L'Ordre du Monde
Chapitre-17
17
Le commissaire divisionnaire Brantôme écarquilla les yeux en voyant le dossier atterrir en vol plané sur son bureau. Il détestait par-dessus tout qu’on fasse irruption dans son bureau le matin alors qu’il savourait le lever du soleil au-dessus de la barre d’immeubles de l’autre côté de la Seine, en face du quai des Orfèvres.
Il s’arracha à la contemplation d’une péniche qui disparaissait sous le Pont-Neuf et leva les yeux pour foudroyer le responsable. Le bras encore tendu, l’air juvénile derrière ses petites lunettes, le commandant Hermier souriait.
— Lis, ça va t’intéresser.
Brantôme continua de le dévisager comme s’il ne comprenait pas ce qu’il disait.
L’autre avança d’un pas.
— Lis ! C’est le retour de nos collègues anglais. Pour une fois qu’ils se sont bougés. Faut dire que dans le périmètre de l’attentat ça va plus vite. On peut comprendre, ajouta-t-il en baissant la voix.
— Accouche, consentit Brantôme. Ce que tu peux m’emmerder quand tu joues aux devinettes !
L’autre se laissa tomber dans le fauteuil fatigué qui faisait face au bureau du commissaire.
Brantôme pensa que s’il restait une seconde encore silencieux avec cet air réjoui sur la figure, il allait le jeter hors de son bureau. Décidément son subordonné l’exaspérait.
Sans rien paraître remarquer de l’agacement de son supérieur, Hermier se résolut néanmoins à s’expliquer :
— Ouvre le dossier. On a tout sur l’avocat qu’on cherchait, tu sais celui des relevés de portable au nom de Garcieux, le téléphone qu’on a pas retrouvé. Eh ben il est mort, figure-toi. Mais accidentellement. Enfin c’est une victime collatérale de l’attentat du Parlement anglais. Carotide tranchée par une vitre. Non, jusque-là juste un accident, de la malchance. Ce qui est plus intéressant, c’est qu’il avait eu de la visite avant de mourir. Et que le visiteur en question est aussi celui qui a laissé un message sur le répondeur de Garcieux, avant son décès. L’ange de la mort, quoi…
Hermier sourit en voyant une lueur s’allumer dans le regard de Brantôme.
— Et ce n’est pas tout. Devine qui a laissé ses empreintes partout dans le bureau de Garcieux à la Sorbonne et dans l’appartement de Garcieux qui ont tous deux été cambriolés ?
Brantôme se redressa lentement sur son siège. Comme à chaque fois il se rappelait à présent pourquoi il supportait Hermier : derrière son air de premier de la classe, il rapportait toujours des choses utiles.
— Bingo, le même. Un nommé Tommaso Mac Donnell. Et devine comment on sait qui c’est ? Parce que ses empreintes ont déjà été prises, il y a cinq ans, dans une sombre histoire de vol et de corruption au sein d’un département d’archéologie du CNRS.
Brantôme sourit à son tour.
— Pas mal. Sors-moi tout son dossier. Et agrafez-le-moi fissa.
L’autre acquiesça. Un rayon de soleil perça à travers les carreaux, l’obligeant à plisser les yeux. Il hésita, puis tendit la main pour reprendre le dossier.
— On va diffuser un avis. Il a une fille et une femme à Paris mais il est rarement là. Et pour l’instant, il s’est volatilisé.
Hermier se dirigea vers la sortie puis se ravisa.
— Ah oui, autre chose, la fille de Garcieux qui devait passer de nouveau aujourd’hui. Elle n’est pas venue.
Dans le contrejour, la silhouette de Brantôme haussa les épaules.
— On verra après. Trouvez-le-moi.
L’autre ouvrit la porte. Brantôme l’interpella.
— Il a pris des choses dans l’appartement et le bureau ?
— Sais pas. L’appartement est totalement retourné. Et dans le bureau, on est en train de faire l’inventaire avec les gardiens et une secrétaire.
Brantôme se renfonça dans son siège.
— Et cette histoire de flingage et de poursuite à l’appartement de Garcieux ?
L’autre haussa les épaules.
— Difficile à dire. Y a bien eu des impacts, mais qui a tiré sur qui… Les instits de l’école sont incapables d’identifier qui que ce soit, ni même de dire combien il y avait de types, si c’était bien une poursuite. Bref, le mieux qu’on a à faire, c’est de trouver Mac Donnell et de lui demander gentiment de nous expliquer ce que c’est que ce bordel.
Brantôme hocha la tête.
— Trouvez-le. Logez-le et trouvez-le ! Putain ! comme si on avait que ça à faire ! Et l’enquête sur l’attentat qui n’avance pas…
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