Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 43 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 43

 

Camille

Deux ans plus tôt…

 

J ’accélère le pas, persuadée que quelqu’un me suit depuis déjà cinq bonnes minutes. Peut-être que cette personne ne fait qu’emprunter le même chemin que moi, mais je reste prudente. Avec Gabriel, qui traîne dans les parages, nous ne sommes en sécurité nulle part. Je glisse la main dans ma poche arrière pour récupérer mon portable. Avoir Aymeric au téléphone me rassurerait beaucoup. Je compose son numéro puis porte l’appareil à mon oreille. Trois sonneries s’enclenchent avant qu’il ne décroche.

— Hey, ma belle.

— Coucou…

— Tout va bien ?

Ma voix sifflante a dû l’alerter. Je commence à fatiguer à force d’augmenter mon allure. Les pas derrière moi semblent adopter mon rythme, ce qui tend à confirmer mes soupçons.

— Aymeric, je crois qu’on me suit.

— Quoi ? Mais non, pourquoi…

— J’en sais rien, mais je suis pas folle !

Je sens un corps me frôler. Le mec ne s’arrête pas et me dépasse. Oh putain ! Il a accéléré pour me montrer qu’il ne m’épiait pas. J’ai eu si peur ! Bon sang, cessez de faire ça les gars et changez juste de trottoir, ça nous évitera de flipper encore plus.

— C’est bon, fausse alerte, indiqué-je à Aymeric qui soupire de soulagement à l’autre bout du fil.

Le pauvre… Si j’avais attendu deux minutes de plus avant de l’appeler, il n’aurait pas eu ce coup de stress. Cette histoire nous rend tous paranos, c’est dingue. J’emprunte la première à droite pour déboucher dans notre rue et réalise que je suis dans un cul-de-sac. Je m’arrête une seconde en fronçant les sourcils. Angoissée au possible, je n’ai même pas remarqué que j’avais pris des détours pour semer l’homme.

— Aymeric, je me suis perdue dans le quartier. Je ne vais pas t’entendre pendant quelques secondes, le temps de lancer mon GPS sur mon tél.

— Mets-moi sur haut-parleur.

— Pas bête, ça.

J’appuie sur la touche et sa voix s’élève, ricochant entre les murs de la ruelle dans laquelle je me trouve. Je jette un œil aux alentours et les lieux me font frissonner. Mince, je n’ai pas choisi le bon endroit pour me paumer… Une alarme de voiture s’enclenche. Je sursaute.

— Tout va bien ?

— Ouais…

Je passe la vitesse supérieure et tape mon adresse sur le moteur de recherche. La page mouline. En effet, je n’ai pas beaucoup de réseau ici. C’est bien ma veine ! Enfin, le chemin s’affiche. Je m’exclame :

— Ah, mais ça va ! Je ne suis qu’à deux pâtés de maisons.

— Dans quelle direction ? Je te rejoins.

— Le temps que tu descendes, je pense être déjà arrivée.

— Peu importe, dis-moi.

Je lui envoie ma localisation avant de mémoriser le trajet. Deuxième à droite, puis première à gauche. Je continue jusqu’au rond-point, première sortie et je devrais reconnaître les lieux à ce moment-là. Pas trop difficile ! Le haut-parleur désactivé, je reprends ma conversation avec Aymeric que j’entends se préparer. Je me mets en marche d’un bon pas, préférant tout de même ne pas m’attarder sur la route pavée sombre. On ne sait jamais sur qui je peux tomber. J’ai presque quitté la rue qu’une voiture passe à côté de moi et ralentit à ma hauteur. Je me crispe par instinct. La vitre côté passager s’ouvre et un grand blond aux yeux magnifiques s’adresse à moi :

— Excusez-moi, mademoiselle. Vous pourriez…

Je ne perçois pas la suite de sa phrase qui se noie dans le bruit de la circulation un peu plus loin. Je réponds :

— Je n’ai pas compris ce que vous disiez.

— Camille, à qui tu parles ? s’inquiète Aymeric.

— Je cherche…

Avec Aymeric, qui me cause en même temps, je ne comprends pas un strict mot de ce qu’il me raconte. Je m’approche de la voiture pour mieux entendre le conducteur.

