Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 36 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 36

 

Aymeric

 

A ccoudés au bar d’un café situé en périphérie de la ville, nous sifflons des bières dans un silence moins pesant que je ne l’aurais cru. Ce moment me rappellerait presque ceux que nous passions, avant qu’ils n’apprennent que je faisais partie des méchants de l’histoire. L’ambiance, ici, est plutôt sympa. Quelques gars jouent au billard dans un coin alors que les autres matent le match de foot diffusé sur l’écran plat. Le lieu semble abriter des habitués venus avec pour seule envie de s’amuser. Ça change des endroits à problèmes que je fréquentais…

— Tu sais que tu n’auras plus jamais ma confiance ?

La question de Samuel me prend aux tripes. Bien que je sois déjà au courant de ce fait, l’entendre de sa bouche est plus difficile à encaisser. Je cherche à masquer ma peine en optant pour une voix neutre et rétorque :

— C’est normal. Jamais je n’en demanderais tant après ce que j’ai fait.

— Maintenant, ce que je veux savoir, c’est pourquoi tu n’es pas venu nous parler à l’époque. Si tu nous avais tout raconté, la situation serait différente.

On commence fort. Je me doutais que cette sortie ne servirait pas à resserrer nos liens pourtant, je ne m’attendais pas à devoir passer un nouvel interrogatoire. N’étant pas en mesure de négocier une quelconque trêve, je réponds :

— J’ai eu peur que vous pensiez que je voulais vous manipuler. Genre faire semblant d’être de votre côté pour vous soutirer plus d’infos.

— C’est pas ce que tu as fait, au final ?

Un point pour Cameron.

— Dans un sens, si. Avec du recul, je me rends compte que c’était con. J’aurais dû vous faire confiance au lieu de chercher à tout gérer moi-même. J’ai cru pouvoir vous aider en vous aiguillant pour contrer Gabriel. Je me suis vautré en beauté.

Les deux hochent la tête pour confirmer mes dires. Ils échangent un regard que je ne comprends pas. Une information passe entre eux et Cameron lui fait signe de parler. Il prend une inspiration entre ses dents.

— La seule question qui m’importe vraiment, c’est de savoir si tu t’es foutu de la gueule de ma sœur.

— Jamais, m’exclamé-je. J’étais fou d’elle, Samuel. Et pour être honnête, je le suis encore. Camille n’est pas le genre de femme dont on peut se défaire si facilement. J’ai essayé de rester loin d’elle, je le jure. J’étais malade à l’idée qu’elle puisse pâtir de la situation. Pourtant, malgré tous mes efforts, je n’ai pas réussi à m’éloigner. Je l’avais dans la peau. Crois-moi, je regrette chaque jour de lui avoir fait du mal.

Je termine ma bière d’une traite avant d’en commander une autre. C’est dingue de raconter tout ça à Samuel alors que je suis incapable de le dire à Camille. Peut-être se sentirait-elle moins trahie si elle savait tout cela… Toujours dans le silence, ma nouvelle bouteille apparaît devant moi. Samuel semble pensif, les yeux rivés sur les verres rangés face à lui.

— Je te crois, finit-il par lâcher. Mais tu n’as plus intérêt à t’approcher d’elle. Elle a trop souffert par ta faute et ça, je ne pourrai jamais te le pardonner.

— Je ne tenterai rien. J’ai trop de respect pour elle. De toute manière, elle ne me laisserait pas faire, alors c’est réglé.

— Bien, nous sommes d’accord sur ce point. C’est tout ce que je voulais savoir.

Nous finissons tous les trois nos bières. Heureusement que j’ai appris à avoir une bonne descente au lycée, sinon je n’aurais pas assumé ces deux bouteilles ingurgitées si vite. Je dépose un billet pour payer nos consommations et nous reprenons la voiture de Cameron. Le retour se fait dans un calme agréable. Bien loin des tensions accumulées ces derniers jours, je pense que Samuel est apaisé de savoir que sa sœur restera à distance de moi.

