L'Ordre du Monde
Chapitre-20
20
Le soleil achevait de disparaître derrière les toits lorsque Tommaso sortit à pied par la porte des Lions. Les phares allumés des voitures quittant la ville en direction de l’autoroute de Tel-Aviv dessinaient des arabesques sur les pierres des remparts. Il traversa la route en courant et s’engagea dans la côte raide qui grimpait droit entre maisons et terrains vagues sur le mont des Oliviers. Vingt minutes plus tard, il atteignait le sommet et longeait les hôtels avant d’attaquer la descente de l’autre versant, le long de la petite route qui bordait le cimetière juif. L’air chaud lui caressait le visage.
La grille du jardin de Gethsémani s’ouvrit en grinçant. Tommaso traversa le jardin, passa devant la chapelle et se figea soudain devant le paysage qui s’offrait à lui. Par-dessus un petit mur de pierre, toute la ville lui apparaissait d’un coup dans la clarté lunaire. Le dôme de la mosquée scintillait dans la nuit. Les lumières de la ville, déjà en partie éteintes, maintenaient l’ancienne cité dans un halo jaunâtre qui soulignait les arrondis des toits et les lourds murs de pierre. Seules quelques voitures au loin troublaient le silence. Fasciné, Tommaso ne pouvait détacher ses yeux du spectacle. Il pensa qu’il émanait de cette ville une atmosphère qu’il n’avait rencontrée en nul autre endroit. Il y puisait un sentiment semblable à celui que procure le retour sur la terre de ses racines. Un mélange de douceur et d’émotion incomparable. Il ne discernait pas la moindre trace de la tension ou de la violence qui habitaient sans discontinuer la région depuis si longtemps.
La voix de Gowitz retentit soudain à côté de lui sans qu’il l’ait entendu venir.
— Vous voyez la porte devant vous, là ? Vous savez pourquoi elle est murée ?
Tommaso sourit. Il se demandait comment ce petit homme gros et soufflant pouvait se mouvoir aussi discrètement.
— Ça oui, pour le jour où le Messie reviendra.
Gowitz sourit à son tour.
— J’ai appelé Claire.
Tommaso ne dit rien.
— Je voulais juste vérifier ce que vous disiez. Elle a du sang-froid. Elle était à peine surprise de mon appel.
— Je peux vous poser une question ? reprit l’archéologue en tendant le doigt vers l’immense cimetière qui descendait à leur droite le long de la colline. Pourquoi les tombes sont-elles en si mauvais état dans le carré supérieur du cimetière juif ?
Le sourire de Gowitz s’effaça.
— Parce que nous les avons laissées comme ça. Pour que les gens se souviennent de l’état dans lequel étaient les cimetières juifs avant 1967.
Le vieil homme posa les mains sur le muret de pierres sèches et plongea à son tour son regard sur la vue embrassant toute la ville. Puis il se tourna vers Tommaso.
— Vous n’êtes pas universitaire. Vous n’enseignez pas. Vous avez une activité privée, en somme. Pourquoi ce choix ?
Tommaso hésita. Le regard clair de Gowitz lui inspirait confiance. Il décida de jouer franc jeu.
— J’ai été chercheur pour un organisme public. J’étais associé à un laboratoire français. Je participais à un chantier de fouilles, au large de Toulon. Je me suis peut-être trop passionné pour ce que je faisais. Trop exclusivement. Je n’imaginais pas qu’il fallait se méfier. Ce monde était pour moi un monde idéal, heureux. Et puis des objets ont disparu, enfin ont été mal inventoriés et soustraits pour être revendus. On en a retrouvé chez deux antiquaires. Il y a eu un scandale. Et j’ai été montré du doigt. Rien n’a été prouvé, et pour cause, puisque je n’étais coupable de rien, mais le mal était fait. Je n’avais pas de quoi me défendre, je n’avais pris aucune précaution. Et je crois que je n’avais pas envie de me justifier. J’étais trop écœuré qu’on ait pu même me soupçonner. Ce monde-là m’avait trahi. Ma démission a permis de refermer pudiquement le dossier et d’épargner les vrais acteurs de ces petits trafics.
