Pardon (French Edition)
Chapitre 49
Camille
M a vie est un calvaire ! Pile quand je fais le choix de lâcher prise et de me laisser aller, il faut que je me mange un mur en pleine face. Être heureuse, c’est trop demander ? Pourquoi faut-il qu’à chaque soupçon d’espoir, je finisse par être déçue ?
Je balance mon sac à main dans le canapé en pestant. Aymeric n’est qu’un connard, au final. Il a beau être le meilleur grand frère du monde avec sa petite sœur, niveau amour, il craint ! Et je ne suis pas mieux, moi-même ! Je suis trop conne de m’en rendre compte que maintenant. Bien sûr que rien n’est possible entre nous. Il y a eu trop de larmes, trop de drames pour espérer pouvoir recoller les morceaux. Je récupère mon portable et compose le numéro de Lucie. J’ai besoin de ses conseils.
— Allô ?
— Faut qu’on parle.
— Houla. Attends, je m’isole un coup.
J’entends Cameron lui demander si tout va bien et elle répond que ce sont des histoires de filles. Une porte se ferme. Je crois percevoir le bruit des ressorts d’un matelas avant qu’elle ne dise :
— C’est bon, je t’écoute.
Maintenant que je l’ai au téléphone, je ne sais pas par où commencer. Je suis tellement remontée contre Aymeric que les mots se bousculent entre mes lèvres. Merde, j’ai trop de choses à lui raconter. Comme si elle lisait dans mes pensées, elle lance :
— Je peux presque entendre ton cerveau en surchauffe. Balance et je ferais le tri.
— C’est Aymeric.
— Je me doute. Il n’y a que lui pour te mettre dans un tel état. Qu’est-ce qu’il a fait ?
Je souffle et lui relate cet après-midi, qui a viré au cauchemar. Je m’étais préparée pour lui annoncer que je lui pardonnais, j’avais répété dans le miroir. Faut dire que j’étais remontée à bloc. Surtout quand je l’ai vu sortir du tribunal vêtu de ce costard qui lui va si bien. Je lui explique comment, après des semaines à batailler contre ma conscience, je lui ai demandé de m’embrasser. Et comment il m’a de nouveau brisé le cœur en me repoussant.
— Tu te rends compte ? Tout ça parce que Samuel lui a dit qu’il n’avait rien à faire près de moi, il fait ça ? Ce mec souffle le chaud et le froid. Quel enfoiré ! Je me suis retrouvée si conne à attendre son baiser qui n’est pas venu.
Je parle en boucle depuis un quart d’heure. La gorge sèche, je récupère une bouteille d’eau dans le frigo et en bois une longue rasade. Ça fait du bien. Lucie n’a toujours pas ouvert la bouche à l’autre bout du fil. Les secondes s’étirent dans le silence, se transformant en minutes. Je n’y tiens plus.
— Dis quelque chose, Lu’…
— Je suis désolée de t’apprendre que je me doutais que ça se passerait ainsi.
— Impossible. Moi-même, je pensais le détester, alors comment tu aurais pu deviner que j’allais finir par céder ?
Ce qu’elle me raconte n’a aucun sens. Elle ne peut pas savoir mieux que moi ce que je ressens.
— Il y a des instincts qui ne trompent pas, Camille. Et je ne crois pas être la seule à l’avoir vu venir. Samuel ne se serait pas donné la peine de mettre Aymeric en garde s’il n’avait pas pressenti quelque chose.
— Et vous ne pouviez pas me le dire, histoire que je fasse attention à ne plus le croiser ?
Son rire à travers le combiné m’agace. Parce que ça l’amuse en plus ? Je lui dis que le mec qui m’a brisé vient de nouveau de me faire mal au cœur et elle se marre ? Où est passée ma meilleure amie, celle qui aurait sauté dans la première voiture pour castrer celui qui me blessait ?
— Contente de te divertir, lâché-je d’un ton amer.
— Désolée, c’est juste que… Camille… La vie ne fonctionne pas comme ça. Même si on t’avait prévenue, tu nous aurais balancé qu’on se trompait. Je pense que tu nous aurais traités de malades par la même occasion.
Je ne rétorque rien, car je sais, au fond de moi, qu’elle a raison. Comme toujours. Je les aurais envoyés balader en beauté et le piège se serait refermé sur moi. Cette fille m’agace avec sa logique implacable.
— Bref, en tout cas, je ne veux plus entendre parler de lui. Et c’est définitif ! C’est bien gentil de me prendre pour une girouette. C’est finito, ça ! Alors merci, mais non merci.
Elle me gratifie d’un simple « hum, hum » qui ne me plaît pas. Quoi, encore ? Elle va me dire que je me trompe ? Que je vais lui retomber dans les bras ? Frustrée qu’elle remette ma parole en doute, je la provoque :
— Vas-y, balance !
— Tu m’as appelée pour que je t’écoute cracher sur Aymeric ou pour que je te donne mon avis ? Et c’est une vraie question. Si tu ne cherches qu’une oreille attentive, alors je me tais.
Elle est trop forte. Voilà la raison pour laquelle c’est elle qui poursuit des études de psychologie, et pas moi. Cette nana vous retourne le cerveau comme personne. Je me laisse tomber sur mon canapé et réponds dans un souffle :
— Qu’est-ce que tu en penses ?
