Pardon (French Edition)
Chapitre 50
Aymeric
J ’ai passé le reste de la journée à courir de magasin en magasin pour préparer la venue définitive de Sophie. Mes sacs de courses sont remplis à ras bord de tout ce qu’elle aime manger. J’ai pensé à lui racheter des jouets pour remplacer ceux qu’elle laissera dans la famille. Bien que mon humeur ne soit pas au beau fixe suite à mon altercation avec Camille, il faut que tout soit parfait pour demain.
Alors que je me gare en face de la maison, j’ai la surprise de découvrir cette dernière assise sur le perron. Je suis soudain pris de sueurs froides. Vu la manière dont on s’est quittés quelques heures plus tôt, il ne peut s’agir que d’une urgence. Je sors de la voiture et la rejoins en vitesse.
— Camille ? Tout va bien ?
— Merde, je t’ai attendu tout l’après-midi ! T’étais où ? Non, laisse tomber, on n’a pas le temps, me coupe-t-elle avant que je ne réponde. Samuel va arriver d’une minute à l’autre et il est furax !
Son débit de parole est si important que je peine à comprendre la situation. Samuel ? Il n’est pas reparti aux États-Unis ? Et pourquoi est-il aussi en colère ? Je pose mes mains sur ses épaules pour tenter de la calmer. Je respire lentement pour essayer de lui faire adopter le même rythme, en vain. Elle est trop stressée.
Au moment où j’ouvre la bouche pour la questionner, une voiture s’arrête derrière la mienne, manquant de lui rentrer dedans. Furieux, Samuel s’extrait de l’habitacle. J’ai à peine le temps de comprendre ce qu’il se passe que, déjà, il me chope par le T-shirt. Je n’oppose aucune résistance. S’il est dans cet état, c’est pour une bonne raison. Qu’est-ce que j’ai encore fait ?
— Samuel ! Arrête, putain ! T’es ridicule !
Camille lui attrape l’avant-bras pour lui faire lâcher-prise. Son frère ne l’écoute pas, resserrant sa prise sur moi. Mon regard se pose tour à tour sur un Samuel furibond et une Camille déboussolée. Préférant éviter qu’elle ne reçoive un coup dans le feu de l’action, je demande :
— Camille, recule-toi.
— Mais…
— Ça va aller. Éloigne-toi avant de prendre une balle perdue.
Loin de calmer Samuel, mon intervention augmente sa rage. Il me plaque contre le mur en hurlant :
— Parce que tu me crois capable de blesser ma propre sœur ?
— Non, mais, un mauvais geste, ça arrive vite.
J’ignore encore ce qu’il se passe. Tout ce que je sais, c’est qu’ils sont en désaccord total sur la manière de réagir. Si Camille lui avait parlé de notre presque baiser, elle le laisserait m’en mettre une pour lui avoir fait du mal. Or, elle semble vouloir me défendre à tout prix. Bon sang, mais que quelqu’un m’explique !
— Je t’avais prévenu, Aymeric, que si tu t’approchais d’elle, j’allais te régler ton compte !
— Tu n’as rien à dire, le contre Camille. Si j’ai envie de lui donner une seconde chance, c’est mon choix !
Je reste stupéfait par ses paroles. Elle a tout raconté à Samuel et, malgré sa fureur lors de mon rejet, elle est prête à revenir à la charge ? Elle a plaidé notre cause auprès de lui ? Moi qui pensais que toute relation, quelle qu’elle soit, était inenvisageable…
Lorsqu’il s’aperçoit de ma surprise, Samuel se recule d’un pas, lâchant enfin mon T-shirt. D’un ton hargneux, il m’interroge :
— Pourquoi t’as pas l’air au courant qu’elle veut de nouveau de toi ?
— Parce que si tu m’avais laissé t’expliquer, ironise Camille en se dressant entre nous deux, tu saurais qu’Aymeric a tenu sa promesse de rester à distance. C’est moi qui lui ai demandé de m’embrasser et il a refusé à cause de cette foutue loyauté que vous avez entre mecs.