Gowitz eut une moue de contentement. Tommaso songea qu’il ne s’était pas contenté d’un simple coup de fil à Claire. Il retenait son souffle.
— Regardez, enchaîna tout à coup Gowitz en se rapprochant de nouveau du muret, je voulais vous montrer d’ici ce que nous allons voir avant que nous ne descendions.
Soulagé, Tommaso écoutait Gowitz poursuivre comme si de rien n’était.
— En face de vous, vous voyez l’esplanade du Temple. Et en bas dans la vallée, vous voyez cette tache sombre ? C’est l’entrée d’un canal qui apportait l’eau à la piscine de Siloé. Il longe les fondations de l’ancien palais de David, qui est en dessous de la vieille ville, celle du temps du Christ. C’est là que les découvertes les plus importantes ont été faites. Celles dont on a parlé il y a peu, la rue principale empruntée par le Christ dans la montée vers le Golgotha. Et c’est là aussi que nous avons fait d’autres découvertes que je vais vous montrer. Des découvertes que peu de gens connaissent. Et dont Paul était au courant.
Tommaso fronça les sourcils.
— Pourquoi lui avez-vous dit cela, si c’était si secret ?
Gowitz soupira.
— Parce que je ne lui ai rien appris.
Tommaso ouvrit des yeux étonnés.
La lune glissa sur les feuillages argentés des oliviers.
— C’est lui qui m’a dit ce que nous allions trouver et où. Allons, venez, ajouta-t-il sans prêter attention à l’expression interdite du jeune homme.
*
— Ne restez pas là, souffla Gowitz.
Tommaso fit un pas en avant. Il ne distinguait que le bras massif de l’universitaire, éclairé par la lampe torche qu’il tenait à la main. Tout le reste du tunnel était plongé dans une obscurité complète.
— Refermez la grille, chuchota encore Gowitz.
Tommaso avança encore puis tendit le bras pour saisir les barreaux rouillés. La grille pivota avec un petit grincement. Tommaso récupéra la clé sur la serrure et referma par l’intérieur.
— Venez, ne perdons pas de temps, le pressa Gowitz.
Le bruit de ses pas indiqua à Tommaso qu’il s’était mis en route.
L’archéologue accéléra pour le suivre. Leurs pieds clapotaient dans un peu d’eau résiduelle qui suintait des murs de pierre calcaire taillés à même la roche, d’un seul bloc. Il régnait dans le souterrain un froid glacial, plus saisissant à mesure qu’ils progressaient sur le sol en pente. Mètre après mètre, les murs semblaient se rapprocher et bientôt Tommaso, qui marchait courbé pour ne pas heurter la voûte, se trouva obligé de se tenir légèrement de biais pour ne pas se cogner sans cesse le bras sur la paroi.
— Où sommes-nous ? demanda-t-il, intrigué.
Gowitz lui fit signe d’attendre.
— Ça va aller mieux, glissa-t-il en poursuivant sa route. Nous avons cessé de descendre.
Effectivement, la voûte commença à s’élever pour atteindre une hauteur que dans la lumière incertaine de la lampe Tommaso évalua à quatre ou cinq mètres. La largeur se fit aussi plus confortable. De nouveau, il faisait chaud.
— C’est là, indiqua Gowitz en soufflant.
Tommaso entendait sa respiration.
— Les variations de température sont dues au passage le long des anciennes citernes. Ce sont celles que les armées de Nabuchodonosor ont coupées de leur alimentation pendant le siège de la ville. Nous les avons dépassées.
La voix de Gowitz trahissait son émotion.
