Pardon (French Edition)
Chapitre 13
Camille
I l faut que je sois parfaite pour ce rendez-vous. Mon Gentle-man me plaît énormément et je veux être à la hauteur de ses espérances. Je prie qu’il le soit aussi. Je n’oublie pas que je n’ai toujours pas vu une seule photo de lui, ce qui reste assez louche. Pourvu qu’il ne soit pas un détraqué…
Je m’asperge de parfum, tout en faisant attention à ne pas sentir à dix kilomètres à la ronde. S’il ne peut même pas m’approcher à cause de l’odeur… J’enfile ma robe légère, verte à petites fleurs. Cette dernière marque ma taille fine toute en laissant mes hanches voluptueuses libres. Ma tenue fétiche ! Mes compensées ouvertes aux pieds, je rejoins le miroir pour m’admirer. Je suis plutôt satisfaite du résultat. Pour la première fois, depuis des mois, je me trouve jolie. Cet homme arrivera-t-il à balayer le souvenir d’Aymeric de mon esprit ?
— Allez, maquillage !
Vu la chaleur extérieure, je préfère miser soft pour éviter qu’il ne coule. Le look panda, non merci. Je me contente ainsi d’un gloss rosé repulpant – je hais mes petites lèvres – du plus bel effet. Un coup de mascara et je suis fin prête. Je suis dans la meilleure version de moi-même, sans faux-semblant. Hors de question de me déguiser pour plaire à quiconque. Je suis comme je suis. À prendre ou à laisser.
Je descends les escaliers pour récupérer mon sac à main dans le salon. Mon grand-père m’observe de haut en bas avec un grand sourire. Je tourne sur moi-même alors qu’il siffle d’admiration.
— Tu es parfaite, ma chérie. Ce jeune homme a beaucoup de chance, crois-moi !
— Merci, papi. J’y vais, bisous.
Je lui dépose un baiser sur la joue avant de filer jusqu’à sa voiture, qu’il me prête volontiers. Ses mots étaient le coup de pouce nécessaire pour me booster. Je vais n’en faire qu’une bouchée de ce gentleman. Je quitte la maison. Un regard chez le voisin me confirme qu’une nouvelle fois, il n’est pas présent. Si grand-père tient tant que cela à me présenter, il faudrait peut-être qu’il soit chez lui, à l’occasion. Peut-être qu’il le fait exprès. Si papi est aussi insistant avec lui qu’avec moi, le pauvre a dû prendre peur. Possible… Il ne sait pas ce qu’il perd ! Bref, peu importe. Je hausse les épaules avant de rentrer dans l’habitacle. Je sors mon téléphone de ma poche pour démarrer le GPS. Le parc est connu, il n’empêche que je serais incapable d’y aller sans aide. Le Bluetooth connecté, je lance ma playlist spéciale bonne humeur et me voilà partie.
— « Wake me up ! Before you go, go… »1
J’entonne la chanson à voix haute, histoire de me changer les idées. Je préférerais ne pas arriver stressée au possible. Plus les minutes s’égrènent, plus je suis fébrile. J’ignore si le positif de l’excitation l’emporte sur la crainte d’être déçue. S’il n’est pas qui j’imagine, je crois bien que je vais faire une croix définitive sur les mecs. Ah oui ? Tout à fait ! Tu n’y parviendras pas ! C’est ce qu’on verra. Je monte à nouveau le son de la radio. La chanson True Love, de P!nk, résonne et je m’empresse de la changer. Trop de mauvais souvenirs.
Une demi-heure plus tard, je suis arrivée à destination. J’actionne mon clignotant et me gare sur la dernière place à l’ombre. Malgré la fin d’après-midi, le soleil est encore présent et j’aimerais éviter de rentrer dans un four, lorsque je reprendrai la voiture. Je vérifie ma coiffure dans le rétroviseur avant de descendre.
— À nous deux, monsieur le gentleman.
Mes talons claquent contre le macadam alors que je rejoins la petite table de pique-nique. Je m’y assieds le temps de patienter. Le rendez-vous n’est prévu que dans dix minutes, cependant, je préfère être en avance. Le truc de se faire désirer, très peu pour moi. Je trouve juste ça irrespectueux.
