Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 32 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 32

 

Aymeric

 

J e toque à la porte de chez mes voisins, assez anxieux, quant à la suite des évènements. Hier, je leur ai tout raconté sur mon passé, leur expliquant ainsi comment j’en suis venu à les trahir malgré moi. C’était intense. À peine me suis-je allongé dans mon lit que je me suis endormi comme une masse. J’étais vidé de toute énergie, mais également de ce poids si lourd sur mes épaules. Certes, ce que je fais ne changera pas, néanmoins, ils savent maintenant.

C’est la maman de Camille qui m’ouvre la porte. Je reste figé un instant. C’est la première fois que je la revois depuis l’hôpital. À l’instar de mes anciens amis, son mari et elle ne semblent pas vivre dans la maison.

— Aymeric ! Comment allez-vous ?

— Bien, madame, merci.

— Appelez-moi, Louise ! Entrez !

Elle s’efface pour me laisser pénétrer les lieux. À peine le seuil franchi, je hume l’air. La cannelle m’apaise, comme si l’odeur me prouvait qu’Henri était toujours parmi nous, en quelque sorte.

— Vous venez pour le jardin, c’est cela ?

— Tout à fait. Qu’il reste bien entretenu est primordial pour moi.

Elle acquiesce, la mine triste avant de me précéder dans le salon. Le père de Camille m’adresse un mouvement du menton pour me saluer. Assis à table, une tasse dans une main et son journal de l’autre, il demeure silencieux. Du peu que je l’ai vu, il ne semble pas très loquace.

— Tous les jeunes dorment encore. Ils ne devraient pas tarder à se réveiller. Du café, en les attendant ? me propose Louise.

— C’est très gentil, mais je n’ai pas beaucoup de temps. Je commence mon service à onze heures.

— Pas de soucis, une prochaine fois alors ! Faites comme chez vous, vous devez mieux connaître l’emplacement de chaque outil.

Je confirme puis rejoins le jardin d’un pas vif. Ça m’arrangerait beaucoup de quitter cette maison avant que les autres ne sortent de leur sommeil. Je ne suis pas prêt à les affronter maintenant qu’ils ont eu le temps de digérer ce que je leur ai raconté. La tondeuse récupérée dans le petit cabanon, je me mets en route. Vu le bruit de la bécane, je ne doute pas qu’elle va alerter les dormeurs sur ma présence. Malgré qu’il soit assez tôt, le soleil tape déjà. Il fait bien trop chaud pour un mois de septembre et travailler dehors est un calvaire. Je retire mon T-shirt pour m’éponger le front avec. Il ne faut pas que je traîne si je veux prendre une douche avant le taf. J’attache mon vêtement à ma ceinture avant de continuer mon labeur.

Quelques minutes suffisent pour accomplir cette première tâche. Un coup d’œil à mon téléphone m’annonce qu’il me reste assez de temps pour m’occuper des légumes. Je troque la machine contre un arrosoir que je remplis au robinet extérieur. En m’approchant du jardinet, j’ai le plaisir de constater du coin de l’œil que Camille est postée à sa fenêtre. Sans me retourner face à elle, je crois comprendre qu’elle me mate. L’envie de la taquiner me démange. Elle, qui fait tout son possible pour m’envoyer chier, semble bien contente de la vue que je lui offre. Cependant, j’abandonne cette idée. Notre « entente » est trop fragile pour que je me permette de la pousser dans ses retranchements. Je fais alors mine de ne pas l’avoir remarquée avant de prendre soin des plantes.

— T’es venu tôt pour nous éviter ? s’élève la voix de Camille à l’étage.

Je ne rétorque pas, la réponse est évidente. À la place, je l’informe :

— Les tomates pourront bientôt être récoltées. Elles sont en retard, mais, vu les belles journées, ça ira. Par contre, faudra attendre plus longtemps pour les carottes. Pas sûr que tu en auras cette année.

— C’est là-bas que tu t’es forgé ce corps ou en sortant ?

« Là-bas ». La prison, quoi. Je suis décontenancé par son changement de sujet. C’est toi qui as commencé. Ce n’était pas si brutal avec moi. Pourquoi parle-t-elle ainsi de mon physique ? Je tourne le regard vers elle. À sa tête, elle ne semble pas non plus comprendre pourquoi elle m’a lancé ça. Je vois qu’elle est prête à se renfermer et quitter la fenêtre alors, pour continuer ce contact inattendu entre nous, je me prête au jeu et réponds :

— Faut trouver quelque chose à faire pour ne pas devenir cinglé. Le sport, ça a été mon échappatoire en quelque sorte. De toute manière, il fallait que je m’endurcisse si je ne voulais pas me faire démonter. Du coup, l’activité physique m’a permis de faire d’une pierre deux coups.

Elle acquiesce sans un mot. Je me relève, et frotte mon jean pour enlever la terre qui l’orne. Si je peux éviter de salir leur maison en partant…

— Je vais au boulot.

Elle ne répond pas. Elle s’en fiche, je crois. C’est très probable. Il faut toujours que je sorte des remarques à la con lorsqu’elle est là. J’ouvre la baie vitrée et rejoins la cuisine pour informer Louise et son mari de mon départ. Ces derniers sont assis à table, une montagne de papiers alignés devant eux. J’imagine que ce sont les formalités à remplir suite au décès d’Henri. Je m’approche et déclare juste pour ne pas les déranger :

— Je m’en vais, je reviendrais dans quelques jours pour tondre et tailler les haies.

Ils relèvent les yeux vers moi et Louise se lève d’un bond :

— Vous êtes sûr de ne pas avoir le temps pour un petit-déjeuner ?

— Non, vraiment. C’est très gentil, mais, non.

— Vous devriez venir manger avec nous bientôt, lâche le père de Camille d’un ton avenant.

— Je trouverai un moment.

C’est faux. Dîner avec les parents de Samuel et Camille, avec tout ce qu’il s’est passé… Rien que cette conversation semble surréaliste. Je ne suis plus leur ami, je n’ai aucun droit de m’installer à la même table qu’eux. Néanmoins, je pense qu’ils vont insister si je refuse tout net, alors autant leur sortir un bobard pour éviter cela.

— Au fait, Aymeric. Les funérailles de mon père se feront demain, j’ignore si les enfants vous ont informés.

J’acquiesce bien que ce ne soit pas la vérité. J’imagine que c’est le signe qu’il vaut mieux que je n’y aille pas. Sinon, ils me l’auraient dit. Alors que je m’apprête à partir pour de bon, des pas dans l’escalier nous interrompent. Camille et Samuel nous rejoignent et ce dernier m’interroge :

— Tu viendras, demain ?

Aucune animosité ne transparaît de sa voix. Je prends cela pour une invitation.

— J’y serais, affirmé-je.

Il hoche la tête sans rien ajouter avant de pénétrer dans la cuisine, Camille le talonnant de près. Ils se font alpaguer au passage par Louise, qui leur demande s’ils ont réfléchi concernant la maison. Ma belle blonde soupire.

— Je te l’ai dit, maman. Je fais les travaux puis on verra ce qu’il en est par la suite.

Je ne peux m’empêcher de proposer mon aide :

— Si besoin, je peux donner un coup de main. J’ai dépanné pas mal de fois des amis sur des chantiers, j’ai des bases assez solides. Bref, bonne journée à tous.

Je ne leur laisse pas le temps de répondre, préférant ne jamais avoir de nouvelles concernant ces travaux que de me faire remballer, et quitte la maison. Si je ne veux pas arriver en retard au boulot, je dois me grouiller de me laver et me changer.

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