Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 8 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 8

Camille

Deux ans plus tôt…

— Non, mais quel enfoiré, sérieux !

Je peste, les bras resserrés autour de mon corps. Je savais bien qu’en débarquant chez Samuel, il y avait de grandes chances que je tombe sur Aymeric, bien que j’aurais préféré que ce ne soit pas le cas. L’espoir qu’il dorme encore, à mon arrivée, s’est évaporé bien vite. OK, je me suis un peu emportée pourtant, ça ne méritait pas qu’il me dézingue comme il l’a fait.

— Pour qui il se prend ? « Ton honneur est sauf », singé-je. Bouffon !

D’un côté, je suis bien contente d’avoir feint la meuf totalement bourrée. D’abord, parce que ça me permet d’avoir une excuse pour mon dérapage et j’ai pu avoir la confirmation qu’il n’est pas le type de mecs qui profitent d’une soirée alcoolisée pour abuser de la fille. De l’autre côté, je n’avais pas besoin de cette conversation. Je suis déjà assez gênée de ressentir de l’attirance pour lui alors que, de base, ce n’est pas mon genre. Sans compter qu’il est le meilleur pote de mon frère. Son air déçu et blasé me revient à l’esprit, me pinçant le cœur par la même occasion.

— Pourquoi je me sens coupable pour cet abruti ? Camille, tu dérailles !

Il s’attendait à quoi ? Que je lui fasse une déclaration ? Que je me précipite dans ses bras style film à l’eau de rose ? Il peut rêver, ce n’est pas du tout mon genre !

Je pousse un grand coup dans la porte de notre immeuble et m’immobilise à la vue d’un gars à moitié allongé dans l’escalier. Il fait quoi, lui ? Il n’a pourtant pas l’air d’un de ces clochards qui se font virer par les flics. Je m’approche de lui pour mieux le voir. Me tournant le dos, je ne peux rien tirer de lui en l’observant. Je l’écarte du pied pour le réveiller. Il grogne et s’agite. Il se décale et je peux enfin apercevoir son visage. Putain, il est canon ! Merde, il est amoché. J’ignore laquelle des deux pensées prime sur l’autre. Je devrais l’emmener dans l’appart’ pour soigner ses plaies.

— Eh, t’as pas l’air au top, lancé-je.

— Qu’est-ce que ça peut te fo…

Il ne finit pas sa phrase. Ses yeux se posent sur moi et il me détaille de la tête aux pieds. Je doute d’être à son goût, il ne laisse transparaître que de la surprise. Je baisse le regard sur mes propres vêtements. On dirait que rien ne cloche.

— Un problème ?

— Nan, rien.

Bizarre, le type. J’hésite à le faire monter maintenant. Il ne semble pas dangereux néanmoins, c’est pourtant ce genre de mecs qui s’avère être les pires psychopathes. Je me dandine d’un pied à l’autre, incapable de décider de la marche à suivre. Au bout de plusieurs minutes de silence gênant, il finit par se lever. Sans un mot, il s’avance vers la sortie de l’immeuble et, sans comprendre pourquoi, je le rattrape.

— Faut que tu te soignes.

— J’ai connu pire.

— Sois pas con, j’ai tout ce qu’il faut dans mon appart’.

Il se mord la lèvre, en proie à la réflexion. C’est bon, je ne lui ai pas non plus donné un dilemme. Ce mec se prend-il toujours pour une diva ? Je hais les gens comme lui. Perdant patience, je hausse les épaules et lui tourne le dos pour regagner les escaliers. Tant pis pour lui.

— Attends ! Je vais venir, c’est d’accord.

Je ralentis le pas pour lui laisser le temps de me rejoindre, même si, vu son immense taille, j’aurais pu courir sans jamais arriver à le distancer. Il me précède jusqu’à notre entrée que je déverrouille, un poil appréhensive tout de même. Si Lucie n’était pas là, je n’aurais pas proposé. À deux, c’est plus rassurant. Si, en prime, je peux me le faire avant de partir en cours, je ne dirais pas non. Ce n’est pas du tout pour t’enlever Aymeric de la tête. Pas du tout !

