L'Ordre du Monde

Denis Lépée · Chapitre 41 sur 48

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L'Ordre du Monde

Chapitre-41

41

 

Adrian apparut dans l’embrasure de la porte qui s’ouvrait dans le mur rond de la chambre. Tommaso sursauta. Comment Adrian était-il entré sans que son grand-père le voie ? Et pourquoi s’approchait-il du mur où gisaient les femmes décapitées ? Il remonta le drap au-dessus de sa tête, hésitant à crier. À travers la toile translucide, il voyait la silhouette longer le mur. Il allait leur donner vie.

La sonnerie du téléphone dans le cockpit fit sursauter Tommaso et l’arracha à son rêve. Il se précipita pour décrocher.

— Tommaso ?

Il reconnut la voix de Claire.

— Où es-tu ? demanda-t-il.

— Toujours à Paris.

Il y eut un blanc.

— Je suis dans une cabine. Si ton numéro est clair…

— Vas-y. Tu peux parler.

Tommaso sentait la tension dans sa voix. Une tension froide. Plus rien de l’inquiétude lorsqu’il l’avait appelée, la veille. Elle avait été soulagée d’entendre sa voix.

— J’ai eu peur. Je ne savais même pas pour le bateau. Mais impossible de te joindre…

Il lui avait dit que tout était incroyable, qu’il lui raconterait, qu’il n’avait pas le temps. Puis il lui avait parlé des recherches…

Les mots le ramenèrent brutalement à la réalité de cette nouvelle conversation.

— J’ai du nouveau, poursuivit-elle. Ils m’ont contactée.

— Ils ?

La voix de Tommaso tremblait. Le manque de sommeil : il était resté dans le poste de pilotage sans discontinuer, incapable de descendre se coucher, somnolant seulement par intermittence, d’un mauvais sommeil peuplé de cauchemars, comme celui dont il venait de s’éveiller.

— Les ravisseurs. Ils m’ont appelée.

Elle hésita.

— Je n’en ai pas parlé à Isabelle. Je voulais t’avoir d’abord…

Tommaso respira profondément avant de répondre.

— Tu as bien fait. Qui sont-ils ?

— Je ne sais pas. La voix était déformée. Ils m’ont dit que nous aurions des instructions. Ils veulent cet objet, Tommaso, ce que tu as remonté là-bas avant que le bateau ne coule. Ils veulent faire un échange.

— Quand ?

— Dans trois jours. En Écosse.

Stupéfait, il tarda à reprendre la parole.

— En Écosse ?

— Oui, dans l’Est, ils doivent me donner des instructions. Ils veulent que tu viennes seul, avec moi. Et que tu apportes ce qu’ils cherchent.

— Et quelles garanties j’ai ?

— C’est pour cela que nous devons être deux. Ils veulent un moyen de récupérer l’objet rapidement après notre entrevue. Une heure maxi. Et dans le même délai, on récupère Mathilde. Tommaso, tu es là ?

Tommaso essayait de contrôler l’adrénaline qui coulait dans ses veines.

— Claire, je prends le premier vol pour Londres. Dès que tu as les instructions, pars de ton côté. Je ne veux pas qu’ils nous filent. J’ai besoin d’être libre. Je t’appellerai en arrivant. Loue une voiture et va où ils te disent. Rassure-les. Je m’occupe du reste. Et je m’occupe aussi d’Isabelle.

Elle acquiesça.

— Claire ?

— Oui.

Sa voix était teintée d’inquiétude à présent.

— Merci. Tu avais raison. Je suis là-dedans jusqu’au cou. Et c’est moi qui te mêle à ça maintenant. Mais ne t’inquiète pas. J’ai assez de cartes en main. Je te rappelle demain.

Dans la fraîcheur du soir, il sentit en reposant le combiné une sueur moite couler au creux de sa main.

L’image de Mathilde, obsédante, tournait devant ses yeux.

 

*

— Réveille-toi !

Antoine se dressa à demi dans le lit. Arraché à un sommeil profond, il tressaillit avant de se retourner et d’apercevoir Tommaso. Assis sur le lit, l’archéologue avait les traits tirés, les yeux rougis de fatigue.

Antoine se retourna sur un coude et attrapa le petit réveil posé à côté du lit. Le sommier craqua de manière inquiétante lorsque sa masse se déplaça vers le bord.

— Putain, il est 2 heures ! Qu’est-ce qui se passe encore ?

— Je vais t’expliquer. Antoine, j’ai peut-être trouvé le moyen de récupérer Mathilde. Alors, s’il te plaît, habille-toi vite, répondit doucement Tommaso en déposant au pied du lit les vêtements ramassés sur la chaise près de l’entrée de la petite pièce. J’ai besoin de toi et on n’a pas de temps à perdre.

Antoine bâilla et se frotta les yeux puis fit basculer ses jambes pour se retrouver assis sur le bord du lit qui craqua plus fortement encore. Il enfila un tee-shirt blanc frappé des mots « drive slow, sail fast » et se dressa d’un coup.

— On va où ?

Sa voix avait retrouvé son accent flegmatique.

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