Pardon (French Edition)
Chapitre 31
Aymeric
Deux ans plus tôt…
— Tu vas continuer à me réserver des surprises ou c’est une habitude qui va s’étioler ? Parce que je préfère le savoir tout de suite !
— Si tu es sage, ça pourrait bien se poursuivre.
— Je suis toujours sage !
Elle rit, ne croyant pas elle-même à son affirmation. Camille est un joli petit démon qui adore me faire sortir de mes gonds. Les mains sur ses épaules, je l’immobilise avant de la lâcher. Ses yeux bandés, elle ignore où elle se trouve ni ce qui l’attend. N’est-ce pas le but d’une surprise ? Si. Je la fais poireauter, quelques instants, sans un mot.
— Aymeric, t’es toujours là ?
Je tente de retenir le petit rire qui me prend. Comme si j’allais la laisser toute seule ainsi. C’est mal me connaître !
— Aymeric !
Elle s’agite, se balançant d’un pied à l’autre. Elle me percute en effectuant un pas en arrière. Un soupir de soulagement lui échappe et elle envoie sa main vers moi dans le but de me frapper. Elle atteint mon torse.
— Tu m’as fait peur, espèce d’enfoiré !
— Ça ne t’est pas venu à l’esprit de retirer le tissu ?
— Bah non ! Tu m’as demandé de ne pas le faire !
— Si je te disais de te jeter du haut d’un pont, rétorqué-je du tac au tac.
— C’est bon, tu m’énerves !
Elle défait le nœud, mi-agacée, mi-amusée par mon répondant. Ses yeux me jettent des éclairs avant de se tourner vers sa surprise. La colère déserte ses traits à la vue du pique-nique aux chandelles que j’ai pris soin de préparer. Le parc ne fermant pas au public la nuit, j’ai choisi l’endroit qui me semblait le plus joli. Ici, les lumières de la ville nous parviennent assez pour nous permettre de voir ce que l’on fait sans gâcher la magie des lieux.
— C’est trop mignon, lâche-t-elle avec un sourire.
— Je suis pardonné ?
— Bien sûr !
Nous nous asseyons pour déguster la salade composée par mes propres mains. Si les premières minutes sont paisibles, animées de conversations futiles sur la fac, la météo changeante, etc. Très vite, la mine de Camille se fait plus sérieuse. Je passe mon pouce sur la ride qui se forme entre ses deux sourcils froncés puis l’interroge :
— Qu’est-ce qui te tracasse ?
— Je peux te poser une question ?
Jusqu’ici à moitié allongé sur le sol, je me redresse.
— Je t’écoute.
Elle se mord la lèvre, hésitante. Je sens que je ne vais pas aimer la suite de la conversation. Après quelques secondes de silence, elle se lance :
— Tu ne me parles jamais de ta famille. Pourquoi ?
Voilà, nous y sommes. Je me doutais bien que le sujet allait finir par être mis sur le tapis. Ça fait maintenant deux mois que nous sommes en « couple », bien que nous n’ayons pas officialisé les choses encore. Il fallait bien qu’elle commence à se poser des questions.
Je soupire et tourne mon regard vers le lac. Je ne pense pas pouvoir assumer le changement dans ses yeux lorsqu’elle apprendra le bazar qu’est ma famille.
— Mon père est en prison.
Je me stoppe là, incapable d’aller plus loin. Lui expliquer qu’il a tué un homme en se battant avec lui dans un bar risquerait de l’effrayer plus qu’autre chose. Ce détail est réservé pour plus tard si notre relation continue d’évoluer ainsi.
— Je vois…
Je lui jette un bref coup d’œil. Trop rapide pour savoir ce qu’elle pense vraiment, pas assez pour ne pas déceler le choc sur son visage. Je décide d’enchaîner. Comme un pansement, il faut l’enlever d’un coup.
— Ma mère a commencé à boire pour oublier et se trouve en cure de désintox à l’heure actuelle.
