Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 14 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 14

Aymeric

 

À quoi est-ce que je m’attendais ? Qu’elle accepte de me parler, que je m’explique ? Je ne voulais pas non plus qu’elle me tombe dans les bras tant qu’on y est ? La mort dans l’âme, je la regarde s’éloigner d’un pas rageur. Ses mains tremblent lorsqu’elle cherche ses clefs dans son sac et qu’elle déverrouille sa voiture. La portière claque. Sans attendre, le moteur gronde et elle s’en va en faisant crisser ses pneus.

— Fais chier…

C’était stupide d’imaginer que tout se déroulerait comme prévu ! Encore plus lorsqu’on sait que je ne l’ai revue qu’en utilisant le mensonge. Me faire passer pour un autre, pendant des semaines, juste pour avoir la chance de reprendre contact. Il fallait être taré pour y croire. Dans un sens, tu es resté toi-même, tout le temps. Hormis lui avoir caché ton identité… Un mensonge par omission en est tout de même un. Il n’y a aucune excuse.

— Quel con, sérieux !

Je m’en veux d’avoir attendu quoi que ce soit… Je ne pouvais qu’être déçu. Frustré, j’envoie mon pied valser dans le premier banc que je croise. Ça fait un mal de chien. Tant pis, je sais que ça n’égalera jamais la souffrance que je lui ai infligée. Je prends une seconde pour me calmer. Je me laisse tomber par terre, la poitrine douloureuse. C’est donc cette sensation que l’on éprouve lorsqu’on se fait rejeter par la femme que l’on aime ? Je pourrais m’en passer. Ou pas. Au moins, cela prouve que je l’ai revue. Mon Dieu, elle est si belle… Je peine à imaginer que tous ces vautours ne se sont pas jetés sur elle. Célibataire qu’elle disait… Je ne la crois pas capable de tromper, elle raconte certainement la vérité.

— Retour à la case départ, Aymeric. Faut que tu réfléchisses…

Parce que je ne compte pas m’arrêter là. Tout lui expliquer m’est nécessaire. Elle ne me pardonnera jamais, j’en ai bien conscience, mais, au moins, elle comprendra pourquoi. J’estime que nous en avons, tous les deux, besoin pour tourner la page.

Je me relève pour reprendre à mon tour ma voiture et rentrer chez moi. Clap de fin pour cette journée, je ne rêve que d’une chose : m’endormir et tomber dans un coma profond. Je suis interpellé par le gars qui nous matait pendant notre dispute :

— Vous allez réussir à conduire avec votre pied ? Vous n’y êtes pas allé de main morte.

— Je survivrai.

— Je ne sais pas quelle connerie vous avez faite, mais elle reviendra. Vu comment elle vous regardait, ce n’est qu’une question de temps.

Non, mais de quoi il se mêle celui-là ? Je ne lui ai pas demandé de jouer les commères en observant notre dispute et encore moins de me donner des conseils. Je vous jure, les gens sont de plus en plus indiscrets. Ce n’est vraiment pas le moment pour me faire chier. Prêt à l’incendier, il enchaîne sans m’en laisser le temps :

— Pensez à appliquer de la crème sur votre pied, sinon vous ne pourrez plus le poser demain. Je suis pompier, croyez-moi.

Je décide que cet homme, bien qu’il aurait pu s’occuper de ses affaires, ne semble pas méchant. Ai-je envie qu’il pâtisse de ma mauvaise humeur ? Je m’en voudrais. Alors, je choisis de ne pas relever et me contente de dire :

— Je songerai à passer à la pharmacie. Merci.

Il hoche la tête avant de rejoindre sa femme. Je m’avance, quant à moi, jusqu’à mon véhicule, stationné tout au bout du parking. Bien qu’il n’y ait que quelques mètres, c’est assez pour réveiller la douleur dans mon pied. J’espère qu’il n’est pas cassé, ça risque de me foutre mal pour le boulot.

Installé en voiture, je ne perds pas une minute. Plus vite je serais rentré, plus vite je rejoindrai mon lit. Je trace jusque chez moi, slalomant entre les véhicules pour tenter d’oublier ce désastre. Je suis un conducteur prudent en temps normal. Néanmoins, je suis dans un état second, ce soir. J’ai la tête encore plus retournée. Alors que je me gare dans mon allée, je tique à la caisse stationnée devant le domicile d’Henri.

