Pardon (French Edition)
Chapitre 35
Camille
T ous les invités sont repartis chez eux, même nos parents. Ils ont préféré retourner à l’hôtel, fatigués par leur journée. Ils ont prévu de rentrer le lendemain pour reprendre le travail dans deux jours. Le boulot avant tout, comme d’habitude. Il n’y a plus qu’Aymeric, assis sur le canapé. Sans m’avoir informé de la raison, Samuel lui a demandé de rester quand tout le monde s’est retiré. Il le laisse mariner plusieurs minutes dans un silence pesant. Je crois bien voir Aymeric se ratatiner sur lui-même jusqu’à ce que mon frère annonce :
— On peut y aller.
Comme un seul homme, les trois garçons se lèvent. Je jette un œil à Léna et Lucie, qui secouent la tête. Aucune de nous ne sait ce qu’il se trame. Je les regarde partir, me demandant si nous faisons bien de les laisser entre mecs. J’ai beau être persuadée que Samu et Cameron ne veulent pas la bagarre, j’ai peur que ça dégénère. Ce genre de situation peut aller si vite… Samu fait passer Aymeric en premier, me gâchant la vue de ses fesses moulées dans son costume. Je le trouvais déjà canon habillé avec classe lorsque nous étions ensemble, mais son nouveau physique le rend irrésistible. Malgré toute l’énergie que je déploie pour éviter les pensées salaces de m’envahir, ce mec est devenu un appel à la luxure. T’es cinglée, tu le sais ? Les garçons sortent, la porte claquant derrière eux.
— J’en connais une qui matait son voisin.
Je tourne la tête vers Lucie, surprise par sa réflexion. Ne me dites pas que j’étais si peu discrète. Face à mes deux meilleures amies, je décide de jouer franc-jeu et lui réponds :
— Comment t’as deviné ?
— D’un, parce que ça se voit à des kilomètres.
— De deux, surenchérit Léna, on peut comprendre. On aime peut-être nos chéris plus que tout au monde, mais on sait reconnaître un bel homme quand on en croise un.
— Et de trois, je suis passée par là, Camille. Quand Cameron m’a retrouvée, j’ai eu les mêmes sentiments contradictoires. Les questions qui se bousculent dans ta tête, l’envie à la fois de l’étrangler et de le serrer contre toi… Le désirer très loin et si près en même temps…
— Vouloir le détester sans être sûre d’avoir de vraies raisons de le faire…
Je me rends compte que j’ai dit ça à voix basse lorsqu’elle hoche le menton. J’ai déjà du mal à croire que je puisse le penser, alors l’avouer… Bon sang, qu’est-ce qui m’arrive ? Bien sûr que j’ai de bonnes raisons, je proteste donc :
— Non ! Je le hais à juste titre !
— C’est vrai, conçoit-elle d’une voix apaisante. Il t’a brisé le cœur et c’est normal que tu lui en veuilles, mais essaye de prendre du recul.
— Après toutes les crasses qu’il nous a faites… Je ne vois même pas comment je peux imaginer le contraire.
— Parce qu’au fond de toi, tu sais qu’Aymeric n’est pas le salaud qu’on croyait.
Je me lève, l’envie de bouger devenant trop importante. J’arpente le salon de long en large en réfléchissant à ce qu’elle me raconte. Son point de vue, je le comprends. Quand nous avons appris pourquoi il nous avait trahis, nous avons tous revu notre copie par rapport à son comportement. Je ne peux m’empêcher de débattre :
— Il a aidé un homme qui a fait de notre existence un enfer. Surtout la tienne.
— Je suis d’accord avec toi. Ce qu’il a fait nous a tous changés. Mais, il ne l’a pas fait gratuitement. Il ne faut pas oublier, non plus, que la vie d’une petite fille était en jeu. Si j’ai réussi à lui pardonner, pourquoi pas toi ?
— Il n’a pas joué avec tes sentiments en te prenant pour une conne. Ça n’a rien à voir !