— Et nous sommes à présent presque sous le mont du Temple… En continuant tout droit, nous arriverons tout à l’heure dans la piscine de Siloé, là où Jésus a guéri l’aveugle. Mais pour l’instant, j’ai plus intéressant à vous montrer, ajouta-t-il avec une excitation nouvelle dans la voix.
Tommaso entendit le bruit du trousseau de clés qu’il sortait de sa poche. Il fourragea un moment avant de pousser un grognement de satisfaction.
— Ce doit être celle-là. Tenez, dit-il en se retournant vers Tommaso, regardez à vos pieds.
Tommaso s’accroupit. Une plaque de bois couverte de poussière, à peine visible depuis le tunnel, était posée en biais au pied de la paroi de gauche, sur une cinquantaine de centimètres de hauteur.
— Aidez-moi, l’enjoignit Gowitz. Il y a deux poignées repliées sur les bords.
Tommaso tâtonna, puis, saisissant les poignées, tira de toutes ses forces. Avec un craquement, la plaque se souleva, découvrant une grille aux barreaux épais.
Gowitz se faufila pour passer devant Tommaso et tourna une clé dans la serrure.
— C’est un escalier. Il faut se glisser les pieds en avant.
Tommaso s’exécuta, se retenant par les mains aux barreaux de la grille.
Il s’engagea tout entier.
— Tenez, souffla Gowitz en lui tendant à tâtons la lampe. Il y a quinze marches puis un couloir praticable. Il faut faire cinquante mètres.
Tommaso compta les marches puis s’engagea dans le couloir. Il entendait toujours la respiration ahanante de Gowitz derrière lui. Puis son pas lourd se fit plus pressant et la main de l’universitaire frôla son bras.
— C’est là. Posez vos mains sur le mur à votre gauche. Vous sentez les jointures des pierres ? Ce n’est plus taillé dans la roche, ce sont des blocs. Les blocs du palais de David, le palais attenant au Temple.
Sa voix tremblait.
— Nous sommes sous l’esplanade maintenant, trente mètres sous le dôme du rocher. C’est pour cela qu’il faut être silencieux. L’écho ne doit pas résonner au-dessus.
— Mais comment est-ce possible ? Cette galerie ?
— Ne me demandez pas ce que je ne peux savoir. Paul a réussi à reconstituer le plan complet du bâtiment et à déduire où arrivait le système d’adduction d’eau. C’est le couloir que nous avons emprunté, latéral depuis l’aqueduc. En fait, il préexistait à l’aqueduc principal que nous avons emprunté, c’est pour cela que nous sommes descendus encore. Primitivement, il devait être raccordé sur un aqueduc creusé plus profond et comblé lors de travaux ultérieurs. D’ailleurs cette galerie était bouchée elle aussi. Nous l’avons rouverte, en secret, sur toute cette distance…
Sa paume droite ouverte semblait caresser la pierre.
— Et nous sommes arrivés à ça…
Il amena la lampe à niveau et se retourna vers Tommaso. Dans l’étroitesse du tunnel, l’archéologue sentait le souffle de Gowitz sur son visage.
— Touchez, dit celui-ci.
Tommaso avança la main. Il sentit un creux. Un dessin en creux. Quelque chose était gravé au centre du bloc de pierre.
Il tressaillit et se pencha tandis que Gowitz approchait la lampe. Le signe apparut, un rond, une barre et un triangle. Le signe de Tanit.
Gowitz sourit.
— Il y en a cinq semblables. J’ai demandé à Paul comment il avait su. Il m’a dit que c’était « logique », à cause de l’endroit où nous nous trouvons.
Tommaso tourna un regard interrogateur vers l’universitaire.
— Il m’a dit que ce mur est celui du corridor qui reliait le palais au Temple de David. Le corridor vers le Saint des Saints.
