Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 28 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 28

 

Camille

 

A u calme dans le jardin, nous lézardons au soleil. Il paraît que ce sont les derniers jours de beau temps avant que l’automne ne pointe le bout de son nez. Quel dommage de ne pas avoir pu en profiter plus ! Des éclats de rire me viennent de la maison d’à côté. Je jette un œil par-dessus la haie basse. Sophie se fait pousser par son frère sur la balançoire en demandant d’aller toujours plus haut. Un sourire communicatif orne leurs lèvres. Ils s’adorent, c’est indéniable. De ce que j’ai compris de mon grand-père et des bribes d’informations entendues çà et là, la pauvre chérie est placée en foyer et Aymeric ne peut l’avoir que quelques jours de temps à autre. Ça doit être très dur pour lui. Je secoue la tête pour m’enlever cette idée de l’esprit. C’est son problème, il n’avait qu’à pas faire de conneries.

— On peut jouer au camion ? demande soudain la petite fille.

— Bien sûr, ma chérie.

Il stoppe la balançoire pour elle et elle descend d’un bond. Il n’y a pas à dire, elle est trop mignonne dans sa jolie robe zébrée. Aymeric ouvre un coffre de jardin en plastique et en extrait un bac semblant contenir une multitude de jouets. Il le dépose devant sa sœur avant de se tourner vers l’intérieur de la maison.

— Je reviens, Sophie. Ne bouge pas.

— D’accord.

Concentrée sur sa caisse, elle ne lui octroie pas le moindre regard. Elle récupère un tapis et le déploie, dévoilant ainsi de nombreuses routes dessinées. Son dévolu est jeté sur une voiture jaune qu’elle élève au-dessus de son visage comme pour la jauger. Elle semble à son goût, car elle acquiesce. Ses yeux se posent alors sur moi. Elle m’adresse un petit signe de la main et s’exclame :

— Bonjour !

— Bonjour, réponds-je sur le même ton avec un sourire.

— Normalement, je dois pas parler aux inconnus. Mais t’es la famille de Henri donc, c’est bon ! T’es gentille.

— Je suis contente que tu penses ça.

— Trop chou, murmure Lucie avec une moue tendre.

Je suis bien d’accord avec elle. Cette gamine est adorable, on lui donnerait le Bon Dieu sans confession. Elle retourne jouer, alors qu’Aymeric débarque de nouveau dans le jardin, accompagné, cette fois-ci, d’une femme habillée plutôt strictement. Son carnet dans les mains, elle semble noter plusieurs choses. Houla, ça pue pour lui ça, non ? Grave.

Samuel quitte le bras de Léna pour s’installer à côté de moi. L’air soucieux, il me questionne :

— Tu tiens le coup ?

Je soupire, fatiguée. J’aurais préféré continuer de me mêler des histoires de mon nouveau voisin, alias ex-ami, alias traître. Tu vas accoler les trois titres à chaque fois ? Te plains pas, je pourrais en mettre beaucoup plus. Oui, comme changer le « ami », il était plus que cela, non ?

— C’est dur, finis-je par répondre à Samuel pour faire taire cette petite voix en moi qui cherche à me ramener dans le passé.

L’enterrement arrive bientôt et, même si ce sont nos parents qui gèrent tout, je suis usée. Surtout que j’aurais aimé qu’ils nous soutiennent plus dans cette épreuve. Ils nous ont laissés seuls, ici, pour qu’on soit « tranquilles, entre amis », préférant l’hôtel. Je peux comprendre leur décision de ne pas vivre, plusieurs jours, entourés de cinq jeunes adultes bruyants, néanmoins, ça ne les empêche pas de nous rendre visite pour discuter… On dirait bien que si…

— Sache que je te donne mes parts de la maison, annonce-t-il.

Je secoue la tête.

— Non, tu y as le droit aussi !

— Et j’en ferais quoi, en vivant sur un autre continent ?

— Tu pourrais avoir la moitié de l’argent qu’elle rapportera.

— Je n’en ai pas besoin, Cam, j’ai ce qu’il me faut.

Je pousse un râle de frustration. Pourquoi faut-il que mon frère soit si borné ? Il m’énerve lorsqu’il fait ça. Voyant que la conversation commence à tourner au vinaigre, Léna nous interrompt :

— Au pire, vous pouvez convenir d’une somme pour laquelle il te vendra ses parts. Ce sera donnant-donnant.

