Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 4 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 4

 

Camille

 

J e lâche un gémissement en asseyant mes fesses sur le siège de ma voiture. Quel taf de merde, sérieux ! Je ne sais pas ce que je cherche à prouver en continuant de bosser pour ces enfoirés qui n’en ont rien à foutre de leurs employés. Mon dos en compote me remercierait si je démissionnais une bonne fois pour toutes. Je grimace en tendant le bras pour tourner la clef dans le Neiman.

— Fierté à la con !

Si le boulot se contentait d’être éreintant physiquement, ça passerait. Pourtant il y a bien plus. Être traitée comme un chien en me faisant appeler par mon numéro. Voyons, Camille ! C’est bien plus simple de s’enregistrer avec un nombre plutôt qu’avec son nom. Je suis salée, ce soir, et je sens que ma propension à l’ironie va aller bon train. J’active le Bluetooth de mon téléphone que je connecte aux enceintes avant de démarrer la voiture. Mon assistant vocal enclenché, je lui demande d’appeler le resto chinois, au bout de ma rue, pour commander. Je m’arrêterai récupérer mes précieux en passant.

— À moi les nems !

Presque trois quarts d’heure plus tard, je pousse – ou plutôt enfonce – enfin la porte de chez moi. Je balance mon sac à main à l’aveugle qui s’accroche comme par magie au porte-manteau avant d’entamer une danse de la victoire… qui se termine aussi vite qu’elle a commencé.

— Foutues courbatures !

Je jette un coup d’œil à ma fenêtre pour vérifier que mes rideaux sont fermés, ce qui est le cas, avant de me déshabiller. Je resterai en sous-vêtements le temps de manger, je n’ai pas encore trouvé la force de me traîner jusqu’à la salle de bain pour prendre une douche. La boîte en plastique ouverte, j’attaque mon festin tout en allumant la télé. Les chaînes se font zapper une par une sans remords. Pourquoi s’obstinent-ils à nous mettre des films déjà visionnés un million de fois ? Va au ciné, si t’es pas contente. Avec quelle thune ? J’oubliais…

— Eh oui, cas désespéré, bonjour ! Tu te parles toute seule, Camille, ça devient grave.

J’engloutis mon repas en un temps record tout en matant cette émission de mode que je regardais avec Lucie. Ou plutôt, qu’elle s’imposait pour me faire plaisir. Cette vieille routine me manque. Je donnerais cher pour retrouver ma vie d’avant. Un coup d’œil à mon appartement finit de me plonger dans cette humeur morose. Pour quiconque de normal, mon chez-moi serait bien rangé. Néanmoins, je suis tout sauf saine d’esprit et le moindre objet qui traîne me fait vriller. Je me sais incapable d’aller me coucher avec ce bordel. Un lourd soupir m’échappe.

— Quand faut y aller…

Je me lève avec difficulté et débarrasse les restes de ce dîner improvisé. Je nettoie la cuisine, passe un coup d’aspirateur et de serpillière avant d’être enfin satisfaite. C’est potable. Maniaque ! Au possible ! Maintenant que le ménage m’a permis de me donner un brin d’énergie, il est l’heure que j’aille prendre une douche bien méritée.

Je me dirige vers la petite pièce exiguë et ouvre le robinet, histoire de chauffer un peu l’eau. Mon téléphone choisit ce moment pour vibrer. Je jette un œil à la notification avant de l’attraper, jugeant que ce message, de mon mystérieux Gentle-man, vaut quelques minutes de mon temps.

[Pas trop dur le travail ?]

[Je suis éreintée.]

J’envoie dans la foulée :

[Et toi, ta journée ?]

Je n’ai pas le temps de me glisser sous la douche qu’il répond déjà par deux messages :

[Change de taf.]

[Rien de spécial, l’ennui le plus mortel.]

Je lui réponds d’un smiley qui lève les yeux au ciel suivi d’un bras qui montre ses muscles. J’ignore comment nous arrivons à nous comprendre par émoticône, mais le fait est que la communication passe plutôt bien ainsi. La buée envahit déjà ma minuscule salle de bain quand il me répond avec le dessin d’un homme qui se frappe le front puis d’un visage endormi. Je décide d’attendre d’être enfin propre avant de continuer cette conversation si élevée intellectuellement.

— Mon Dieu, ce que c’est bon !

Je m’extasie sous l’eau chaude, tout en me prélassant. Le meilleur moment de la journée ! L’odeur fruitée de mon gel douche emplit l’atmosphère et, soudain, je me sens plus apaisée. Rien à voir avec ton échange de textos ? On va dire que ça aide. Ces derniers temps, mon inconnu est le seul capable de me détendre. Il suffit d’un message pour me redonner le sourire. Il doit être magicien. Je finis de me laver, bien trop longtemps après mon entrée dans la cabine pour ne pas faire souffrir l’environnement. Je suis une piètre écolo. Le miroir essuyé de toute trace de condensation, je m’applique mon soin sur le visage avant de reprendre mes bavardages avec mon Gentle-man.

