Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 30 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 30

 

Camille

— Ça n’explique pas ce que tu as fait, rétorqué-je en forçant ma voix à ne pas trembler.

Malgré moi, mon cœur saigne, d’apprendre ce qu’il a vécu. Lorsque nous étions ensemble, il avait simplement évoqué un passé compliqué avec ses parents sans rentrer autant dans les détails. Je n’avais pas creusé, me disant qu’il allait me raconter ses galères quand il en aurait envie.

Aymeric se renfrogne. Ses yeux s’assombrissent alors qu’il reprend :

— Puis, Gabriel a refait surface au moment où je m’y attendais le moins. Il m’a expliqué que sa sœur s’était suicidée à cause d’un gars et qu’il avait besoin de quelqu’un pour se venger. Je lui ai répondu que c’était triste pour elle, mais qu’il devait passer son chemin. Je bataillais déjà pour être quelqu’un de bien pour Sophie, je n’allais pas m’enfoncer dans ses problèmes. C’était mal le connaître, de croire qu’il allait me lâcher.

— Il t’a fait chanter, devine Cameron.

Aymeric acquiesce. Je me souviens alors de ce que grand-père m’a annoncé. Il nous a trahis pour protéger sa petite sœur. J’ai soudain un goût de bile dans la bouche.

— J’ai eu le droit à des photos de moi en train de me défoncer et la promesse qu’elles parviendraient aux services sociaux si je ne lui filais pas un coup de main. Merde, j’avais tout donné pour récupérer Sophie, il ne pouvait pas tout gâcher maintenant. Il m’a affirmé que je devais juste surveiller Cameron et lui dire s’il s’approchait trop près de sa meuf. J’ai accepté, ça ne faisait de mal à personne et, s’il devait te régler ton compte, je n’étais pas impliqué.

Cameron hoche la tête en silence. Nous ignorons encore comment il s’est retrouvé à devoir nous kidnapper avec ce taré. Je sens que la suite ne va pas être réjouissante. Aymeric lâche un rire sans joie, amer. Malgré tout ce qu’il nous a fait, je hais le voir dans cet état, lui qui est si joueur en apparence.

— J’ai fait ce qu’il m’a demandé pendant un temps. Puis un jour, alors que j’étais au parc avec Sophie, je l’ai croisé avec l’un des membres du gang avec lequel il traînait. Je l’ai entendu se vanter de comment il traitait Lucie. Enfin, Emilie, à l’époque. Ça m’a rendu malade. Je lui ai envoyé un message sur-le-champ en lui disant que j’arrêtais tout, que je l’avais assez aidé comme ça. Je préférais laisser Sophie sous la garde de mes grands-parents que de devenir complice de ce genre de choses. Pas de chance, il m’a repéré avant que je ne quitte les lieux, me menaçant de le regretter. Je voulais filer au commissariat pour tout expliquer, mais il nous a suivis sur toute la route. Je suis rentré chez moi avec Sophie, paniqué à l’idée qu’il découvre où vivaient mes grands-parents, au cas où. Il est parti et je me suis juré d’aller parler aux flics, le lendemain.

Il a essayé de sortir de ce bourbier. Je suis soulagée de savoir qu’il a tenté quelque chose pour aider ma meilleure amie. Après ce qu’il nous a fait subir, j’avais peur qu’il ne soit qu’un salaud sans cœur.

— Le jour suivant, je suis retourné au parc avec Sophie. J’avais prévu de tout raconter à Cameron et aux policiers, une fois que je l’aurais ramenée. J’ai croisé un ami avec lequel j’ai discuté quelques minutes. Quand il m’a salué et que j’ai tourné la tête vers ma petite sœur, j’ai aperçu Gabriel accroupi face à elle.

L’image me vient à l’esprit, me faisant frissonner. Cette ordure n’avait donc aucune limite ? Lucie pose sa main sur la mienne et je vois les larmes au bord de ses yeux. Je passe un bras autour d’elle pour la réconforter. L’histoire d’Aymeric doit faire écho avec ce qu’elle a vécu et ressenti à l’époque.

— Je me suis précipité vers eux et j’ai récupéré Sophie. Gabriel m’a alors dit que si je refusais de l’aider, ce serait elle qui en souffrirait. La lueur de folie que j’ai décelée dans ses yeux, à ce moment-là, m’a fait froid dans le dos. Je suis parti avec la ferme attention d’aller trouver les flics. Il a devancé mon idée en m’affirmant que, si je le faisais, c’était le gang que j’aurais à mon cul. Tout s’est ensuite enchaîné si vite. Gabriel a retrouvé la trace de Lucie, qui s’était enfuie, puis j’ai dû me rapprocher de vous, pour lui donner des informations. J’ai laissé Sophie, chez mes grands-parents, pour qu’elle soit en sécurité. J’étais déjà dedans jusqu’au cou et, tant que je faisais ce qu’il me demandait, il lui foutait la paix.

Il plonge son regard dans les nôtres. Quand vient mon tour, je sens les regrets qui l’étreignent. J’aimerais lui pardonner, lui affirmer que je comprends la décision de protéger sa sœur, néanmoins, j’en suis incapable. Il y a ce blocage en moi qui me répète que, s’il m’a trahi une fois, il le refera sans doute. Je ne peux pas me permettre de lui laisser le bénéfice du doute. Il a fait ses choix.