Je suis blessée par les propos de mon amie. Je suis d’accord pour dire qu’elle a vécu pire que moi. Pourtant, Aymeric n’a pas participé à la violence qu’elle a subie. Tout ce qu’il lui a fait, c’est aider l’enfoiré à lui remettre la main dessus. Moi, il a brisé mon estime de moi, il m’a rendue parano avec les hommes… Elle ne peut pas comparer nos deux situations !
Voyant que je commence à perdre patience, Léna s’interpose :
— Ce que veut dire Lucie, c’est que tout n’est pas noir ou blanc. Certes, il a fait de mauvaises choses, néanmoins, c’était ce qu’il pensait être juste à ce moment-là. Personne ne peut comprendre parce que nous n’avons pas été à sa place.
Je me rassois et respire un grand coup pour tenter de me calmer. Rien ne sert de s’énerver. Nous disputer ne réglera aucune situation.
— Concernant votre relation à Aymeric et toi, enchaîne-t-elle, j’ai un avis bien tranché sur la question.
Je lève un sourcil, curieuse de savoir ce que la plus sage de notre groupe peut bien en penser. Je lui fais signe de continuer. Elle soupire et, ses yeux accrochés aux miens, elle lance une vraie bombe :
— Je crois qu’il ne s’est pas foutu de toi.
Je lâche un rire jaune, m’apprêtant à protester. Elle s’explique :
— J’ai beau être dégoûtée par ce qui vous est arrivé, j’ai un point de vue plus neutre sur la situation. Franchement, quand on voit comment il te regarde à chaque fois que tu es dans la même pièce que lui, il faudrait être aveugle pour ne pas comprendre qu’il est fou de toi.
Du coin de l’œil, j’aperçois Lucie acquiescer. Toutes les deux semblent d’accord pour dire qu’Aymeric éprouve quelque chose pour moi, ce qui me paraît improbable. Après tout…
— S’il était amoureux pour de vrai, jamais il ne m’aurait mise en danger comme il l’a fait.
— Si tu veux mon avis, il s’est retrouvé embourbé dans une merde plus grosse que lui. Je ne crois pas qu’il se soit attendu à tomber amoureux de toi. Il a dû se battre pour choisir entre sa petite sœur et la femme qu’il adore. Je le plains.
Ces paroles font écho dans ma tête d’une manière qui ne me plaît pas. Si je décide d’envisager cette version des choses, cela laisse place à l’espoir de ne pas avoir été qu’un dommage collatéral. Je ne suis pas prête à intégrer cela. Ma souffrance ne peut pas être due au simple jeu du hasard, je refuse de le croire. Alors, pour abréger cette discussion trop pénible pour mon cœur et mon esprit, je me contente de demander :
— On change de sujet ? Je n’ai plus envie d’en parler.
— Bien sûr, ma belle.
Léna me sourit alors que Lucie se lève pour m’enlacer. Je la serre contre moi comme pour m’excuser de m’être énervée contre elle. En guise de réponse, elle propose :
— Un marathon film, ça vous tente ? Histoire d’évacuer le trop-plein d’émotion de cette journée ?
— Quelle super idée, la complimente Léna. J’ai cru voir du popcorn dans les placards en plus. Je m’en occupe.
Je me lève pour participer à la préparation, mais Lucie pose ses mains sur mes épaules pour me rasseoir. Elle pointe son index vers moi.
— Toi, tu laisses tes fesses sur le canapé. Je vais nous chercher à boire.
Je râle alors qu’elle rejoint Léna à la cuisine, pendant que j’allume la télévision. Si je ne bouge pas de là, j’ai bien le droit de choisir le programme, non ? Après quelques minutes, je décide de lancer un film d’horreur. Je n’ai pas la force de regarder un truc à l’eau de rose où tout va bien dans le meilleur des mondes.
— Le popcorn est prêt, s’exclame Léna en rapportant un immense saladier.
— Et moi, j’ai trouvé bien mieux que des bières !
Lucie brandit deux bouteilles pleines de vodka. Léna siffle, affirmant que ce sera bien plus efficace pour oublier cette journée. J’approuve d’un hochement de tête. J’avais besoin de ce moment entre filles. Que la soirée commence !
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