures de téléphone. Des appels vers l’Angleterre, un avocat à Londres. On a contacté Scotland Yard via l’officier de liaison mais vu le contexte, je crois qu’il va falloir attendre avant d’avoir une réponse.

Brantôme se rassit, tapotant la table de ses dix doigts. L’idée d’une coopération internationale ne lui disait rien de bon.

— OK. Venons-en justement aux demandes d’appui sur l’enquête de l’attentat de l’Assemblée nationale…

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