— Tu ne prends pas assez de recul. Dans le cas inverse, tu sais ce que tu m’aurais dit ? Que le fait que ce mec me repousse est une preuve d’amour. Il préfère souffrir en restant loin de toi alors qu’il est fou amoureux par simple peur de te faire du mal à nouveau. Ah ! Et c’est aussi un signe d’amitié et de loyauté. Ne pas trahir la promesse qu’il a faite à ton frère…
Vu sous cet angle, peut-être que je réagis excessivement, en effet. Mais, n’empêche qu’il y a des façons de faire. Aymeric aurait pu avoir plus de tact ou chercher à convaincre Samuel qu’il est digne de confiance.
— Le vrai problème, surenchérit Lucie, c’est Samuel sur ce coup. En voulant te protéger, il vous prive tous les deux du bonheur. Tu devrais lui parler, lui expliquer que tu es prête à laisser une chance à Aymeric. Il comprendra.
— Tu as peut-être raison… J’y réfléchirai.
— Je pense que c’est tout réfléchi. Allez, haut les cœurs, ma chérie. Tu me raconteras tout.
Nous raccrochons ainsi. Lucie est toujours celle que j’appelle en premier lorsque c’est le bordel dans ma tête. Elle a ce don de me remettre les idées en place. Je vais suivre son conseil et parler à Samuel. Décidée à régler cette histoire une bonne fois pour toutes, je lui envoie un message :
[J’ai décidé de laisser une seconde chance à Aymeric.]
Clair, net, précis. Ce n’est pas une question, une simple affirmation. Parce que peu importe ce qu’il me dira, mon cœur a déjà pris sa décision. J’en ai marre de me tourner en bourrique toute seule. Il est temps d’affronter la situation comme une adulte. Au pire des cas, je me brûlerai les ailes et mes amis seront là pour m’aider à remonter la pente.
Je n’ai pas le temps de poser mon téléphone que son nom apparaît à l’écran. Aïe, s’il m’appelle c’est pour m’engueuler. Je prends une grande inspiration et décroche, prête à en découdre.
— All…
— T’es tombée sur la tête ou quoi ?
— Non, mon crâne va très bien.
— C’est que tu es devenue comique, je ne vois pas d’autre solution. Camille, ce mec va te briser le cœur, encore !
Je ne peux pas le laisser dire ça ! Quelle ironie. Il y a quelques minutes à peine, je tenais un discours similaire et me voilà en train de défendre Aymeric bec et ongle. Il n’y a que toi qui peux dire du mal de lui, un point c’est tout !
— Tu as bien vu qu’il n’est pas le grand méchant comme on le pensait ! C’est le même Aymeric que celui qui était ton colocataire. Il a fait des conneries pour préserver la vie de sa sœur !
— Au détriment de la tienne ! Non, je ne peux pas accepter ça.
— Parce que tu crois que je te laisse le choix ? Tu rêves ! Je te tiens juste au courant, histoire que tu ne tombes pas des nues en l’apprenant.
Il lâche un rire sans joie. Il m’emmerde à jouer le grand frère surprotecteur. J’ai passé l’âge de me faire materner. C’est ma vie, j’en fais ce que je veux. J’entends du bruit à l’autre bout du fil.
— J’ai bien fait de suivre mon instinct et de ne pas repartir maintenant.
— Qu’est-ce que tu racontes ?
— Chuis chez papa et maman, j’avais envie de renouer un coup. Léna est rentrée sans moi. Je sentais qu’il allait se passer une merde comme celle-là.
Je reste abasourdie par cette nouvelle. Il se fiche de moi ?
— C’est une blague, Samuel ? Ça fait presque deux semaines que vous m’avez laissée toute seule, et tout ça pour que tu sois encore en France ? Tu te rends compte qu’en faisant ça, tu m’as poussé dans les bras d’Aymeric ?
— Ne retourne pas la situation contre moi !
C’est la meilleure ! J’avais besoin de mon frère à mes côtés pour m’épauler et, lui, au lieu de reprendre sa vie comme il avait dit qu’il le ferait, il crèche chez nos parents qui travaillent tout le temps ? C’est le monde à l’envers.
— T’étais pas si loin de moi alors que je crevais de solitude ! Tu cries qu’Aymeric a mis en péril ma sécurité, mais, putain, c’est lui qui a été là pour moi ! Vous vous êtes tous tirés pour suivre le cours de votre existence et, lui, a tout fait pour rendre la mienne plus simple. Donc ne la ramène pas avec tes paroles moralisatrices. Il n’a pas tenu son rôle d’ami à l’époque, mais, toi, tu ne joues pas le tien de frère.
T’es pas un peu dure là ? Certainement, néanmoins, je suis trop énervée pour réfléchir comme il faut. Il m’a abandonnée au pire moment. Sa voix blessée résonne alors qu’il annonce :
— On terminera cette conversation bientôt. Je prends la voiture et je viens lui régler son compte à ce traître.
— Non, ne fais…
Trop tard, il a raccroché. Merde ! Faut que je prévienne Aymeric de toute urgence.
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