Là, où j’ai failli me retrouver, si Sophie ne m’avait pas aidée à remonter la pente. Je me garde bien de lui faire part de cette information. Je ne suis pas fier de mes années de camé, encore moins lorsqu’on voit où cela me mène aujourd’hui.
Camille pose sa main sur la mienne en guise de réconfort. Je lui envoie un sourire triste. Je n’avais pas envie de lui évoquer de la pitié, néanmoins, son soutien me réchauffe le cœur. D’une voix douce, elle murmure :
— Ça doit être dur pour toi… Et avec ta sœur, ça se passe comment ?
— Elle est encore trop jeune pour comprendre, heureusement. Je fais mon maximum pour l’épargner, mais c’est compliqué de ne pas répondre à ses questions. Elle se demande pourquoi elle est chez nos grands-parents, et pas avec ses parents. Si tout se déroule comme prévu, je récupérerai sa garde. Attends-toi à avoir une mignonne petite fille dans nos jambes très souvent.
— Aucun problème, tu sais que j’adore les enfants. En tout cas, c’est très courageux de ta part de vouloir t’occuper d’elle.
Je hausse les épaules.
— C’est normal, c’est ma sœur.
— Non, ça ne l’est pas pour tout le monde. Beaucoup auraient laissé tes grands-parents se charger d’elle, eux-mêmes.
Je lui envoie un sourire reconnaissant avant d’enrouler mon bras autour de sa taille pour l’enlacer. Elle s’appuie sur moi sans rechigner.
— Merci de m’en avoir parlé en tout cas.
Je ne réponds pas, me contentant de la serrer un peu plus contre moi. Je garde le secret sur mes conneries passées. Ça gâcherait tout. J’aimerais ne pas voir s’éteindre cette lueur qui anime son regard lorsqu’elle le pose sur moi. Préférant changer la conversation avant que d’autres questions ne lui viennent en tête, je demande :
— Et toi, parle-moi de tes parents. Tu n’abordes pas beaucoup le sujet non plus.
— Parce qu’il n’y a pas grand-chose à dire, en fait. Ils sont tous les deux très pris par le boulot. Ils l’ont toujours été. Samuel et moi, on a fini par s’y habituer. On a de la chance d’avoir des grands-parents comme les nôtres. Ils nous ont presque élevés, compensant notre manque d’attention. Quand mamie est décédée, ça a été très dur pour papi, Samu et moi. Mes parents ont été égaux à eux-mêmes : malgré leur chagrin, ils se sont remis au taf dès que les formalités ont été effectuées. Attention, je ne jette pas la pierre à nos parents. C’est juste qu’ils sont tellement dans l’idée de travailler pour avoir de l’argent de côté pour assurer notre avenir à Samu et moi, qu’ils oublient le principal.
— Ils ne savent pas ce qu’ils perdent en vous accordant si peu de temps, lui affirmé-je. Ils ont deux merveilleux enfants.
— Merci…
Elle se redresse pour plaquer sa bouche contre la mienne. Je butine ses lèvres quelques instants, profitant du goût de noix de coco qu’elles ont. Son front se pose contre le mien. Voulant à tout prix retarder le moment de notre séparation, je l’informe :
— Si jamais tu le souhaites, j’ai réservé une chambre d’hôtel pour nous deux pour qu’on soit un peu tranquilles. Rien d’obligatoire, tu n’es pas forcée d’accepter. Je te jure de ne pas mal le prendre.
— Comme si j’allais refuser de passer la nuit avec toi. On finira la salade demain, si ça te dit. J’ai bien envie de rentrer me mettre dans un lit.
Je lui souris et ramasse en vitesse les restes de notre pique-nique. Le tout rangé dans un panier, je me lève, la main tendue pour l’aider à en faire de même. Je l’entraîne ainsi à ma suite jusqu’au petit hôtel. À cet instant, je me fais la promesse que si toute cette merde avec Gabriel se finit bien, je parlerai à Samuel de notre relation.
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