Pardon (French Edition)
Chapitre 34
Aymeric
J e suis dans une merde noire. Plus le temps défile, plus je sens que je tombe amoureux de Camille. Elle est ma première pensée le matin, la dernière avant de me coucher. Quand je ne la croise pas de la journée, elle me manque. Je pourrais me contenter de cette sensation. Après tout, c’est moi qui ai joué au con, alors si j’en souffre, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Non, le pire, c’est cette impression que c’est réciproque. Je vois bien sa manière de me regarder évoluer de jour en jour et je ne peux pas me le permettre. Je ne veux pas lui briser le cœur.
Ça fait deux semaines que je mets de la distance entre Camille et moi. Quand j’ai vent de sa venue chez nous, je fais en sorte d’être occupé hors de l’appartement. J’évite avec précaution les lieux qu’elle fréquente le plus. J’ai beaucoup de mal à garder cette résolution. Chaque fois que je la vois, mon palpitant se gonfle, mes bras me démangent, de la serrer contre moi. Je sens que ma détermination flanche. Pourtant, je sais que Gabriel est prêt à tout. La preuve, puisqu’il a débarqué chez nous quand il a appris que Lucie y était seule. Je suis malade d’avoir dû lui donner la clef pour lui éviter l’effraction. Néanmoins, s’il se fait choper par les flics maintenant, le gang risque de se retourner contre moi.
— T’as réussi à dormir cette nuit ? me questionne Samuel en se servant un café.
— Nan, toute cette histoire est trop dingue.
— À qui le dis-tu…
Il s’installe à mes côtés, de larges cernes sous ses yeux. Ça me rend fou de savoir que je trahis ce mec. Il ne mérite pas ça, lui qui a le cœur sur la main, qui est prêt à se plier en quatre pour aider ceux qu’il apprécie. Hier, le récit de Lucie a dû lui faire un choc. Je l’ai toujours soupçonné d’avoir un crush sur elle, alors apprendre ce que ce malade lui a fait… Et pour en rajouter une couche, nous avons eu le droit aux gémissements de Lucie et Cameron toute la nuit. Même si ça m’embête pour mon pote, j’espère que ça finira bien pour les deux et qu’ils trouveront le moyen de nous mettre hors d’état de nuire. Ils méritent la paix et le bonheur.
— Qu’est-ce que tu…
Samuel est coupé par le bruit d’une porte. Lucie en sort, les vêtements de Cameron sur le dos. Le caleçon ne laisse aucune place à l’imagination. Lorsqu’elle se rend compte de notre présence, elle baisse les yeux sur sa tenue avant de rougir jusqu’aux oreilles. Elle se précipite à la salle de bain sans demander son reste. Je jette un œil à Samuel qui est toujours figé sur son apparition, la bouche ouverte. Je lui envoie un coup de coude et lance :
— Sois plus discret, si tu ne veux pas te faire griller.
Il secoue la tête pour se reprendre. Cameron apparaît à son tour et, malgré la nuit de plaisir qu’il a passée avec Lucie, il a une tronche à faire peur. Samuel lui laisse à peine le temps de nous rejoindre qu’il l’interroge déjà :
— Tout va bien ?
— Elle refuse de me donner plus de détail, dit-il en soupirant. Putain, ça me tue de ne pas savoir…
— Elle finira par s’ouvrir.
Samuel est un saint. Chercher à réconforter le mec qui sort avec la fille qu’il aime… Cameron se contente d’acquiescer avant de se diriger vers les plaques de cuisson.
— Vous voulez quelque chose ?
— Y a de la pâte à pancake dans le frigo, l’informé-je.
Il extrait le plat du placard avant de se mettre au boulot. En quelques minutes, c’est prêt. Il sert un verre de jus d’orange et un café qu’il dépose face au tabouret vide. Il va chouchouter Lucie désormais, c’est certain. Qu’elle profite de pouvoir se faire traiter comme une reine, elle le mérite. Cameron gagne la salle de bain et toque à la porte. Il appelle Lucie :
— Lucie, ça va ?
Sa réponse nous parvient, étouffée :
— Oui, oui !
— Le petit-déjeuner est prêt.
