Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 46 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 46

Aymeric

Deux ans plus tôt…

 

M es pneus crissent alors que je tourne dans la ruelle qu’indiquent les coordonnées GPS qu’elle m’a envoyées. Si j’avais encore espoir d’arriver à temps, ce dernier vient de mourir étouffé dans l’œuf. L’endroit est vide.

— Putain de merde !

C’est définitif, je vais buter cet enfoiré ! J’ai beau savoir qu’il ne tuera pas Camille, car cela risquerait de faire foirer tous ses plans, j’ignore ce qu’il est capable de lui faire en attendant qu’on la retrouve. L’image de ma beauté, tuméfiée, s’impose à mon esprit. Pitié, tout, mais pas ça. Alors que je poursuis mon chemin, je m’arrête en reconnaissant le sac à main et le téléphone de Camille. Je les récupère tous les deux avant de remonter en voiture. Je n’ai aucune idée de l’endroit où il a pu l’emmener. Toutes ses planques sont gardées secrètes. Il est le seul à en connaître la localisation.

— Réfléchis, Aymeric, merde !

Je manque de percuter un autre véhicule dans ma précipitation. Ce n’est pas en ayant un accident que je vais réussir à la sauver… Je sors mon portable de ma poche et appelle Gabriel. Ça ne sonne même pas.

— Nous vous informons que le numéro demandé n’est pas attribué.

Bien sûr qu’il a changé son prépayé ! Il avait prévu son coup, l’enfoiré. Maintenant que je n’ai plus aucun moyen de le contacter, je me retrouve à attendre comme un con. Je sillonne la ville de fond en comble à la recherche du moindre indice. Je ne croise sa voiture nulle part. Mon cœur est sur le point d’exploser tant je suis inquiet. Si jamais il lui arrive quoi que ce soit…

Un appel me fait sursauter. Je me jette sur l’appareil comme un mort de faim sur de la nourriture.

— Ramène-toi à l’endroit que je t’envoie, ordonne Gabriel d’un ton calme qui me donne envie de vriller.

— Si tu lui as fait le moindre mal…

— Quoi ? Tu me fais la peau ? Laisse-moi rire ! Allez, grouille-toi.

Il coupe la communication. OK, maintenant, il faut la jouer au plus malin. Tant qu’il sera occupé avec moi, il ne s’approche pas de Camille. Mais il faut absolument que les autres se rendent compte qu’elle a été enlevée. Si je les préviens de façon directe, je suis mort et enterré.

Je tourne dans la rue de mon immeuble, priant pour que Samuel ne soit pas encore rentré. Bingo, sa voiture n’est pas là. J’empoigne les affaires de Camille récupérées sur le trottoir et m’élance dans les escaliers. J’enfonce presque la porte d’entrée. Si je laisse son sac et son téléphone ici et qu’elle n’y est pas, ils vont trouver ça louche, c’est certain ! Je les dépose donc sur la table non sans avoir effacé mon nom dans l’historique d’appel, ce qui me trahirait à coup sûr. Tu n’es plus à ça près. Gabriel va te balancer auprès de Camille ! Tant pis. Je serais puni comme il le faut, mais sa sécurité est ma priorité numéro un.

J’envoie un message à Samuel pour lui mettre la puce à l’oreille :

[Ta sœur m’a dit qu’elle devait passer récupérer des affaires de cours avant d’y aller, mais j’ai oublié que j’avais une entrevue importante. J’ai pas le temps de rentrer et elle n’a pas ses clefs. Tu t’en occupes ?]

[T’as essayé de l’appeler ?]

[Ouais, elle répond pas. Elle dort peut-être encore.]

[Vas-y, j’arrive. J’ai presque fini.]

Bien. Maintenant que Samuel a les choses en main, il va être réactif. Je n’ai plus qu’à rejoindre cette ordure au point de rendez-vous. Je quitte l’appartement en trombe. Alors qu’il m’aurait fallu une quarantaine de minutes pour rejoindre la destination, je n’en mets que vingt. Le moteur à peine éteint, je bondis hors de la voiture et me précipite vers le hangar, seul bâtiment dans les environs, si on oublie la petite maison à ses côtés. Gabriel en sort justement. Je me rue sur lui, furieux. Il devance mon attaque en me balançant un coup dans le bide. J’expulse l’air de mes poumons, me fracassant au sol.