— Léna, tu es ma déesse.

Je me redresse pour lui coller un bisou sur la joue ce qui la fait rire. Cette fille est remplie de bon sens, et, toujours là, pour apaiser les tensions. Devoir s’occuper de trois mecs doit y être pour beaucoup. Samuel me repousse, taquin, avant de s’exclamer :

— Elle est à moi, pas touche.

Je lève les mains en l’air en guide de reddition. Léna roule des yeux alors qu’il embrasse son nez, la faisant ainsi rosir de plaisir. La rejoindre aux States est la meilleure décision qu’il a prise dans sa vie. Les voir si heureux me conforte dans l’idée que, même si son éloignement est compliqué à gérer, il participe à son bonheur. C’est tout ce qui m’importe.

— Pour en revenir à la maison, lancé-je en m’asseyant de nouveau à ma place, je sais pas encore. C’est dur de rester ici alors qu’il n’y est plus.

— On pourrait la vendre ou la louer à quelqu’un.

— Il y a trop de travaux à faire si tu veux mon avis. Elle est dans son jus.

— Faisons appel à des experts, ils s’occuperont de tout.

Je secoue la tête, franchement pas ravie à cette idée. Permettre à des inconnus de venir modifier l’endroit où j’ai grandi, hors de question !

— Je ferai le plus gros moi-même. Tout ce qui est possible sera effectué par mes petites mains.

Je leur montre mes paumes, fière de cette décision. Ça me changera les idées, lorsque je n’aurai rien à faire après les cours et le week-end. Au moins, je penserai moins au vide qu’a laissé papi derrière lui. Samuel me charrie, persuadé que c’est un travail titanesque qui sera trop compliqué, mais je suis déterminée. Je remettrai cette maison en état.

Quand la conversation retombe, celle provenant du jardin d’Aymeric nous parvient avec force. La femme s’est accroupie face à Sophie et lui pose des tas de questions dont l’une m’interpelle :

— C’est toi qui as décidé de jouer aux camions ?

— Oui, répond Sophie, soudainement timide.

— Pourquoi pas la poupée ?

— Parce que j’aime pas, c’est nul.

Je me retiens d’exploser de rire face à la mine revêche de Sophie. C’est quelque chose, cette petite. Hilare, Cameron rétorque :

— OK, ça, c’est fait. Un point pour la gamine, balle au centre.

La femme se tourne vers Aymeric, les sourcils froncés. Il hausse les épaules avant de s’expliquer :

— Je lui ai offert des poupons et tout, pour son anniversaire, elle ne les a jamais utilisés. Ils sont comme neufs, je peux vous les montrer. Elle m’a dit qu’elle voulait des voitures à la place. Si elle préfère s’amuser avec des trucs de « garçons », enchaîne-t-il en mimant des guillemets, alors elle y jouera.

Pas convaincue, la femme se contente d’acquiescer d’un air hautain. Bon Dieu, on est au vingt et unième siècle, arrêtez avec ces stéréotypes à la con ! Moi, je suis ravie de voir qu’Aymeric laisse le choix à sa petite sœur. C’est un bon point pour lui. Un point pour quoi ? Bah, pour… Euh… Je chasse cette remarque de mon esprit.

— Bien, j’ai terminé pour aujourd’hui. Je vous ferai part, par courrier, de mon avis concernant la suite.

— Je vous raccompagne.

Alors que la femme rentre dans la maison, je bondis sur mes pieds. Je ne peux m’empêcher de demander à Aymeric par-dessus la haie :

— Services sociaux ?

Il se tourne vers moi, surpris que je lui adresse la parole, avant de se contenter d’un hochement de tête. Il finit par suivre la mégère, s’effaçant de ma vue. Quand je me rassois, mes amis ont les yeux braqués sur moi.

— Bah quoi ? J’ai le droit d’assouvir ma curiosité, non ?

— Assouvir ta curiosité, ouais, répète Samuel, peu convaincu.

Il ne va pas s’y mettre quand même. Ce n’est pas la mer à boire. Lucie pose son coude sur la table, son menton dans la main. Le regard tourné vers la maison d’à côté, elle lance :

— N’empêche, il a bien changé.

Samuel lâche un rire sec et ironise :

— Tu m’étonnes, il a été en prison. Pas sûr que tu restes le même après ça.

Je les laisse débattre un instant, me demandant quelles autres différences ont pu se mettre en place chez Aymeric, durant ces deux dernières années.

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