Pardon (French Edition)
Chapitre 40
Aymeric
Deux ans plus tôt…
J e ne peux m’empêcher de tourner en boucle la conversation que j’ai eue avec Camille. J’ai flippé quand elle m’a dit qu’elle souhaitait qu’on parle. Au pire, elle savait que j’étais impliqué dans les combines de Gabriel, au mieux, elle me quittait. En un sens, j’aurais préféré. Je suis bien trop faible pour prendre cette décision quand bien même ça ne lui serait que bénéfique.
Je shoote dans une cannette au sol qui valse dans le caniveau. Plus le temps passe, plus je m’enfonce dans les problèmes. J’en viens à me dire que la seule chose qui pourrait régler la situation serait de nous tuer, Gabriel et moi. Mon téléphone vibre dans ma poche. En parlant du loup.
— Amène-toi, comme d’habitude.
La ligne se coupe. Je suis persuadé qu’il cause mieux à un chien qu’à moi. Tu le mérites peut-être ? Non, c’est clair. Je presse le pas pour rejoindre ma voiture, stationnée un peu plus loin. Je conduis quelques minutes puis me stoppe pour laisser Gabriel monter. Habillé tout en noir, on dirait qu’il s’apprête à cambrioler une banque. Avant que je ne puisse ouvrir la bouche, il annonce :
— Émilie est toute seule. C’est le moment.
Oh merde ! Cameron n’a pas pu accompagner Lucie à la fac aujourd’hui. Gabriel allait à coup sûr sauter sur l’occasion pour s’en prendre à elle. Redoutant la réponse, je le questionne tout de même :
— On fait quoi ?
— On se poste près de chez elle, sur son trajet habituel. Tu te mets en double file et on l’attend sagement. Quand elle est là, je la récupère et on se casse avec elle à l’arrière. Tes vitres sont teintées, c’est nickel et je l’assommerai si elle gigote trop.
Je crois que je vais gerber. Comment peut-on avoir une telle idée en tête ? Et la débiter comme si c’était la chose la plus normale au monde. Voyant que je ne réponds pas, Gabriel insiste :
— Tu as compris le plan ?
Je me contente d’acquiescer, incapable de prononcer le moindre mot. La bile dans ma gorge menace de sortir. Cela fait déjà des semaines que je n’ose plus me regarder dans le miroir, mais cet après-midi va marquer un tournant définitif. Je ne peux pas croire que je vais aider Gabriel à enlever Lucie. Putain, la galère ! Si la sécurité de Sophie n’était pas en jeu, je préférerais crever que d’accomplir une telle horreur. Bon sang, pourquoi je n’arrive pas à trouver le courage de le dénoncer aux flics ? Ce serait bien plus simple. Même si je ne doute pas que Gabriel me cache de nombreuses informations au cas où j’aurais les couilles de le faire, j’ai de quoi le faire tomber. Néanmoins, je ne peux pas prendre de tels risques. Si on apprend que je suis la balance…
— La voilà, cette garce, s’exclame Gabriel.
Dans le rétroviseur, je vois Lucie s’approcher, téléphone à la main. Sans même l’entendre d’où je suis, je peux deviner que sa voix tremble sous l’effet du stress. Elle ne cesse de jeter des coups d’œil à la ronde. Gabriel doit s’en rendre compte aussi, car le sourire sadique qui barre son visage ne trompe personne. Il prend son pied, cet enfoiré !
Alors que Lucie passe à côté de nous, Gabriel sort de la voiture pour la suivre sur quelques mètres. Je reste assis derrière le volant, impuissant. Comme si je n’étais pas maître de mon corps, j’assiste à la scène sans bouger le petit doigt.
Sa main s’abat sur le poignet de mon amie qui se retrouve plaquée contre son torse. Cette image me répugne. Son cri me prend aux tripes alors qu’elle se débat pour lui échapper. Elle n’a aucune chance, il est bien trop fort pour elle. D’une voix trahissant son excitation, il annonce :
— Je t’avais dit que je te rattraperais toujours. Ton cauchemar n’est pas fini, Émilie, et le sien, non plus…
Il la traîne jusqu’à la voiture alors qu’elle s’échine à hurler. Moi qui priais pour que quelqu’un intervienne et l’aide, je suis vite déçu. Putain, il n’y a vraiment personne qui va bouger son cul quand une femme se fait enlever ? Dans quel monde vit-on ?
Une idée germe dans mon esprit tandis que Gabriel s’approche de moi. En deux mouvements de rien du tout, je pourrais démarrer la voiture et me casser sans lui. Peut-être qu’il serait rattrapé ainsi et que le calvaire serait terminé. Avant que je n’aie le temps de mettre mon plan à exécution, un cri s’élève au bout de la rue.
— Lily !
Dieu merci, Cameron est là à temps ! Je le vois se précipiter vers Gabriel, qui soupire, dépité que son petit jeu cesse ici.
— On dirait que ton prince charmant est arrivé !
Il agrippe Lucie par les cheveux et lui claque la tête contre le véhicule le plus proche d’eux. Je reste choqué face à la violence de son geste. Gabriel accourt vers la voiture et s’écrie :
— Démarre !
Je m’exécute, en mode pilote automatique. Mes mains tremblent sur le volant alors que l’image de Lucie qui s’écroule au sol me brûle les rétines. Elle avait l’air…
— Merde, tu l’as tuée !
— J’espère pas ! Ce serait pas drôle sinon…
— Tu…
— Ta gueule et conduis !
Je me tais. Ce type est un psychopathe, ce n’est pas possible autrement. Comment peut-il réagir ainsi ?
— Dépose-moi plus loin, je me démerderai pour la suite.
Je ne me fais pas prier et m’arrête sur le côté pour le laisser descendre. Je ne prends pas la peine de le saluer et pars en trombe pour mettre le plus de distance entre ce malade et moi. Si l’idée de le suivre pour découvrir sa planque me fait envie, je n’en suis pas capable à l’heure actuelle. Je suis trop choqué.
Quand je suis enfin devant mon immeuble, je quitte l’habitacle. Il est urgent que je me douche. Ça ne me lavera pas des atrocités que je commets, mais je peux toujours essayer. Alors que je pousse la porte, je suis bousculé par Camille. Je la rattrape et lui demande :
— Qu’est-ce qui se passe, Camille ?
— C’est Lucie, elle… Elle…
Son émoi réussit à cacher le mien. Elle est déjà au courant ? Je pose mes mains sur ses épaules et l’enjoins à respirer avec plus de calme. Elle prend quelques inspirations tremblotantes avant de continuer :
— Gabriel a agressé Lucie. Cameron vient d’appeler, elle est transférée à l’hôpital le plus proche.
Je l’enlace pour tenter de l’apaiser. Je lui murmure que tout va bien se passer, que les médecins vont prendre soin d’elle. Quel soulagement d’apprendre que Lucie n’est pas morte. On aurait pourtant dit une poupée de chiffon…
— Merci, Aymeric… Tu es le meilleur. Je sais pas ce que je ferais si t’étais pas là.
Je resserre les bras autour d’elle, dégoûté. Je suis le pire des enfoirés.
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