Je me prends un regard noir au passage. Bon, elle n’a toujours pas digéré le fait que je préfère l’éloigner que de la faire souffrir.
— C’est une mauvaise idée.
— Mais en quoi ? Explique-moi ! Parce que ton seul argument est de rabâcher que, pour protéger Sophie, il nous a fait du mal. Ça ne t’est pas venu à l’esprit de te dire que s’il est capable de mettre son honneur de côté pour la sécurité des gens qu’il aime, c’est justement parce que c’est un mec bien ? Quelqu’un prêt à tout, pour sa famille ? N’est-ce pas le genre d’homme que tu aimerais pour ta sœur ?
Tout va bien trop vite pour que je puisse me défendre moi-même. Bien loin des contes de fées habituels, c’est aujourd’hui Camille qui enfile son armure de chevalier pour me sauver. Cette femme est juste incroyable. Je ne la mérite pas, son frère a raison. Pourtant, Dieu seul sait à quel point je la veux. Il faut qu’elle fasse partie de ma vie.
— Je suis tombée amoureuse d’Aymeric par deux fois ! C’est pas suffisant ? De quoi as-tu besoin de plus ? Si jamais on m’enlève de l’équation et qu’on te raconte la même histoire, tu serais du côté d’Aymeric.
— Ce n’est pas…
Elle l’interrompt d’un geste de la main.
— Vrai ou faux ?
— Vrai, consent-il entre ses dents.
— Je suis assez grande pour prendre mes propres décisions. Et je choisis Aymeric, que tu sois content ou pas.
Samuel soupire, toute l’énergie quittant son corps. Il sait qu’il a perdu cette bataille contre sa sœur. Quand Camille veut quelque chose, elle l’obtient. Mon ancien ami se tourne vers moi et me menace :
— Tu as intérêt à prendre soin d’elle.
Dégoûté, il fait volte-face sans attendre de réponse. Nous le regardons partir sans un mot. Je suis peiné de la manière dont les choses se déroulent. Tout serait si simple s’il acceptait que je vais chérir sa sœur, comme le plus beau trésor du monde. Elle est mon tout, la seule femme capable de faire battre mon cœur aussi vite.
Camille se tourne vers moi et nous nous faisons face, les yeux dans les yeux. Elle attrape ma main pour venir loger sa joue dans le creux de ma paume. Ses paupières se ferment. Un sourire se dessine sur ses lèvres. D’une voix incertaine, je m’assure :
— Tu es sûre que c’est ce que tu veux ?
— Je le suis et tu n’as pas intérêt à protester ou tu t’en prends une !
Je lève les bras en l’air en signe d’innocence. Comment la contredire alors qu’elle m’offre mon désir le plus fou sur un plateau d’argent ? Elle tape du pied comme une enfant avant de s’exclamer :
— Bon, alors ? Tu vas finir par m’embrasser oui ou non ?
— Plutôt deux fois qu’une.
Je l’empoigne par la taille pour l’amener à moi. Nos lèvres se percutent, provoquant une explosion dans tout mon corps. Je pensais que mes mauvais choix me conduiraient vers une vie fade, loin de la femme que j’aime pourtant, c’est tout le contraire. Elle a laissé la place au pardon pour nous permettre de découvrir si notre histoire vaut la peine d’être vécue. Pour ma part, je n’ai aucune hésitation à répondre que oui.
Impatient à l’idée de commencer cette page de notre existence, je la soulève pour la ramener à l’intérieur. Sa bouche se fait plus vorace à mesure que je grimpe les escaliers en direction de ma chambre. En une seule nuit, mon linge de lit avait perdu son odeur et je compte bien les en imprégner de nouveau. C’est ainsi, sous le couvert de mes draps, que nous entamons cette nouvelle relation. Plus rien n’a d’importance hormis nos deux corps enlacés se retrouvant, se laissant porter vers l’avenir.
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