Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 7 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 7

 

Camille

 

J ’ouvre la porte d’entrée sur Lucie, qui me claque une bise sur la joue avant de pénétrer dans mon appartement. Elle dépose sa veste sur le porte-manteau. Elle hume l’air, puis se tourne vers moi en demandant :

— Tu nous prépares quoi de bon ?

— C’est l’odeur de mon repas de ce midi. Je t’attendais pour qu’on se décide.

— Tu commandes encore ? me réprimande Lucie.

Je m’assieds dans mon canapé tout en la regardant du coin de l’œil. Ma meilleure amie a fait un saut pour que l’on passe une soirée ensemble et, si je ne crache jamais sur une telle occasion, j’en viens presque à le regretter. Cette traîtresse a l’habitude de me taquiner sur ma propension à acheter de la nourriture déjà préparée. Aujourd’hui ne fait pas exception. Je n’aime pas cuisiner, chacun son truc. En plus, ça me permet de faire d’autres choses. Le temps, que je ne passe pas aux fourneaux, est investi autrement.

— Tu n’as toujours pas de nouvelles pour tes formations ?

— J’ai pas regardé mon téléphone de la journée. J’en ai marre d’ouvrir ma boîte mail toutes les demi-heures pour vérifier.

Lucie lève les yeux au ciel et me pique son portable pour vérifier à ma place. Je ne cherche même pas à protester, je suis trop fatigué pour ça. Je n’interviens donc pas, persuadée qu’il n’y aura rien. Pour être honnête, l’espoir m’a quitté, depuis un moment déjà. À mon avis, je suis vouée à des petits boulots sous-payés… Lucie, qui n’a pas abandonné, parcourt du regard l’écran avec une moue. Et voilà, qu’est-ce que je disais ?

— Laisse-moi deviner ! J’ai été refusée, encore ?

Lucie tourne le smartphone vers moi. Je lis en diagonale le mail, convaincue qu’il ne me reste plus qu’à boire pour oublier. Les mots « plaisir », « admise » et « félicitations » me sautent aux yeux. Oh, putain, je suis prise en formation d’aide-soignante. J’y crois pas, je suis enfin acceptée quelque part ! J’arrache l’appareil de ses mains pour prendre connaissance de toutes les modalités.

— Il me semble que c’est près de chez ton grand-père, non ?

— Juste à côté de chez lui !

Je suis folle de joie. Moi qui voulais absolument pouvoir m’occuper de lui, alors qu’il se fait vieux. Tu vois, l’éternelle pessimiste ? Je n’aurais pas pu rêver mieux.

— Tu vois, embraye-t-elle, j’avais senti qu’il y aurait quelque chose à fêter ce soir parce que j’ai rapporté ça !

Elle plonge la main dans son gros sac et en extrait une bouteille de champagne. Cette fille a un sixième sens hors du commun. Elle me ferait presque flipper, cette sorcière. Je décide de l’embêter :

— Et tu aurais fait comment si ça avait été un échec cuisant ?

— J’aurais expliqué la même chose sauf qu’au lieu de festoyer, nous aurions noyé notre chagrin dans l’alcool.

Elle m’adresse un clin d’œil, mutine. Je retire ce que j’ai dit, c’est juste une belle arnaqueuse en fait. J’ignore comment elle s’y prend pour tromper son monde ainsi, mais elle est très forte.

— Bon, alors ? Je te sers ?

Pour toute réponse, je me lève pour récupérer les coupes dans l’armoire. Nous trinquons et descendons la première d’une traite. Il faut que la seconde se vide moins vite ou nous ne serons bientôt plus capables d’autre chose que de comater sur le canapé. Ce serait dommage de ne pas profiter de cette si belle soirée en perspective.

Lucie annonce :

— Pour fêter ça, je t’emmène au resto. Il paraît que ce nouveau bar sert des tapas à se frapper les fesses par terre. Tu l’as bien mérité.

— Ce n’est pas la peine…

— Mais si, j’insiste !

— Lucie !

— Camille, répond-elle sur le même ton.

Je lève les yeux au ciel. C’est fou, ce qu’elle est chiante, quand elle réagit comme ça. Une vraie gamine. Vous n’êtes pas meilleures amies pour rien ! La vérité est que je suis gênée qu’elle m’invite. Je sais qu’elle ne roule pas sur l’or et, à ma place, elle aurait également protesté. Je vois bien que ça lui fait plaisir de me faire plaisir pourtant, je n’ai pas besoin de cela. Elle termine en lançant :

— C’est non négociable.

Pour ne pas être la seule à profiter de son idée, je propose :

— Tu n’as qu’à inviter Cameron. Ce sera plus sympa.

— Sûre ? C’était censé être un moment entre filles.

— Certaine !

Elle acquiesce et se lève pour l’appeler. Ça m’embête un peu de tenir la chandelle, néanmoins, je sais que ça lui plaît de partager ce moment avec lui. Et puis, ce n’est pas comme s’ils nous crachaient leur amour à la figure. Ils restent plutôt discrets en public.

Pour coller à l’occasion, je décide de troquer mon vieux jogging enfilé pour traîner à l’appart’ pour une jolie robe noire près du corps. Je relève mes cheveux en une queue haute qui dévoile ma nuque. Un rouge carmin sur les lèvres et une touche de mascara et me voilà prête. Il y a tout de même quelque chose à fêter.

Je me regarde en vitesse dans le miroir lorsque je passe près de celui-ci. Ce que j’y vois me satisfait plus ou moins. Depuis Aymeric, j’ai plus que besoin de confirmer que je peux plaire et faire tourner la tête. Cet homme m’a détruite et a emporté avec lui toute ma confiance en moi.

— T’es prête ?

Je soupire, puis rejoins Lucie, qui m’attend devant la porte d’entrée. Nous partons bras dessus, bras dessous en direction d’un bar branché de la ville.

— Cam vient de terminer le boulot. Il passe chez nous, se doucher, avant de débarquer. Il nous a conseillé d’y aller directement et de commencer les hostilités avec des mojitos.

C’est un homme plein de sagesse. Il a toujours de bonnes idées ! Il travaille maintenant dans un garage, réparant de vieilles caisses pour les rénover en entier. Ce n’est pas le métier le plus propre de la terre, pourtant ça semble lui plaire. Tant mieux pour lui s’il a trouvé sa voix. La vie continue son cours pour tout le monde et je suis si heureuse de pouvoir écrire une nouvelle page à mon tour. Peut-être pourrais-je en tourner d’autres bientôt, même si celles auxquelles je pense sont encore trop douloureuses. Ces deux enfoirés ont laissé des marques indélébiles dans mon esprit et ce n’est pas de sitôt que j’accorderai de nouveau ma confiance à un homme. Un coup d’un soir, ça passe. Le reste, ça dégage. Si j’ai appris une chose avec Aymeric, c’est que le prince charmant n’existe pas et qu’il y a bien plus de salauds sur terre que de mecs corrects. Ou bien, c’est mon karma qui pue. Les deux ? Certainement.

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