— Pourriez-vous m’indiquer la route pour la station essence ? Je ne suis pas du coin, je rends visite à mes parents.

— Bien sûr ! Vous voyez le feu rouge un peu plus loin ?

Je lui montre du doigt et il acquiesce. Je commence mes explications avant de m’interrompre à cause du bruit de mon téléphone. Aymeric hurle à l’autre bout du fil. Agacée, je le reprends contre mon oreille et le réprimande :

— Je donne son chemin à un mec, je suis à toi dans…

— Cours, putain, Camille ! C’est Gabriel !

Je n’ai pas le temps de comprendre l’information qu’une main agrippe mes cheveux avec une force telle qu’elle me fait monter les larmes aux yeux. Je tourne mon regard vers le gars qui m’envoie un sourire de travers me faisant froid dans le dos. Penché à travers le véhicule, son bras tendu me tire vers l’intérieur et il claque ma tête contre le rebord de la fenêtre. Je tombe sous le choc. Aymeric s’égosille au téléphone. La portière côté conducteur s’ouvre. Je tente de me redresser pour fuir, bien qu’en voiture, il me rattrapera sans aucun mal. Il faut que je gagne du temps !

— T’inquiète pas, ce n’est pas après toi que j’en ai, se marre le malade en se plantant devant moi.

Il agrippe de nouveau ma tignasse et me traîne jusqu’à l’arrière du véhicule. J’ai beau crier, personne ne semble présent à la ronde. Le coffre est grand ouvert. Il me pousse à l’intérieur avant de le refermer sur moi. Putain, je suis dans la merde ! Je frappe comme une folle contre les parois, essayant de faire le plus de bruit possible dans l’espoir d’alerter quelqu’un. Peine perdue.

Très vite, je commence à étouffer dans l’espace restreint. Il fait chaud et noir. Je pleure toutes les larmes de mon corps, le suppliant de me laisser tranquille. Épuisée, je finis par comater, roulée en boule. J’aimerais pouvoir réfléchir à un plan pour me sortir de là, mais mes idées se bousculent sans que je ne parvienne à en isoler la moindre. Ma tête semble sur le point d’exploser entre le coup et mes hurlements. Je vais mourir. C’est la seule pensée qui me vient alors que je crois sentir la voiture ralentir. Le coffre s’ouvre. Je cligne des yeux sous la lumière du jour. Gabriel me lance une moue satisfaite.

— Je ne te bâillonne pas. Si tu cries, attention aux conséquences, c’est bien clair ?

La lueur dans son regard me met en garde. Ce mec est prêt à tout, mieux vaut ne pas jouer avec lui. Je hoche la tête, docile.

— Bien. On va attendre sagement que tes amis se rendent compte de ta disparition. Puis, j’enverrai un petit message pour leur dire que la chasse est ouverte. Avec un peu de chance, ils te trouveront vite.

— Pourquoi tu fais ça ? demandé-je, la voix tremblante de peur.

— Pour les faire flipper, quelle question ! Je veux qu’ils commettent une erreur dans la précipitation. Cameron et ton frère vont débarquer, laissant Émilie toute seule, enfermée à double tour. Et là, je la cueille comme une fleur !

Mes prunelles s’écarquillent de terreur. Un appât ! Je suis un putain d’appât pour chopper Lucie ! Mes sanglots reprennent de plus belle ce qui le fait rouler des yeux. Il soupire.

— J’ai compris ! Je vais devoir t’assommer pour avoir la paix !

— Non ! Pitié !

Mon téléphone me revient en mémoire. Peut-être que ce cinglé l’a récupéré et qu’il est encore en communication avec lui ! Ou même mieux ! S’il est arrivé à temps, peut-être a-t-il pu suivre le véhicule dans lequel je suis. Je tente le tout pour le tout et dans un geste désespéré, je hurle son prénom :

— Aymeric !

Le rire de Gabriel me vrille les oreilles.

— Si j’étais toi, j’arrêterais de compter sur lui. Il n’est pas digne de confiance.

Son poing s’abat sur mon visage et je perds connaissance, plongeant ainsi dans des abysses que je pensais ne jamais découvrir.

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