Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 10 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 10

Camille

 

L e grand jour est arrivé, celui de ma nouvelle vie. Ma rentrée scolaire se déroule dans cinq petits jours et, bien que j’aurais pu débarquer chez grand-père que la veille, il m’est indispensable de m’octroyer un peu de temps pour prendre mes marques. Déménager et débuter une formation dans la foulée, très peu pour moi. Comme j’emménage dans une maison d’ores et déjà habitée, la plupart de mes meubles ont été mis en vente, me permettant de voyager plus léger. Je laisse le soin à ma meilleure amie de gérer ce que j’abandonne derrière moi. C’est bien plus simple ainsi, et cela m’enlève une épine du pied : pas besoin d’allers-retours incessants.

— Camille, tu es prête ? m’interpelle Lucie depuis le seuil de la porte.

— J’arrive tout de suite.

— On t’attend en bas.

Je jette un dernier coup d’œil à ma chambre et regagne chaque pièce une par une pour vérifier que je n’ai rien oublié de primordial. Lorsque je suis certaine d’être parée à partir, je verrouille l’appartement pour la dernière fois. Les escaliers sont avalés en un temps record, témoins de mon enthousiasme de franchir ce nouveau cap. Tels les merveilleux amis qu’ils sont, Lucie, Cameron et Bastien ont réussi à se libérer de leurs obligations en posant un jour de vacances pour m’aider à transporter mes affaires et m’installer. Ils me sourient à mon arrivée et Cameron demande :

— Let’s go ?

— C’est parti !

Comme convenu, je monte dans la camionnette louée pour l’occasion avec Bastien alors que les tourtereaux nous suivront en voiture. Ainsi, le véhicule pourra être restitué à leur retour sans encombre. Nous avons pensé à tout ! Je boucle ma ceinture avant de faire signe à mon ancien immeuble comme une gamine. À moi, la nouvelle vie !

***

La route a défilé à une vitesse folle. J’ai à peine eu le temps de dire « ouf » que nous voilà déjà entrés dans le quartier. La maison de mon grand-père se profile devant nous, la plus jolie du pâté à mon humble avis. Très impartial. Tout à fait !

Bastien se gare et s’extrait de l’habitacle avec un soupir de soulagement. Le pauvre, la route n’a pas été de tout repos. Les gens se sont donné rendez-vous au même endroit, si l’on en croit les bouchons monstrueux que nous avons subis. Et, connaissant ma légendaire conduite, j’ai préféré ne pas prendre le risque de diriger plus gros que mon pot de yaourt. La caution de la voiture de location m’aurait fait pleurer. RIP, petite crotte de caisse qui se faufilait partout. Reste plus qu’à lui trouver une remplaçante.

— C’est trop joli, ici, s’extasie Lucie.

Cameron passe un bras autour de ses épaules tout en acquiesçant. Je sens que ces deux-là se projettent déjà dans une vie de famille, de celles qui vivent dans ces modestes maisons toutes mignonnes. C’est tout le bonheur que je leur souhaite.

— Ma chérie !

Je fais volte-face au son de la voix de mon grand-père. Émue aux larmes de le retrouver après tout ce temps, je me jette contre lui pour l’enlacer. Sa main tremblante se pose contre l’arrière de ma tête alors qu’il me serre. Comme ça fait du bien.

— Tu m’as tant manqué. J’espère que vous avez fait bon voyage !

J’acquiesce en guise d’assentiment, puis essuie mes larmes en vitesse. Cet homme m’a pratiquement élevée et m’a toujours considérée comme sa propre fille, bien que je sois une génération plus jeune encore.

— Alors, présente-moi tes amis.

Je m’exécute de bonne grâce, heureuse de pouvoir fusionner ces deux familles au moins pour un court moment.

— Voici Lucie, ma meilleure amie.

— La fameuse, sourit-il.

— Cameron, son mari et Bastien, le frère de celui-ci.

— Je suis ravi de faire votre connaissance à tous.

