Pardon (French Edition)
Chapitre 11
Camille
A près une matinée très productive, nous nous installons tous à table autour d’un bon repas. Mon grand-père, surnommé le roi du barbecue dans notre famille, dépose un plat de viande en tout genre sur lequel les mecs se jettent, affamés. Lucie et moi levons les yeux au ciel avec un sourire amusé. On a l’habitude de nos hommes de Cro-Magnon après tout. Bastien mord à pleine dent dans une brochette de volaille avant de s’exclamer :
— C’est délicieux, monsieur !
— Je te remercie, mon garçon. Cela doit être sincère si on en croit…
Nous dévisageons Bastien, avant d’exploser de rire. Il nous fixe, incrédule. Son frère vient à sa rescousse en lui pointant le coin de sa bouche, couverte de sauce. Il récupère une serviette pour s’essuyer et hausse les épaules.
— Je ne vois pas ce qui vous fait marrer.
Le repas commence ainsi dans la bonne humeur, chacun balançant les dernières nouvelles. Cameron et Lucie partagent leurs souvenirs de leur lune de miel, Bastien fait le pitre, papi donne des conseils sur la cuisson de la viande. Quant à moi, je reste assez discrète en observant ce petit monde. Samuel et Léna sont absents. J’ai un pincement au cœur lorsque je pense à la distance qui nous sépare. Mon frangin me manque. Malgré nos éternelles disputes, nous avons toujours été collés l’un à l’autre.
— En tout cas, ma chérie, commence mon grand-père en me coupant dans mes réflexions mélancoliques. Tu vas revoir pas mal de tes amis du lycée ici, la plupart n’ont jamais quitté la ville. Donc tu ne seras jamais seule.
Je souris. C’est plutôt cocasse, de s’imaginer que mon papi s’inquiète pour ma vie sociale, alors que je n’y avais pas pensé moi-même. Il faut dire que, depuis ce qu’il s’est passé, je n’ai plus la tête à sortir. Mon traumatisme n’équivaut peut-être pas celui de Lucie, mais je comprends désormais ce qu’elle a traversé. J’ai changé et j’ai conscience que, jamais, je ne redeviendrai la même. Il enchaîne :
— De plus, je compte bien te présenter mon voisin. Tu sais ? Le jeune homme qui m’aide pour mon jardin.
— Tu m’en as parlé, oui.
— J’ai hâte ! Je n’ai pas arrêté de chanter tes louanges. Aymeric est un garçon très gentil et tu verras, il est également très beau, si je puis me permettre.
Alors que mon grand-père rigole à sa dernière phrase, je reste, un instant, statufiée. Bon sang… Pourquoi a-t-il fallu que ce voisin ait le même prénom que lui ? Impossible, maintenant, que je sois amicale et ouverte dès le premier jour. Il part avec un gros désavantage, ce mec, s’il veut me draguer. Lucie pose sa main sur la mienne avec un regard inquiet et je hoche la tête pour la rassurer. Après tout, ce n’est qu’un prénom. Ce n’est pas comme s’il était mon voisin.
— Il rentre tard, le soir, désormais. Il a trouvé un travail dans un restaurant de la ville. Tu devrais y aller, c’est très bon.
J’acquiesce aux paroles de mon grand-père sans l’écouter plus que cela. Il continue de déblatérer sur les adresses à visiter dans le coin. Après tout, ce n’est pas comme si je n’avais pas vécu la majeure partie de ma vie, ici. Mon téléphone vibre dans ma poche et je le ressors discrètement. Un sourire barre mon visage au message de mon Gentle-man.
[Allez, je vais faire le premier pas. Ça te dirait qu’on discute pour de
vrai ? Genre, en face à face ?]
Taquine, je tape :
[Je ne sais pas trop. Je gagne quoi en échange ?]
[Le plaisir de ma compagnie ?]
[Mais encore ?]
[L’assouvissement de ta curiosité me concernant ?]
[Pas mal comme argument.]
[C’est un oui ?]
[Tu m’emmènerais où ?]
Je relève la tête pour tenter de reprendre le fil de la conversation, mais Bastien et grand-père se sont lancés dans un débat sur le dernier téléphone dernier cri. Je ne saurais jamais suivre une telle discussion, trop nulle en informatique.
[Je vais faire honneur à mon pseudo et me déplacer jusqu’à toi. Donne-
moi une ville proche d’où tu es.]
[Pourquoi pas celle dans laquelle je suis actuellement ?]
[Tu n’as pas peur que je te traque si j’apprends ton adresse ?]
[Touché.]
[Coulé.]
Je ris et réfléchis un instant à la grande ville la plus proche. Si je donne une bourgade, ça risque d’être facile à trouver. J’envoie mon message alors que mon grand-père m’interpelle :
— Peut-on savoir ce qui te rend si joyeuse, ma chérie ?
— Juste un ami avec qui je discute.
Lucie me lance un regard curieux. Malicieuse, elle demande :
— Et, on le connaît cet « ami » ?
— Alors, ça m’étonnerait beaucoup.
Je lui montre mon téléphone. Son sourire s’éteint un poil, alors qu’elle affiche une expression me sommant de faire attention à moi. Je la rassure en lui pointant les derniers messages et elle semble se détendre.
Les garçons observent notre échange sans comprendre, puis papi annonce l’heure du dessert pour conclure cette pause bien méritée. Nous avons encore pas mal de boulot si je veux être installée correctement. Avant de reprendre, je zieute mon portable.
[J’ai remarqué un grand parc national pas loin. Ça te dit quelque
chose ?]
[Oui, je vois. C’est magnifique.]
[Demain, 17 h ?]
[OK, à demain ?]
[J’ai hâte.]
Moi aussi, il ne sait pas à quel point. Le premier homme à réussir à détourner mon attention d’Aymeric. Ça ne peut que bien se passer.
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