— J’arrive de suite !
Il nous rejoint et s’installe face à moi. Elle finit par sortir de sa cachette. Nos regards se braquent sur elle, ce qui la fait de nouveau rougir. Alors que Samuel détourne les yeux, plus pour ne pas se faire choper par Cameron que par galanterie, Cameron mate sa copine sans vergogne, appréciateur. Pour avoir vu Camille dans mes fringues, je confirme qu’il n’y a rien de plus satisfaisant. Il marque son territoire dans un sens.
Pour éviter de prolonger le moment de gêne, Samuel me questionne sur ma sœur. Je tente de ne pas me tendre. Sujet sensible lorsqu’on apprend que j’ai sa vie entre mes mains actuellement. Je me contente donc de dire qu’elle est chez nos grands-parents et que la procédure pour récupérer sa garde avance. Lucie et Cameron me complimentent sur mon courage, comme si j’étais un héros. S’ils savaient…
Samuel se racle la gorge avant de lâcher :
— Loin de moi, l’idée de te mettre mal à l’aise, Lucie, mais il nous faudrait plus d’informations sur la situation. Tu pourrais…
— On ne devrait pas plutôt appeler la police ? le coupé-je.
S’ils veulent avoir une chance de stopper Gabriel avant qu’il ne fasse trop de dégâts, ils doivent s’entourer de personnes qui ont du pouvoir. Seuls, ils vont perdre à coup sûr.
— Ils sont incompétents, rétorque Cameron, amer. S’ils nous prennent au sérieux, et je dis bien, si c’est le cas, ils vont prendre des plombes à réagir avec leurs procédures à la con.
— Rien ne nous empêche de les prévenir et de commencer nos recherches de notre côté.
J’insiste, sans succès. C’est fou ce qu’il est buté, ce mec, quand il veut. Je suis frustré de ne pas pouvoir leur donner plus d’indications. Je risquerais de me trahir et je ne peux pas mettre Sophie en danger. Soudain, une idée me vient à l’esprit. L’évoquer à voix haute revient à du suicide, mais je me lance :
— Alors je ne vois qu’une solution.
— Laquelle ?
— Si on veut que Gabriel, – c’est ça, son nom, hein ? – que Gabriel sorte de sa cachette, il va falloir l’attirer à nous.
— T’es quand même pas en train…
— Faut que Lucie joue les appâts.
Je commence à connaître Gabriel, maintenant, et je sais que c’est la seule chose qui pourra le mettre en péril. Il est trop intelligent, il réfléchira avant d’agir, sauf si on lui sert Lucie sur un plateau d’argent. Sans grande surprise, Cameron pète un câble. Son tabouret claque au sol, il devient rouge de colère. Je suis persuadé que je ne vais pas tarder à m’en prendre une. Samuel tente de le calmer, en vain. Je pince la cuisse de Samuel et lui montre Lucie du menton. Celle-ci s’est recroquevillée sur elle-même, le temps que la tempête passe. La pauvre, Gabriel l’a vraiment amochée.
— Tu fais peur à Lucie, chuchote mon meilleur ami en se penchant vers Cameron.
Ce dernier semble revenir à la raison. Il rassure Lucie, qui se laisse faire avant de l’embarquer de nouveau dans sa chambre. Je plains Lucie. Se retrouver dans des états pareils au moindre éclat de voix… Gabriel mérite pire que la prison pour ce qu’il lui a fait subir.
— Tu n’aurais pas dû mettre cette idée sur le tapis, me reproche Samuel.
— Si le gars est capable de se pointer ici pour la récupérer, ça doit être un sacré taré. Impulsif, qui plus est. Et comment on attrape un mec impulsif ?
Samuel hoche la tête, ma réflexion faisant tilt dans son esprit. Il rétorque :
— Je comprends où tu veux en venir. Je ne crois pas que ce soit le meilleur plan, Lucie risque d’être trop en danger.
— Elle l’est d’autant plus si on n’agit pas.
— Je vais cogiter sur la situation, je trouverai peut-être une stratégie…
Il se prend le crâne dans les mains. Je ne peux rien faire de plus pour les aider. Maintenant, la suite ne tient qu’à eux.
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