De nouveau chez nous, je cherche mes clefs dans ma sacoche. Je m’apprête à rentrer quand j’entends les garçons jurer. Samuel s’exclame :

— C’est une blague ?

Inquiet, je fais le tour de l’allée pour rejoindre la leur et pénètre dans la maison, la porte encore ouverte.

— Qu’est-ce qui se passe ? m’enquiers-je.

Samuel se pince le nez alors que Cameron paraît hésiter entre le rire et la colère. La scène qui se présente, devant moi, me semble surréaliste. Les trois filles sont debout sur le canapé, chantant à tue-tête, face à une vidéo karaoké. Deux cadavres de vodka gisent sur la table basse, confirmant qu’elles sont déchirées. J’ignore la raison de cette soirée, mais elles s’amusent en tout cas.

— Vous voilà enfin, s’exclame Camille d’une voix bien trop gaie.

Elle s’approche de nous en riant. Elle trébuche en se mélangeant les pieds et j’ai le réflexe de la rattraper par la taille avant qu’elle ne s’écrase au sol. Samuel râle, dépité :

— Vous êtes impossibles ! On part deux heures et vous trouvez le moyen de vous bourrer la gueule ?

— Elles avaient besoin de décompresser, je pense, argumenté-je pour tenter de les défendre.

— Mon amour ! Fais pas cette tronche !

Léna se jette au cou de Samuel qui soupire en la serrant contre lui. Il secoue la tête et annonce :

— La soirée est finie, on va se coucher.

Les trois fêtardes protestent mollement, bien décidées à poursuivre leur nuit. Cameron s’approche de Lucie pour la convaincre de lâcher la télécommande qu’elle continue à prendre pour un micro. Léna accaparant son attention, Samuel lance un coup d’œil vers Camille. Je lui affirme :

— Je m’en occupe.

Je soulève Camille toujours accrochée à mon bras. Samuel m’adresse un signe de tête et nous montons les escaliers, à tour de rôle, en portant les filles.

— Sa chambre est là, m’indique-t-il.

Je pousse du pied la porte de la pièce indiquée. Ma belle blonde dort déjà à moitié. Je la dépose avec délicatesse sur le lit. Elle a toujours ses vêtements du jour. J’hésite sur la marche à suivre. Même si j’ai vu tout ce qu’il y avait à voir de son corps, je ne suis pas sûr que la déshabiller soit une bonne idée. En même temps, dormir dans cette tenue plutôt moulante risque de la gêner…

Je fais le choix de lui enlever ses chaussures ainsi que sa robe. Je fais mon maximum pour ne pas la regarder, ne souhaitant pas tirer profit de la situation. Une fois cela fait, je lui enfile un grand T-shirt trouvé dans son armoire et lève le drap sur elle. Je ne peux m’empêcher de déposer un baiser sur son front avant de faire demi-tour. Camille me rattrape par le poignet. Les yeux à moitié ouverts, elle murmure :

— Je te déteste pour ce que tu m’as fait.

— Je sais.

Ce sont les seuls mots qui sortent de ma bouche à cet instant. Elle répète une nouvelle fois alors que le sommeil prend de nouveau possession d’elle. Même si elle a raison de me haïr, je sens mon cœur se serrer. Ça fait un mal de chien de l’entendre. Je rapproche la petite poubelle de son bureau pour la placer juste à côté d’elle. Si jamais elle a besoin de vomir, elle n’aura pas à tracer jusqu’aux toilettes. Je fais pivoter son visage assoupi sur le côté, question de sûreté. Ses mots tournent en boucle dans ma tête alors que je termine de prendre soin d’elle. La femme que j’aime me déteste, génial !

Sans un regard en arrière, je quitte la chambre en refermant la porte. Samuel est posté devant moi. Il a certainement tout entendu.

— Elle va bien, me contenté-je de lui dire. Jette peut-être quand même en œil pendant la nuit, on sait jamais.

Sans attendre sa réponse, je déserte la maison d’Henri pour rejoindre la mienne. J’allume la télévision pour ne pas rester dans un silence qui me ferait ressasser. J’augmente le son plusieurs fois pour tenter de noyer la voix de Camille dans le bruit.

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