Pardon (French Edition)
Chapitre 45
Camille
A llongée sur mon lit, je passe de vidéo réaction à thread horreur,1 sans parvenir à me concentrer sur l’une d’elles. Les paroles d’Aymeric tournent en boucle dans mon esprit et ma joue semble avoir gardé la marque de son toucher. Pourquoi a-t-il fallu que je me montre si curieuse ? Résultat, je peine à me calmer, trop perturbée. Maintenant que j’ai la certitude qu’il m’a vraiment aimée, je ne parviens pas à me sortir cette information de la tête. Est-ce parce que, malgré tout, j’ai envie de lui pardonner et de me lancer dans une relation avec lui ? La peur de me brûler les ailes est immense néanmoins, trouverai-je, un jour, un autre homme capable de m’adorer autant que lui et réciproquement ? Parce que je ne me fais plus d’illusion, je suis toujours folle de lui. Mon petit cœur brisé se reconstruit avec celui qui l’a démoli. Quelle ironie !
Une notification de l’appli de rencontre – que je n’ai pas encore désinstallée – me sort de ma léthargie. C’est Aymeric.
[J’ai l’impression qu’il se passe quelque chose. Ça va ?]
[Pourquoi tu me contactes ici ?]
[Je n’ai pas ton numéro, j’imagine que tu l’as changé, non ?]
C’est la vérité. C’est même la première chose que j’ai faite lorsque j’ai appris qu’il était de mèche avec Gabriel. Il fallait à tout prix éviter qu’il puisse me recontacter. J’avais trop peur de le laisser s’expliquer. Il insiste :
[Tout va bien ?]
[Pour être honnête, je me sens seule depuis que les autres sont partis.]
Je me retourne dans mon lit, ignorant pourquoi je lui raconte ça. On dirait une invitation à me rejoindre. La preuve, il m’envoie :
[Tu veux de la compagnie ?]
[Non.]
Surtout pas. Il est la cause de mon insomnie. L’avoir ici risque d’empirer la situation. J’ai besoin d’être seule, pour mettre de l’ordre dans mes esprits. Il pourrait bien me court-circuiter le cerveau par sa simple présence.
[OK. Je reste connecté au besoin.]
Il ne lâche jamais ? Je soupire et, prise d’un élan nostalgique, remonte nos conversations. Je relis les échanges que nous avions lorsque j’ignorais encore qui il était derrière cet écran. Je ris à certains messages. C’est fou tout de même. Par deux fois, alors même que je pensais avoir affaire avec deux hommes différents, je suis tombée amoureuse de lui. Si une autre personne m’avait raconté cela, je lui aurais rétorqué que c’était un signe. Qu’elle devait foncer. Pourtant, il y a quelque chose au fond de moi qui refuse de craquer et de lui redonner une place dans ma vie. Ce serait trop simple.
Je rejette le drap dans lequel je m’étais enroulée et m’assieds dans mon lit, furibonde. Pourquoi ne puis-je pas mettre mon esprit en pause ? Tu devrais lâcher-prise. Plus facile à dire qu’à faire, tu ne crois pas ?
— Oh ! Et puis, merde !
J’enfile mon jogging par-dessus ma culotte de nuit ainsi qu’un gilet. Il m’a proposé de la compagnie, non ? Je descends les escaliers quatre à quatre et, avant de prendre le temps d’y réfléchir, je sonne à sa porte. J’entends la télévision se couper et ses pas s’approcher derrière le battant. Il s’ouvre :
— Camille, ça va ?
— Je peux entrer ?
— Bien sûr.
Il s’efface pour me laisser pénétrer les lieux. C’est la première fois que je viens ici et je suis étonnée par la déco. Les murs sont peints dans une couleur taupe très douce. Quelques plantes vertes parsèment le couloir, apportant un côté cosy très agréable. Je déteste être sexiste, mais il a un goût certain, pour un mec.
J’avance jusqu’au salon et me stoppe dans mon élan à la vue de Sophie qui me regarde d’un air curieux. Je me tourne vers Aymeric et lance :
— Désolée, je ne savais pas que tu avais Sophie. Je vais vous laisser tranquilles.
— Non, reste. Tu es la bienvenue dans notre soirée films Disney.
Il me prend par la main avant que je ne puisse argumenter et je me retrouve assise sur un canapé moelleux qui me donne envie de m’y enfoncer pour ne plus en ressortir. Il me tend un coussin blanc à poils ainsi qu’un plaid bleu canard qui apaisent bien vite mon esprit. Qu’il me file l’adresse où il les a achetés, ces trucs sont des antistress de folie !
— Tu veux du popcorn ? me propose Sophie en me passant un saladier plein à ras bord.
Je la remercie d’un sourire et décide de me prendre au jeu. Jamais je n’aurais imaginé Aymeric faire ce genre de soirées. Je l’interroge :
— C’est en quel honneur ?
— J’essaye de faire ça régulièrement. Déjà parce que ça nous permet de passer du temps ensemble et ça récompense Sophie pour les bonnes notes qu’elle a à l’école.
D’un air fier, la principale intéressée se tourne vers moi et s’exclame :
— C’est moi qui ai eu le meilleur bulletin !
— Bravo, championne !
Je lui tends ma main et elle m’envoie un high-five. Aymeric relance le film et nous nous plongeons dans l’histoire d’Ariel, cette sirène incapable de se contenter de ce qu’elle a. Je suis absorbée, retombant pour quelque temps en enfance. À ce moment précis, j’oublie tous nos problèmes d’adultes, profitant un max.
Lorsque le conte se termine, Sophie est assoupie entre nous deux. Aymeric se lève et la prend dans ses bras. Il annonce :
— Je vais la coucher, je reviens. Tu peux choisir le prochain film si tu veux.
La chérie dort comme une masse, la bouche entrouverte. Aymeric la cale contre lui pour éviter à sa tête de bouger et le regard d’amour pur, qu’il pose sur elle, fait s’emballer mon cœur. L’image de ces deux-là est si attendrissante. Le grand frère protecteur et la petite princesse adorable. Comment ne pas fondre face à un homme pareil ?
Il ne lui faut que quelques minutes pour faire l’aller-retour et s’asseoir de nouveau à mes côtés. Cette fois-ci, Sophie n’est plus là pour faire barrage entre nos deux corps.
— Tu peux mettre autre chose qu’un Disney si tu veux.
— C’est très bien.
Le générique du Bossu de Notre-Dame s’élève et je pose ma tête sur son épaule. D’abord surpris par mon geste, il se tend un instant avant de passer un bras autour de moi. Nous restons ainsi enlacés pendant de longues minutes. Bientôt, le sommeil finit par me gagner. J’ai beau lutter pour profiter de ce moment d’accalmie, je suis trop fatiguée pour garder les yeux ouverts. Je m’endors donc, me faisant la réflexion qu’il y a longtemps que je ne me suis pas sentie si détendue.
1 Vidéos lors desquelles sont racontées des histoires étranges ou terrifiantes qui se sont réellement
produites selon les auteurs de ces histoires.
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