— Installe-toi sur le canapé. Tu veux boire quelque chose ?

— Ça ira. Merci, ajoute-t-il après une seconde.

Au moins, la politesse ne l’a pas entièrement déserté. Je l’observe s’asseoir, les coudes posés sur les genoux. Il n’a pas l’air à son aise. En même temps, il n’est pas chez lui.

— Alors, beau gosse, il t’est arrivé quoi, pour que tu sois ainsi amoché ?

— J’ai joué au superhéros. Je te le déconseille, c’est la merde.

Je laisse échapper un petit rire. Il est drôle, un point pour lui. J’ouvre le tiroir de la console de l’entrée. La trousse de secours n’est plus là. Pour être honnête, je n’ai pas envie de le lâcher des yeux. Déjà, pour vérifier qu’il ne vole rien, et parce qu’il n’est pas désagréable à regarder. Je décide d’appeler Lucie à la rescousse.

— Lu’, bouge ton cul et ramène-moi la trousse de secours.

Le gars fronce les sourcils. Je lui fais signe de ne pas chercher à comprendre. Du bruit résonne depuis la chambre de ma meilleure amie pourtant, elle ne sort pas. Cinq minutes plus tard, je soupire. Je rejoins son antre, agacée qu’elle m’ignore. J’ouvre la porte pour la trouver debout devant son armoire.

— Je ne te remercie pas pour ton aide. Magne-toi si tu veux du café.

Pourquoi elle réagit ainsi ? Peut-être parce que tu l’agresses dès le matin. Je ne l’ai pas… Si. D’accord, j’ai abusé. Aymeric me retourne la tête. Je récupère le nécessaire de soin dans la salle de bain et rejoins le salon. Je m’arrête net en voyant le regard que se lancent ma meilleure amie et l’inconnu. Tous deux sont pris d’une tension à la fois angoissée et sexuelle. OK, Lucie connaît ce mec. Et il y a un truc indéniable entre eux. La fameuse connaissance dont elle me parlait ? Ce n’est pas impossible. Je dépose la trousse sur la table du salon.

— Je te sers du café, déclaré-je.

Je rejoins la cuisine et lance la machine. Rien de tel que l’or noir de Lucie pour me faire pardonner ma mauvaise humeur matinale. Il me semble nécessaire que ces deux-là discutent. Je tends l’oreille pour capter leur discussion, bien trop curieuse d’en savoir davantage sur leur relation.

— Tu devrais aller à l’hôpital, voir si t’as besoin de points de suture, lui dit-elle.

Seul le silence lui répond. Il ne semble pas plus loquace avec elle qu’avec moi. De plus en plus étrange. Tandis que le café coule, le bruit de la cafetière couvre leur conversation, me frustrant. Mes yeux se posent sur la boîte bleue qui trône sur l’étagère près de l’entrée. Soudain, une illumination me vient. La photo que Lucie a souhaité garder. Putain, c’est son ex ! Oh merde, qu’est-ce qu’il fout là, celui-là ?

La machine s’arrête, me permettant d’entendre le mec lui répondre :

— Alors, c’est tout ? Tu vas juste m’ignorer comme si je n’existais pas ? Dis-moi la vérité : ai-je vraiment compté un jour ?

OK, code rouge ! Il faut que j’aille la sortir de cette situation qui risque de la faire vriller une bonne fois pour toutes. Je récupère la tasse fumante et débarque dans le salon comme si je n’avais pas conscience de ce qui se joue dans l’appart.

— Café !

Lucie saute sur l’occasion et m’arrache presque la tasse des mains pour la descendre cul sec. Elle est folle ! Elle va se cramer la langue sur ce coup-ci. Y a pas à dire, il a une sacrée influence sur elle ce type. Comme pour se justifier, ma meilleure amie s’exclame :

— Je vais être en retard en cours. Je te laisse gérer.

Et sans autre forme de procès, elle claque la porte derrière elle. Son ex se pince le nez, frustré. J’imagine qu’il est temps pour moi de le cuisiner. Bon, à nous deux, le beau gosse, on va voir ce que tu as dans le ventre.

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