No et moi
Chapitre 52
Je suis rentrée chez moi à pied, je n’avais pas de ticket de métro, je n’avais rien. J’ai marché longtemps, je ne me suis pas dépêchée, je n’ai pas demandé de l’aide, je n’ai pas été voir la police. Mes baskets me faisaient mal. Quelque chose venait de m’arriver. Quelque chose dont je devais comprendre le sens, dont je devais prendre la mesure, pour toute la vie. Je n’ai pas compté les feux rouges, ni les Twingo, je n’ai pas fait de multiplications dans ma tête, je n’ai pas cherché les synonymes de déshérence ni la définition de complexion. J’ai marché en regardant droit devant moi, je connaissais le chemin, quelque chose venait de m’arriver qui m’avait fait grandir. Je n’avais pas peur.
J’ai sonné à la porte, ma mère a ouvert. J’ai vu sa tête toute défaite, ses yeux rougis. Elle est restée devant moi, aucun son ne semblait pouvoir sortir de sa bouche, et puis elle m’a attirée contre elle, sans un mot, elle pleurait comme jamais je ne l’avais vue pleurer. Je ne sais pas combien de temps ça a duré, ce silence, son corps soulevé par les sanglots, j’avais mal partout mais je n’avais pas de larmes, j’avais mal comme jamais auparavant. Elle a fini par dire tu nous as fait peur, elle est partie dans le salon pour prévenir mon père qui était au commissariat.