*
Assis sur le rebord du réservoir creusé au débouché de l’ancien aqueduc souterrain dans la ville, Tommaso époussetait son pantalon du revers de la main. Le courant d’air chaud qui caressait de nouveau son visage lui semblait le plus doux du monde après le confinement du tunnel et l’odeur moisie dont il avait encore le goût dans les narines et la bouche. Dans le ciel sans un nuage, la pleine lune jetait une lumière froide qui éclairait les cailloux et l’herbe au fond des immenses citernes.
Il jeta un regard sur le trou noir qui s’ouvrait sous ses pieds, au fond de la citerne, là où ils avaient surgi du tunnel quelques minutes auparavant. Une grille semblable à celle qui en fermait l’accès au pied du mont des Oliviers barricadait ce côté. Ils étaient remontés par le petit escalier de pierre qui permettait à l’origine d’accéder au réservoir pour le nettoyer. Essoufflé, en nage, Gowitz avait sollicité un instant de repos.
Assis à côté de lui, Tommaso le considérait d’un air inquiet tant il avait l’air épuisé.
L’universitaire reprit d’une voix basse :
— J’étais subjugué lorsque nous avons découvert cela. La probabilité que Paul Garcieux ait eu raison était infime.
— Comment a-t-il su ?
— En analysant des stèles trouvées dans le tophet de Carthage et en les comparant à d’autres écrits ou objets. Vous avez entendu parler de l’astrolabe découvert près d’Athènes vers 1900 ?
Tommaso fit signe que non.
— Je sais juste qu’un astrolabe est une sorte de sextant en moins perfectionné, répondit-il, un outil inventé dans l’Antiquité pour permettre aux marins de se situer dans l’espace et abandonné justement après l’invention du sextant, quelque part vers 1750.
— Exact, et le premier connu remonte au ii e siècle avant notre ère, inventé par un savant du nom d’Hipparque. Eh bien vers 1900, des pêcheurs d’éponge ont remonté près de la Crète un objet curieux, très abîmé, fait de roues imbriquées. On a cru jusqu’en 1959 que c’était un astrolabe. Sauf qu’en 1959, un Anglais du nom de Solla Price a procédé à une nouvelle analyse démontrant que le mécanisme était beaucoup plus complexe que celui d’un simple astrolabe. Cela ressemblait davantage à une horloge astronomique, mais ce n’en était pas une. Une nouvelle étude aux rayons X menée il y a peu a même épaissi le mystère au lieu de le simplifier. Garcieux avait suivi tout cela de très près. Mais il avait complété ces études en les croisant avec les textes anciens trouvés à Carthage et d’autres évoquant des dispositifs longtemps considérés comme des récits mythiques. Il m’en a reparlé il y a deux ans environ. Il était très excité. Il avait trouvé là une équation, quelque chose qui relie l’astronomie, les positions célestes, l’orientation des bâtiments, leur construction et leur destination.
— Les suites de chiffres…
— Je ne sais pas, je sais seulement qu’il y avait selon lui à Carthage quelque chose qui avait été perdu… Et puis récemment, il y a peut-être un an, il a aussi découvert un document qu’il jugeait décisif, un parchemin vieux de plusieurs siècles, mais il n’a jamais voulu m’en dire plus. Il m’a seulement indiqué qu’il avait pu reconstituer à partir de là une partie de ce « quelque chose » disparu, que la description était dans ce parchemin, et qu’il en avait déduit les éléments nécessaires pour trouver le signe de Tanit sur les vestiges du Temple. Je n’y croyais pas. J’ai mis des semaines à accepter de suivre ses indications. J’avais peur de passer pour un hurluberlu. J’étais éberlué. Et il devait venir sur place dans les prochains mois. Il y avait aussi quelque chose à propos d’un bateau…
Tommaso sursauta.
— Un bateau ? Quelque chose de perdu ?