Il prend le temps de serrer chacun d’entre eux dans ses bras. À mon grand soulagement, Lucie ne tique pas et se laisse faire de bon cœur. Cette nana est une perle, c’est indéniable. Je n’avais aucun doute sur le fait que papi les accueille avec affection, mais il dépasse mes attentes. Je l’aime tellement. Il tape dans ses mains et clame d’une voix puissante :

— Je vous propose qu’on commence le travail maintenant pour éviter les fortes chaleurs. Je prépare du thé et du café et j’arrive tout de suite vous aider.

Comme un seul homme, nous nous dirigeons vers la camionnette pour attaquer son vidage alors qu’il s’éloigne en direction de la maison. Les garçons attaquent par les meubles les plus volumineux pour finir par ce qu’il y a de plus simple. Lucie et moi restons sur le côté avec l’interdiction de porter des choses trop lourdes. Je lève les yeux au ciel. Ces hommes et leur fierté de mâle. Mon grand-père nous rejoint, quelques minutes plus tard, pour se lancer à l’assaut des morceaux de mon lit. Je l’en empêche d’un geste de la main.

— Hors de question, je m’en occupe !

— Je ne suis pas handicapé, Camille.

— Peu importe. Si j’ai su le démonter et le placer dans le salon toute seule, comme une grande, alors, je peux le refaire.

Il ronchonne dans sa barbe, tentant d’intercepter la grosse caisse en bois que se trimballe Cameron. Il secoue la tête en direction du vieillard.

— J’ai trop peur que votre petite-fille me tue si je vous laisse vous fatiguer de trop.

Bougon, papi finit par rendre son tablier, patientant pour récupérer les colis les plus légers. J’adresse un remerciement silencieux à Cameron, qui me répond par un clin d’œil. Lucie dépose un baiser sur sa joue au passage avant qu’il ne pénètre dans la maison. Quant à moi, je soulève la tête du lit pour l’emmener à mon tour à l’intérieur. L’odeur d’épices me frappe de plein fouet, me ramenant ainsi plusieurs années en arrière, lorsque je n’étais encore qu’une gamine. Bien que mamie soit décédée, depuis assez longtemps pour que le parfum de ses gâteaux n’embaume plus les pièces, ce dernier n’est pas parti. Plusieurs bougies me signalent que c’est par choix, et non parce que l’arôme a imprégné les murs et les tissus.

— J’ai fait des roulés à la cannelle, m’indique papi.

Ah, je comprends mieux la force de la fragrance. Je lui adresse mon plus beau sourire avant de gravir les marches menant à l’étage avec peine. Bien sûr, je me suis vantée d’avoir assez de muscles pour m’occuper de cette partie du travail. J’avais omis le fait qu’il est plus difficile de monter des escaliers avec du poids que de juste faire quelques mètres de ligne droite.

Je grogne et pousse la porte de mon ancienne chambre que je réquisitionne de nouveau. Tout en déposant mon fardeau, je souffle. Note à moi-même : traîner un peu plus pour laisser les mecs finir le sale boulot. Grand-père a pris le temps de repeindre les murs en blanc, masquant ainsi le rose fuchsia que j’avais choisi lors de ma préadolescence. Mes yeux l’en remercient. Quelle idée ! Cameron s’exclame soudain :

— Attention, chaud devant !

— Putain, ce que c’est lourd ! T’es sûre que tu l’as vidée, ton armoire ? me questionne Bastien.

Je lâche un ricanement. Oui, j’ai bien rempli mes cartons pour laisser mes meubles nus. Seulement, je suis une fan inconditionnelle du bois et on ne peut pas dire que c’est le matériau le plus léger du monde. Et manque de bol pour eux, elle passait dans la camionnette sans qu’on ait à la démonter. De qualité plutôt bas de gamme, je ne pense pas qu’elle aurait résisté de toute manière et je n’ai pas les moyens de m’en racheter une.

— Désolée, j’ai des goûts de luxe, me dédouané-je.

— Ouais, bah, bouge tes fesses pour venir nous aider.

Je tire la langue à Bastien qui me répond de la même manière. Nous nous chamaillons tout en rejoignant la camionnette. Il y a encore beaucoup de boulot qui nous attend.

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