Pardon (French Edition)
Chapitre 41
Camille
A lors que tous les autres sont en haut en train de préparer leurs affaires, on toque. Je jette un œil à ma montre : midi pile. Je pense ne pas prendre trop de risques en affirmant qu’il s’agit d’Aymeric. La porte d’entrée atteinte, je l’ouvre. Cette fois-ci, la surprise de le trouver en moins, je ne peux m’empêcher de pouffer en voyant Aymeric dans des vêtements typés des années cinquante. Il lève les yeux au ciel avant d’écarter les bras face à moi. Il lance :
— Allez, vas-y ! Moque-toi !
Je ne me gêne pas. Sa tenue lui va si mal avec sa carrure de mec super baraqué que le contraste est à mourir de rire. J’ignore ce que j’aime le plus : le petit chapeau sur sa tête ou le tablier noué à ses hanches. À mon avis, les deux se valent !
— C’est bon, tu t’es assez marrée ?
— On va dire que oui ! Allez, entre.
Je le laisse passer devant moi. Il prend une seconde pour humer la pièce. Il fait ça également ? Je pensais être la seule à me gorger de l’odeur de cannelle toujours présente. Un petit sourire naît sur son visage. Il secoue la tête, puis rejoint le salon où Sophie colorie depuis un gros quart d’heure. Je n’ai jamais connu d’enfant aussi sage qu’elle ! Obéissante, joueuse et dotée d’une intelligence très développée pour son âge, Sophie est vraiment une perle. Aymeric se penche vers elle pour embrasser ses cheveux et lui demande d’une voix douce :
— Tu dessines quoi ?
— C’est Henri, au milieu des étoiles. C’est beau ?
— Magnifique, ma puce.
J’ai la gorge nouée d’émotion. Mon Dieu, cette petite fille vaut tout l’or du monde. Je comprends pourquoi Aymeric a tout fait pour protéger cette princesse. Il fallait quelqu’un pour faire obstacle à la laideur de ce monde.
— Je peux finir mon dessin avant de partir ?
Aymeric me lance un regard et j’acquiesce, ravie de garder ce rayon de soleil quelques minutes encore. Son frère commence à la questionner sur cette matinée et je suis heureuse de savoir qu’elle s’est amusée avec nous. Ses mimiques sont hilarantes lorsqu’elle raconte les exploits de Cameron et Samuel, qui sont toujours incapables de former des cookies dignes de ce nom.
— Tes copains ne savent pas cuisiner ! Toi, au moins, tes cookies sont ronds alors qu’eux, ça ressemblait aux galets qu’on a trouvés à la plage.
— Maintenant que tu le dis, rétorqué-je, c’est vrai qu’il y avait un air ! Tu crois qu’ils ont essayé de remplacer les deux pour nous avoir ?
— C’est possible !
Aymeric et moi rions de bon cœur. Je me revois à son âge, quand papi faisait de son mieux pour nous divertir. Mes premières préparations culinaires égalisaient celles des garçons. À ceci près que j’avais six ans et qu’ils en ont vingt-cinq. Après un bon quart d’heure, Sophie dépose sa craie grasse sur la table avant de se lever de sa chaise. Elle s’exclame :
— Fini !
Elle sautille jusqu’à moi pour me donner la feuille.
— Tiens, Camille, c’est pour toi !
— Merci, Sophie.
Je l’accepte, les larmes aux yeux. Il sera magnifique, affiché sur le tableau. Aymeric articule un « ça va ? » auquel je réponds par un simple hochement de tête. Il me renvoie la pareille avant de prendre Sophie dans ses bras. Il lui demande :
— Tu as faim ?
— Très !
— Alors, c’est parti, mademoiselle !
Aymeric se tourne vers moi. Je lui tends le sac de Sophie qu’il récupère et enfile sur son épaule. Pourquoi je le trouve si attirant ainsi ? C’est l’effet papa ! Même si ce n’est que sa sœur ! Mouais…
— En tout cas, merci beaucoup de l’avoir gardée, vous m’avez enlevé une épine du pied.
— Aucun souci, Sophie est une petite fille adorable. Tu l’as vraiment très bien éduquée.
Il pique un fard, chose assez rare pour le souligner. De sa main libre, il me fait signe que ce n’est rien et se contente de lâcher :
— Elle est assez intelligente pour comprendre en observant les autres. Je n’y suis pour rien.
Sa modestie me touche autant qu’elle m’agace. Il ne pourrait pas juste accepter le compliment ? Ce mec m’énerve à toujours affirmer l’inverse de ce qu’on peut énoncer.
— Dis, Camille, m’interpelle la petite brunette.
— Oui ?
— Je pourrais revenir faire de la « pâsserie » avec toi ?
— Pâ-ti-sse-rie, la reprend Aymeric. Et je ne suis pas sûr que Camille aura beaucoup de temps, ma chérie. Elle aussi a un travail.
Je secoue la tête devant sa mine attristée. Je m’empresse alors de lui assurer :
— Ce sera avec plaisir.
Un énorme sourire vient remplacer la déception sur son visage et mon cœur se gonfle face à ce bout de chou. Reconnaissant, Aymeric me souffle un remerciement que je chasse d’un revers de main. Je suis égoïste, j’accepte plus pour moi que la petite. Elle va égayer mes journées.
Aymeric avance de quelques pas pour quitter la maison, avant de s’arrêter en plein milieu du couloir. Il se tourne vers moi et, d’un air sérieux qui me donne des frissons, m’annonce :
— Je me doute que tu ne veux pas entendre parler de ça, mais n’oublie pas que si tu as besoin de quoi que ce soit, tu peux venir me trouver. Peu importe l’heure du jour ou de la nuit. Je ferai mon possible pour t’aider.
J’acquiesce sans trop savoir quoi répondre. Même si j’aime me déclarer libre et indépendante, avoir la certitude que si j’ai le moindre souci, je peux le contacter me réchauffe le cœur. Je ne devrais pas lui accorder ma confiance, il ne la mérite pas. Pourtant, quand je vois l’homme qu’il est avec sa sœur, je ne peux que me dire qu’il est quelqu’un de bien. Qui a fait des choses qu’il regrette, certes. Tandis qu’il franchit le seuil de la porte, je l’arrête à nouveau :
— Au fait, je ne te déteste pas. Enfin, je ne crois pas.
J’ignore pourquoi j’ai balancé ça d’un coup. Pour freiner la culpabilité qui me rongeait ? Pour me prouver quelque chose à moi-même ? Il m’adresse un sourire triste qui me fend le cœur et répond :
— Tu devrais.
— Je sais.
Il hoche la tête avant de partir pour de bon, cette fois-ci. Je l’observe regagner son domicile, la poitrine étrangement serrée.
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