L'Ordre du Monde

Denis Lépée · Chapitre 48 sur 48

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L'Ordre du Monde

Notedelauteur

Note de l’auteur

Ce livre est un roman. Mais si ses principaux personnages, Tommaso, Claire, Mathilde, Isabelle, Adrian, Antoine, sont de purs produits de l’imagination, la plupart des lieux et des personnages historiques évoqués, en revanche, ont bien existé. Les grands architectes ou bâtisseurs, de Sinan l’Ottoman à Jai Singh l’Indien, Christopher Wren le Britannique et jusqu’à l’Américain Louis Kahn, ont réellement mené un travail assez original ou incroyable pour me permettre de tisser entre eux un réseau de correspondances qui, lui, relève de la fiction.

Ainsi, si Louis Kahn n’a jamais été dépositaire des savoirs que lui sont prêtés dans ce livre, il a bien exprimé dans son œuvre architecturale une conception originale du rapport entre les volumes et l’attitude psychologique des utilisateurs, assez fascinante pour laisser place à la construction romanesque.

Seuls deux parmi les bâtiments ou chantiers évoqués dans ces pages n’existent pas. Il s’agit du nouveau siège bruxellois de la Commission placé dans le quartier en rénovation de Tour et Taxis et de la cinquième extension du bâtiment de la Cour de Justice de Luxembourg, la quatrième étant encore en voie d’achèvement sous la conduite de Dominique Perrault.

De même, la plupart des éléments de contexte et des exemples cités en appui des recherches de Tommaso ou des explications d’Adrian ou d’Aaron Gowitz sont très largement conformes à la réalité. Les querelles autour des fouilles sur le site du Temple de Jérusalem, le mystérieux astrolabe découvert en mer Méditerranée, la réapparition du manuscrit de Vitruve au monastère du mont Cassin, l’histoire du temps de Ptolémée Philadelphe, l’évocation du Feng Shui ou le naufrage en 1874 d’un bateau venant de Carthage et chargé d’antiquités… tout est fondé sur des faits réels. J’ai seulement choisi de les interpréter tous à la lumière d’une clé de lecture fictive.

Celle-ci, symbolisée par le signe de Tanit, est une pure invention. J’ai ainsi pris la liberté de donner une apparence scientifique à une expérience subjective réelle, bien que de l’ordre du sentiment. Qui peut affirmer en effet que ses pensées ou réflexions personnelles, et au-delà la nature de ses conversations et de ses sentiments, ne sont en aucun cas influencées par la configuration des lieux dans lesquels son activité intellectuelle ou sociale se déroule ? Par la lumière naturelle ou artificielle et son évolution, la disposition des pièces et des meubles, la distance qui sépare les interlocuteurs ?

Et qui peut contredire le fait, si l’on se tourne vers le monde du pouvoir, que la prise en compte de ces paramètres y est l’objet d’une attention méthodique, chaque débat ou discours à une tribune provoquant d’infinis débats sur la hauteur des sièges et des tables, l’angle des caméras et des micros, etc. ?

L’explosion des moyens de transport et des nouveaux modes de communication, en réduisant artificiellement notre sentiment de contrainte lié au temps et à l’espace, estompe sans doute ce sentiment, en même temps qu’elle estompe le lien unissant l’être humain au monde dans lequel il évolue.

Il n’est pas besoin cependant de creuser longtemps pour retrouver en soi le souvenir de telles expériences d’influence de notre humeur suscitée par la situation spatiale ou architecturale dans laquelle nous évoluons. Telle pièce disposant d’une grande hauteur sous plafond où l’on a le sentiment de jouir d’une plus grande liberté ou de respirer plus aisément.

Et il en va de même des mises en scène symboliques des fonctions du pouvoir politique destinées à susciter l’adhésion des citoyens aux desseins de leurs dirigeants. Il suffit pour s’en convaincre d’observer le soin apporté lors des campagnes électorales non seulement au contrôle de l’image et de la parole des candidats, dans leurs meetings comme dans les débats les opposant, mais aussi à leur placement dans l’espace par rapport à ceux auxquels ils s’adressent. Ces précautions sont tellement connues qu’elles sont même une des clés de la défiance manifestée par les citoyens qui dénoncent volontiers le « marketing électoral ».

Chacun d’entre nous, c’est légitime, déteste l’idée d’être manipulé et voudrait croire que son jugement est libre de toute influence cachée. Ce livre offre à cet égard une consolation, mince, mais une consolation tout de même : celle de savoir que ceux qui croient nous manipuler, dirigeants, lobbyistes, prescripteurs ou publicitaires, ne sont peut-être eux aussi que des jouets dans la main d’un Ordre du Monde qui les dépasse…

 

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