— Reste à ta place. Ta chérie ne risque rien. Je veux juste m’amuser.

— Espèce d’enfoiré.

Il se contente de me sourire avant de pointer la porte derrière lui. J’entends la voix de Camille s’élever depuis la paroi :

— Pourquoi tu fais ça, Gabriel ? Tu ne peux pas la laisser tranquille ? Nous laisser tranquilles ?

— Tu peux aller la voir, enchaîne Gabriel sans me donner l’occasion de réagir. Attention, si tu tentes quoi que ce soit, elle douille. C’est compris ? Ma gentillesse a ses limites.

Gentillesse ? Mon cul, ouais ! Je me redresse et ouvre la lourde porte, porté par l’adrénaline qui anesthésie la douleur de mon bide. Je reste figé sur place. Camille est ligotée à une chaise, les yeux bandés. Elle tremble de tout son corps, agitée de sanglots. Je m’approche d’elle avec prudence et tombe à genoux. Au bruit de ma chute, elle se tend, les sens en alerte. Je pose mes mains sur les siennes et murmure :

— Je suis tellement désolé si tu savais…

— Aymeric… ? Qu’est-ce que tu… ?

— Je t’expliquerai, je te le jure.

Une larme coule le long de ma joue. En voulant sauver ma petite sœur, j’ai mis celle que j’aime en péril. Jamais je ne pourrais me pardonner d’avoir risqué la vie d’une femme aussi exceptionnelle.

— Comme c’est mignon, s’exclame Gabriel en la contournant.

— Ne la touche pas !

— Et tu crois pouvoir m’en empêcher ?

Il pose une main sur son épaule. Je bondis sur mes pieds, prêt à en découdre avec lui. Il hurle de rire et secoue la tête comme s’il était face à la chose la plus drôle qu’il ait jamais observée.

— Tu es hilarant, mon cher. Ne t’en fais pas, je vais juste la déplacer pour qu’ils ne trouvent pas ma planque. Je m’occuperai de dénicher Lucie tandis qu’ils la laisseront toute seule. Ta chérie sera saine et sauve. Mais avant ça, je veux admirer la trahison dans ses prunelles lorsqu’elle te verra.

Sur ces mots, il retire le bandeau des yeux de Camille. Le morceau de tissu tombe sur ses genoux et nos regards s’accrochent. La lumière dans le sien est éteinte, remplacée par une immense déception. Je peux distinguer la confiance qui se brise dans ses prunelles. Des perles salées inondent ses joues alors qu’elle chuchote :

— Tu n’as pas pu faire ça… Pas toi…

— Je suis désolé…

— Tu es désolé ? Putain ! Pourquoi ? Pourquoi, Aymeric ?

Sa voix se craquelle à mon prénom. Je viens de détruire la vie de la femme que j’aime en protégeant ma petite sœur. Je suis un monstre, il n’y a pas d’autre mot. Alors que j’ouvre la bouche pour tout lui raconter, la supplier de comprendre, Gabriel nous coupe avec un sourire moqueur :

— Bien ! Il est l’heure, maintenant. Aymeric, tu as trente secondes pour dégager si tu ne veux pas que j’abîme son beau visage. Et fais attention à ce que tu diras à nos « amis »…

Sans parvenir à me détourner du regard meurtri de Camille, je quitte le hangar à reculons. Je monte en voiture pour rejoindre les autres qui doivent s’être réunis chez nous. Maintenant, je ne peux que les aider à trouver l’endroit où il va déplacer Camille. Ensuite, je m’en irais. J’irai me cacher quelque part avec Sophie, le temps que Gabriel soit mis hors d’état de nuire. Je n’ai aucune certitude sur ce qu’il va se passer dans les prochaines semaines, néanmoins, une chose est sûre : le regard de Camille me hantera jusqu’à la fin de mes jours.

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