[Rien de mieux que de l’eau brûlante sur sa peau pour délier ses

muscles !]

[Tu m’étonnes ! T’as transformé ton appart’ en sauna ?]

[Presque. Si t’es sage, je t’inviterai peut-être à le tester.]

[Je suis toujours sage.]

Je ricane en découvrant le petit ange qui ponctue sa phrase. Quelque chose me dit qu’il peut se montrer diabolique et c’est tant mieux. Vu le feeling entre nous, j’espère bien passer, sous peu, à la vitesse supérieure avec lui. Il embraye :

[Plus sérieusement, démissionne. Tu vas regretter de gâcher ton temps

avec ce boulot que tu détestes.]

[T’as l’air de t’y connaître en regrets.]

[J’en ai des tas, mais je compte bien réparer mes erreurs.]

[Courageux.]

[Nécessaire, si je veux pouvoir me regarder dans une glace.]

J’ignore ce qu’il a bien pu faire et cette soudaine révélation me provoque des sueurs froides. Je prie de toutes mes forces pour ne pas être tombée sur un nouveau psychopathe en herbe. Un seul m’a amplement suffi. Calmée par ces pensées intrusives qui refont irruption, je coupe court à la conversation en lui souhaitant bonne nuit. Il est temps pour moi d’aller me coucher. Comme tous les soirs, depuis cette fameuse journée, le sommeil tarde à pointer le bout de son nez et, lorsqu’il se décide enfin, il n’est pas de tout repos.

***

Je me tortille dans tous les sens, tentant en vain de desserrer la corde qui me maintient assise sur cette putain de chaise. Quand ce salopard de Gabriel a sonné à la porte, je n’ai pas eu le temps de réagir. Un coup sur la tête et j’étais partie au pays des rêves. J’ignore encore comment il a réussi à me transporter sans être vu par quiconque. Je tente de hurler malgré le scotch sur ma bouche. Mes pieds martèlent le sol de cette cave sordide dans laquelle il me retient prisonnière. Il faudrait être con pour ne pas comprendre qu’il essaye d’atteindre ma meilleure amie à travers moi. Il faut vite que je trouve un moyen de m’en sortir. Plus le temps passe, plus j’étouffe ici. La porte s’ouvre, laissant entrer un rai de lumière qui m’aveugle une seconde. La silhouette de ce connard se dessine dans le halo avant qu’il ne s’approche d’un pas. Son visage m’apparaît avec plus de netteté et je hais ce sourire suffisant qu’il arbore. Je lui lance un regard noir qui ne l’effraie pas le moins du monde.

— Tu te débats encore ? se moque-t-il. Tu es plus coriace que je ne le pensais.

J’aimerais l’insulter de tous les noms et le mordre jusqu’à ce qu’il se résolve à me libérer, mais il en a décidé autrement. Il n’est pas stupide, il sait qu’il risque gros en me laissant une chance de me faire entendre.

— Tu vois, il y a un énorme souci avec les personnes comme toi.

Il récupère une chaise sur laquelle il s’assied à califourchon. Ses bras se posent sur le dossier alors qu’il m’examine comme s’il attendait que je lui réponde. Il continue :

— Vous entrez dans une colère telle, qu’elle transcende la peur pour vous éviter de rester paralysée. Le problème, c’est que vous ne vous rendez compte, que bien trop tard, du danger. Tu es persuadée que tes amis vont te retrouver. Avec leur pote geek, tu crois qu’ils vont vite nous localiser.

J’éructe des insultes. Déjà qu’il me gonfle ce psychopathe de fils à papa de mes deux avec ses grands airs et maintenant, il arrive à comprendre ce à quoi je pense. Je le hais.

— Ce que tu ne sais pas, ma chère Camille, c’est que je vais souvent te déplacer. Ce ne serait pas drôle, sinon. Et à chaque fois, tu seras droguée par cette petite seringue.

Il fouille dans sa sacoche pour en sortir ledit objet. Je tressaille à sa vue. Ce mec est taré. Je prends enfin conscience de l’ampleur de la situation. J’ai été kidnappée par un malade. Ce n’est pas un film, c’est la vraie vie. Comme il l’a dit, j’étais tellement concentrée sur ma colère, que je ne m’en suis pas rendu compte. Putain, mais dans quelle merde je suis ?

La peur doit se lire dans mon regard parce qu’il s’exclame d’un air joyeux :

— Enfin, la réaction que j’attendais. Ça y est, t’as pigé ? Bien ! Alors, je vais te laisser faire un gros dodo. J’ai hâte de voir la terreur envahir de nouveau ton joli minois quand tu te réveilleras dans un lieu différent.

Il approche la main de mon cou alors que je me débats, comme si ça allait changer quoi que ce soit. La brûlure de la piqûre me foudroie sur place et, pour la première fois de ma vie, j’ai l’impression que je vais mourir.

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