— Oui, peut-être simplement une stèle de pierre, semblable à celles que l’on peut voir à Manchester, en Angleterre, ou à Leyde. Peut-être autre chose. Je ne sais pas. Il disait que s’il trouvait cela, il pourrait comprendre la totalité du mécanisme à l’œuvre dans ces architectures, les « maîtriser », sans quoi il était « comme quelqu’un qui aurait le vocabulaire mais pas la grammaire ». Il voulait d’abord trouver le bateau. J’ai effectué des recherches pour lui, en marge d’autres recherches que je menais. À Carthage, mais aussi à Londres, au Public Record Office. Il faut dire que je connais – il s’interrompit avec une moue triste – enfin que je connaissais mieux que lui le monde maritime. Ce n’était pas sa sphère, il avait peur de commettre des impairs, de se tromper dans l’interprétation des distances, des lieux, des unités de mesure…
Il désigna le sac à dos accroché à ses épaules.
— Tenez, tout est là, dans les mémos qu’il m’a adressés, je vous ai apporté des copies, ainsi que des éléments que j’ai trouvés pour lui à Carthage et ailleurs…
Soudain, un bruit semblable à des cailloux roulant sous un pas les figea sur place.
— Vous avez entendu ? souffla Gowitz.
Tommaso se redressa à demi, scrutant les environs du bassin sans répondre.
— Attention ! hurla l’universitaire.
Une ombre couvrit la clarté lunaire derrière Tommaso. Ce dernier se retourna d’un bond, pas assez vite cependant pour éviter le choc. L’homme ne parvint pourtant pas à le plaquer et glissa contre lui. Paralysé, Gowitz n’avait pas bougé. L’agresseur fit encore un pas et vint le percuter lourdement, le précipitant dans le vide tout en perdant lui-même l’équilibre.
Un double cri traversa le silence avant que le choc sourd des deux corps s’écrasant dix mètres plus bas au fond des citernes ne résonne dans l’espace désert.
— Gowitz !
Tommaso se retourna, affolé. Il sentit une présence derrière lui mais n’eut que le temps de lever un bras pour se protéger.
La douleur explosa dans son épaule lorsque le coup s’abattit, manquant de peu la tête qu’il visait.
Tommaso tomba sur le côté en se forçant à ne pas fermer les yeux. La souffrance lui arracha un grognement. Il roula sur lui-même et vit l’ombre se pencher et manquer de perdre l’équilibre avant de se retourner pour s’enfuir. De sa main valide, Tommaso essaya d’attraper la cheville du deuxième homme. Celui-ci trébucha, posa une main à terre et se retourna à demi. Il jura en anglais en lançant un coup de pied qui atteignit Tommaso en plein front. Étourdi, ce dernier entendit des pas précipités. Puis plus rien.
Il resta encore un instant à quatre pattes avant de s’approcher en chancelant du rebord du réservoir. Glacé, il contempla les deux corps désarticulés avant de se relever pour gagner péniblement l’escalier de pierre qui permettait de descendre au fond de la citerne.
Il se précipita sur Gowitz. Ses yeux fixes et la flaque de sang répandue sous sa tête ne laissaient subsister aucun doute. Tommaso se pencha pour lui fermer les paupières dans un réflexe. Il sentait monter en lui un sentiment de rage et de peur mêlées. Ses mains tremblaient. Il bloqua sa respiration une seconde pour reprendre le contrôle de lui-même, puis, dans un arrachement, se redressa et dégagea de ses bras le petit sac à dos que son agresseur n’avait pu lui prendre.
L’autre homme était mort aussi. Tommaso le retourna. Il portait un holster garni d’une arme contre la hanche. Tommaso arracha le sac-banane calé sous l’aisselle gauche et en vida le contenu sur la pierre. Un peu d’argent, un téléphone. Une courte liste de numéros sans indication de noms. Tommaso secoua le sac une dernière fois. Une carte plastifiée glissa sur le sol. Un aigle occupait la trame sous la photo du mort. Médusé, Tommaso égrena entre ses dents les trois lettres qui trônaient au-dessus :
— C, I, A…
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