Pardon (French Edition)
Chapitre 38
Aymeric
— Maintenant ? Mais, je suis en repos et c’est mon jour de garde pour ma petite sœur.
Je m’appuie contre le plan de travail, embêté par cette requête. Si j’avais été prévenu plus tôt, j’aurais pu m’arranger.
— Je sais bien ! Je ne t’appellerais pas si j’avais une autre solution. Tout le monde a chopé le même virus. Trois heures, c’est tout ce que je te demande. Je te lâche avant midi, c’est promis, m’affirme ma patronne d’une voix suppliante.
Je soupire. Ai-je vraiment le choix ? Je ne suis qu’en CDD et, si je veux espérer décrocher un contrat à durée indéterminée, je dois prouver que je suis présent pour le job. Si accepter de dépanner le temps d’une matinée augmente mes chances d’être embauché, je dois saisir l’opportunité. N’empêche, ça tombe mal.
Je finis par répondre :
— Je trouve un moyen pour ma sœur et j’arrive au plus vite.
— Merci, Aymeric, je te le revaudrai, sois-en sûr.
Je raccroche, frustré de devoir sacrifier quelques heures avec Sophie pour travailler. Quelle plaie ! Je récupère en vitesse ma tenue de boulot dans la salle de bain pour l’enfiler. Quand faut y aller… Au pied des escaliers, j’appelle Sophie, qui joue tranquillement dans sa chambre. J’attrape ses chaussures dans le meuble et les lui tends lorsqu’elle descend. D’un air désolé, je l’informe :
— Il va falloir que j’aille travailler. Ce ne sera pas long, c’est promis.
— Je vais où, moi ? m’interroge-t-elle en enfilant ses souliers sans protester.
Cette gamine est un ange. Elle pourrait très bien me piquer une crise et, malgré ça, elle se contente juste d’obéir. Tout en récupérant un sac dans lequel je range quelques-uns de ses jouets, je réponds :
— Je vais demander aux voisins si ça ne les dérange pas, d’accord ? Sinon, je t’emmènerai au travail avec moi.
Cette dernière solution ne me plaît pas. On a parfois des gars louches qui débarquent déjeuner. Certains puent encore l’alcool de leur soirée arrosée et viennent décuver devant une assiette de pancakes. Je refuse que Sophie soit dans les parages, si jamais c’est le cas aujourd’hui. Je l’ai déjà mise une fois en danger…
— Ça te va ?
— Oui, d’accord ! Toute façon, ils doivent être aussi gentils qu’Henri donc on va pouvoir jouer.
Je souris face à ce raccourci. Si la vie était si simple, ça se saurait. J’attrape sa petite main dans la mienne et nous quittons la maison. J’espère de tout cœur qu’ils accepteront de surveiller Sophie quelques heures. Devant la porte d’entrée, je laisse Sophie toquer à sa demande. Quelques secondes plus tard, le battant s’ouvre sur Camille. Surprise de me voir avec la fillette, elle me questionne :
— Qu’est-ce qu’il se passe ?
— Ma patronne a appelé, je dois remplacer un collègue de toute urgence et je n’ai personne pour s’occuper Sophie. Je sais que Samuel et Léna partent ce soir, mais je ne peux pas faire autrement. Tu veux bien t’en charger, s’il te plaît ?
— Moi ? Mais…
— Je reviens la chercher pour midi, je te le jure. Je suis vraiment dans la mouise, Camille.
Samuel apparaît derrière ma belle blonde. Il lui lance un regard interrogateur. Sans laisser le temps à Camille de lui expliquer la situation, je poursuis pour ne pas arriver trop en retard :
— J’ai besoin de ce travail pour reprendre sa garde, je ne peux pas les lâcher. Alors, je t’en supplie, tu peux la prendre avec toi ?
Elle semble hésiter un instant, échangeant en silence avec Samuel. Bon sang, je sais que je leur ai causé des emmerdes, mais je ne demande pas la mer à boire. Sophie est adorable en plus. Je porte le coup de grâce, priant pour que cela fonctionne :
— Tu me détestes, j’en suis conscient. Je ne te réclame pas de le faire pour moi, mais pour elle.
Je désigne Sophie d’un geste du menton. Cette dernière nous regarde avec de grands yeux curieux, ne comprenant pas un traître mot de ce que nous racontons. Tant mieux, elle n’a pas besoin d’apprendre que son grand frère a été un connard fini. Je reporte mon attention sur Camille qui me fixe, éberluée. Samuel pose une main sur son épaule et répond :
— On va s’occuper d’elle, pars bosser.
— Tu me sauves la vie, Samuel. Je vous le revaudrai, je le jure.
Je m’accroupis face à Sophie et passe ma paume sur sa tête. Elle serre son ours en peluche contre elle, concentrée.
— Sois sage et écoute ce que Camille et Samuel te diront, d’accord ? Je n’en ai pas longtemps.
— Promis !
Elle enroule ses petits bras autour de moi pour un câlin d’au revoir. Je caresse ses cheveux un instant avant de la relâcher. D’un geste qui semble si naturel, elle tend la main à Camille, qui ferme la sienne dessus.
Je me relève en leur jetant un dernier coup d’œil avant de me précipiter pour rejoindre ma voiture. Le contact allumé, j’envoie un message à ma patronne pour lui annoncer que j’arrive et n’attends pas sa réponse pour démarrer en trombe. Je mentirais si j’affirmais ne pas être stressé de cette garde d’enfant improvisée. J’espère que tout se passera bien pendant mon absence.
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