Une voiture entre sur le parking et mon cœur cesse de battre. C’est lui ? Je me lève pour voir le conducteur qui en sort. Mauvaise pioche, c’est une femme avec un jeune enfant à l’arrière. Je retombe sur le banc de dépit. Il ne va pas me poser un lapin, si ? Un coup d’œil à ma montre m’indique que, dans une minute, il sera « en retard ». Cela commence mal pour lui. Je déteste attendre… Je m’apprête à faire les cent pas quand une voix, qui semble appartenir à un fantôme, me surprend :
— Bonjour, Camille.
Je clos les paupières, peinant à y croire. Non, pas possible. Dites-moi que je suis en plein cauchemar. Je me tourne, angoissée. Aymeric. Si son timbre n’était pas gravé en moi, j’ignore si je l’aurais reconnu au premier coup d’œil. Toujours aussi grand, il est désormais bâti comme une armoire à glace. Ses traits sont plus marqués, une barbe vient assombrir ses joues. Putain, ce qu’il est sexy ! Putain, mais que fait-il ici ? C’est une blague, c’est ça ?
— Ne m’approche pas ou je hurle.
— Je ne vais rien te faire.
— Ouais, ça reste à prouver ça.
Je fais un pas en arrière pour me trouver loin de lui. Il me traque ou quoi ? Ce cinglé est censé avoir une injonction d’éloignement.
— Je veux juste te parler…
— Je n’ai rien à te dire. D’ailleurs, tu devrais te barrer avant que mon rencard n’arrive. Hors de question que tu t’immisces, de nouveau, dans ma vie.
Je secoue la tête, me raccrochant à mon sac comme à une bouée de sauvetage. Je jure que s’il dépasse la distance de sécurité que je lui impose, je hurle. Et je lui balance ce que j’ai sous la main. Il lâche un petit rire triste avant de m’annoncer :
— Il ne viendra pas.
— Comment tu sais ça ? demandé-je, perplexe.
— Tu attends Gentle-man, n’est-ce pas ?
La lumière se fait alors dans mon esprit. Il n’a quand même pas osé… Furieuse, je cours sur lui, l’index dressé en guise de menace.
— Ne me dis pas que tu as créé un faux compte sur ce site pour pouvoir m’atteindre.
— Ce n’est pas exactement ce qu’il s’est passé…
— Tu te fous de ma gueule ? Ça fait des mois que je crois parler avec un homme génial, avec lequel je pourrais construire une relation, alors que c’était toi ? T’es un malade, c’est pas possible ! Quand est-ce que tu vas me lâcher ?
Son regard pivote autour de nous et, d’un geste de la main qui se veut apaisant, il me demande de m’apaiser.
— Tu devrais baisser d’un ton, dit-il d’une voix douce.
Ne lui a-t-on jamais appris qu’il faut être suicidaire pour quémander à une femme en colère de se calmer ? Il vient de signer son arrêt de mort, c’est clair. Sans lui laisser le temps de comprendre ce qui lui arrive, je lui balance une gifle en pleine figure. La claque résonne entre les arbres, faisant s’envoler plusieurs oiseaux. Il ne réagit pas, stoïque, alors que je lui crache au visage :
— Tu devrais avoir honte de toi ! Tu m’as mise en miettes et, au moment où j’essaye de me reconstruire, tu reviens, la bouche en cœur ? Aymeric, tu as brisé ma vie et celle de ma meilleure amie. Il ne se passe pas une seule nuit sans que je voie ta sale face venir me trahir encore et encore. Tu es une ordure !
— Camille…
— Ferme-la ! Tu n’avais aucun droit de faire ça ! Alors, ne t’avise plus jamais de m’approcher ou je te jure que je porte plainte pour non-respect de l’injonction d’éloignement. Je peux t’assurer que tu n’aimeras pas ça.
— Laisse-moi juste…
Je le coupe d’un geste de la main, furieuse.
— Je ne veux plus jamais avoir affaire à toi. Tu es un monstre sans cœur, Aymeric. Tu m’as démolie une fois, je ne te donnerai pas l’occasion de recommencer.
Sur ces mots, je tourne les talons pour rejoindre ma voiture. Les larmes menacent de passer le barrage de mes yeux, mais je ne lui donnerai pas cette satisfaction de me voir pleurer. Cet homme ne mérite pas ma tristesse. Qu’il aille brûler en enfer.
1 Wake Me Up Before You Go-Go – Wham!
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