— Impossible, murmuré-je pour moi-même.

Je me rends compte qu’Henri a la même voiture que celle que conduisait Camille. La petite-fille de mon voisin s’appelle également ainsi. Le destin ne peut pas se jouer de moi à ce point-là. Non ! Je me précipite jusqu’à la porte d’entrée et toque. Je trépigne d’impatience sur le perron, nerveux comme jamais. Combien de chance y avait-il pour que l’homme qui m’a aidé tout ce temps soit le grand-père de la femme que j’ai détruite ? Henri ne tarde pas à m’ouvrir. Surpris de me voir devant chez lui à cette heure, il m’interroge d’un air inquiet :

— Tout va bien, mon garçon ?

— Henri, il est possible que je parle à votre petite-fille ?

Son regard se fait perplexe. Il devait s’attendre à tout, sauf à ça. Après tout, je ne suis pas censé la connaître et demander à la rencontrer, maintenant, sans préambule, semble louche. Toutefois, il acquiesce et ouvre un peu plus la porte pour me permettre d’entrer.

— Je vais la chercher, m’informe-t-il.

Je rejoins le salon pendant ce temps. Il y a encore une infime probabilité pour que ce ne soit qu’un concours de circonstances. Camille est un prénom répandu, la voiture est une marque plutôt commune… Je me monte peut-être la tête pour rien.

— C’est une putain de blague !

Je ferme les yeux. Le ton furieux de Camille ne laisse place à aucun doute. Je suis bien au bon endroit, avec la bonne personne. Et je suis dans une merde noire. Je m’étais dit qu’en y allant progressivement, je pourrais, avec un peu de chance, la faire changer d’avis. Maintenant, c’est mort. Elle va penser que j’ai tout planifié, que c’était un coup monté, que j’ai abusé de la confiance de son grand-père…

— Vous pouvez éclaircir ma lanterne, les jeunes ?

Incrédule, Henri s’est posté entre nous deux comme pour former une barrière protectrice. L’atmosphère est électrique, il doit sentir qu’il se passe quelque chose d’important. Camille prend la parole la première, plus furieuse que jamais :

— Je ne veux rien avoir affaire avec lui.

— Laisse-moi au moins t’expliquer, tenté-je de me défendre.

— Toi, tu la fermes ! Tu n’aurais jamais dû me recontacter !

— Il fallait que je te parle et…

— Et moi, je n’ai rien à te dire, merde ! T’es culotté de te pointer, ici ! D’ailleurs comment tu as appris où j’étais ?

— Une coïncidence.

Je sais très bien que l’excuse semble bidon lorsque je la sors, pourtant, elle n’en est pas moins véritable. Le destin s’est-il ligué contre moi ou souhaite-t-il, au contraire, me filer un coup de pouce ? J’imagine que seul l’avenir le dira.

Henri tourne la tête à chaque réplique comme s’il assistait à un match de tennis. Il pousse un soupir avant de lâcher d’une voix forte :

— Ça suffit, tous les deux ! Camille, tu peux me donner une explication, car je ne comprends rien du tout à votre histoire.

— Il n’y a rien à expliquer, papi. Cet homme est le plus gros connard de la terre entière et je ne veux surtout pas qu’il s’approche de moi. Ni de toi d’ailleurs. Il n’apporte que le malheur.

J’ai mal à ses mots. Même si je n’en pense pas moins, l’entendre de la bouche de la personne qu’on aime est ce qu’il y a de plus douloureux. Je vois Henri réfléchir à toute allure. Pourvu qu’il ne fasse pas le rapprochement, pourvu qu’il ne fasse pas le… Il redresse la tête et son regard vient se figer dans le mien.

— Aymeric, Camille est-elle…

Il ne termine pas sa phrase. Sa main se porte à sa poitrine et il lâche une plainte, plié en deux. Je me précipite vers lui, inquiet.

— Henri ?

— Papi, ça va ?

Sans que nous ayons le temps de faire quoi que ce soit, il s’écroule de douleur avant que le silence ne se fasse. Nous hurlons de concert.

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