— J’ai essayé de trouver un moyen pour vous prévenir sans me faire chopper, mais cet enfoiré était toujours sur mon cul. Je suis resté subtil en insistant, auprès de Cameron, de ne pas lâcher Lucie d’une semelle, qu’il devait continuer à se battre pour elle.

Nous nous tournons tous vers le principal intéressé qui hoche la tête pour confirmer ses dires. Aymeric passe la main sur son visage avant de conclure d’une voix lasse :

— Je comprends votre colère et je la mérite. Je sais que j’ai fait du mal à chacun d’entre vous, d’une manière différente. Pourtant, je suis désolé de vous apprendre que si c’était à refaire, je le referais. Parce qu’il n’y a pas plus important pour moi que le bien-être et la sécurité de ma sœur. Alors, vous pouvez me haïr jusqu’à la fin de vos jours, ça ne changera pas le fait que je regrette de vous avoir fait souffrir, pas d’avoir protégé Sophie.

Le silence plane à la fin de ses explications. Je tente sans succès de digérer toutes les informations qui viennent de nous tomber dessus. En effet, je devrais le détester de tout mon être. C’est en partie de sa faute si Lucie a vécu un enfer et que je suis traumatisée de mon enlèvement. Il a joué avec moi, m’a brisé le cœur. Dans un sens, même si je suis incapable de l’excuser, je peux comprendre ses motivations. Ce qui me fait enrager. Comme je hais ces sentiments contradictoires qui me bouffent.

Lucie me lâche et se lève pour avancer dans sa direction. Elle décrète :

— Je te pardonne.

Je reste abasourdie. Attends, elle est sérieuse là ? Je bondis sur mes pieds et m’exclame :

— Lucie ! Merde, tu peux pas ! Après tout ce qu’il t’a fait et…

Cameron pose une main sur mon épaule pour m’empêcher de continuer.

— C’est son choix, Camille.

— Et ça te rend pas malade, toi ?

Lui parmi tous les autres ? Il a perdu des années avec Lucie en partie à cause de lui. Sa femme a été violentée, obligée de se terrer pendant des lustres et il la laisse faire comme si de rien n’était ? J’hallucine ! D’un ton calme, il répond :

— Ça ne me plaît pas plus qu’à toi, crois-moi. Pourtant, je pense que Lucie a besoin de lui pardonner pour tourner définitivement la page. Je ne serais pas un bon mari si je l’empêchais de faire quelque chose qui lui fait du bien.

Lucie lui sourit et vient l’embrasser avec tendresse en le remerciant. Pourquoi est-il devenu aussi sage, celui-là ? Il me fait chier avec sa morale à la con. Aymeric, qui semble avoir repris un peu vie grâce aux mots de Lucie, conclut la soirée :

— J’ai payé pour ce que j’ai fait. J’ai été en prison, j’ai perdu la garde de Sophie. Attention, je ne m’en plains pas, c’était mérité. Je vais passer le reste de mon existence à faire amende honorable auprès de vous si vous le permettez. Maintenant, je vais rentrer parce que je suis épuisé.

Il plaque ses mains sur ses genoux pour se redresser et fait volte-face sans nous laisser le temps de répondre. Je suis incapable de réfléchir, la tête trop pleine. Avant de quitter la pièce, il se tourne vers moi.

— Je viendrai m’occuper du jardin demain, si ça te va.

J’acquiesce, ailleurs, et ses pas l’emmènent hors de la maison. La porte claque. Nous restons silencieux de longues minutes, choqués. J’imaginais cette conversation plus éprouvante pour lui que pour nous. J’avais tort, on dirait.

— Qu’est-ce que vous en pensez ? demande Samuel après ce qui semble une éternité.

— J’ai déjà dit ce que j’avais à dire, répond Lucie.

Cameron enchaîne :

— Moi, je le crois et, dans un sens, je comprends, même si ça me tue de l’avouer.

— Putain, je suis d’accord avec toi, surenchérit Samuel. Ça me brûle la gorge de l’avouer, mais je suis convaincu que j’aurais fait pareil à sa place.

Je suis incapable de savoir ce que j’en pense. J’ai la tête en vrac, les images tournant en boucle dans mon esprit. Pourquoi faut-il que la situation soit si compliquée ? Léna, qui a un avis plus neutre sur la question, donne son opinion à son tour :

— D’un point de vue extérieur, il n’a pas eu le choix. Trahir des personnes qui sont devenues ses amis, malgré tout, en mettant de côté son honneur ou laisser sa petite sœur subir on ne sait quoi. De ce que vous m’avez raconté, ce taré de Gabriel était capable de tout…

Ils acquiescent tous de concert. Samuel se tourne vers moi et m’interroge :

— Et toi ? Tu n’as rien dit.

— Je ne suis pas prête à lui pardonner. Je vais me coucher, je suis fatiguée, enchaîné-je sans leur donner le temps de rétorquer. Bonne nuit.

Je monte à l’étage sans attendre. La solitude devient un besoin vital, à ce moment précis. Je ne peux pas rester, avec eux, à débattre de leurs sentiments sur le comportement d’Aymeric. Mon cœur est déjà assez en miettes de sa trahison, je ne veux pas en plus avouer qu’il n’avait pas le choix. On l’a toujours.

Je m’allonge tout habillée dans mon lit, sans prendre la peine d’enfiler un pyjama. Il faut que je dorme. Je prie juste pour que mon sommeil ne soit pas troublé par un nouveau cauchemar.

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