Pardon (French Edition)
Chapitre 47
Camille
L ’odeur d’Aymeric me fait émerger de mon sommeil. J’ouvre les yeux pour me rendre compte que je me trouve dans un lit autre que le mien. Je me redresse, jette un œil à la ronde et tombe sur un cadre avec une photo de Sophie et lui. Les images de la veille me reviennent. Je me suis endormie dans ses bras. Il m’a portée jusqu’ici, dans sa chambre. Curieuse, je me lèvre pour inspecter la pièce. Certains diraient que je suis une fouineuse, mais j’ai une envie folle de le découvrir d’une manière plus intime. Quoi de mieux que ses affaires ?
Je suis vite déçue par mes trouvailles. On ne peut pas dire qu’il ait grand-chose. Le connaissant, tout son argent doit partir pour Sophie. Je m’apprête à quitter les lieux lorsqu’une boîte ornée d’un énorme cœur m’appelle depuis son bureau. Ne me dites pas que… Je l’attrape, les doigts tremblants, et l’ouvre. La montre que je lui ai offerte à son anniversaire. Il l’a gardée tout ce temps ? Je suis émue. Pas une particule de poussière ne vient souiller le verre, pas une griffe sur le cuir du bracelet. Il en a pris soin, c’est le cas de le dire. Où est-il d’ailleurs ?
Décidée à le trouver, je repose le cadeau avant de sortir de la chambre. J’emprunte les escaliers sans faire de bruit. Le calme règne dans la maison, signe que je suis la première à me réveiller. Je pénètre dans le salon et découvre Aymeric allongé dans le canapé, un plaid relevé jusqu’à son menton. Son visage est si paisible à cet instant. Il est adorable de m’avoir filé son lit et d’être redescendu ici ensuite.
Je le laisse dormir et gagne la cuisine pour préparer du café. Il me semble qu’il en consomme toujours. Je cherche un moment les dosettes dans ses armoires avant de les trouver. La machine lancée, j’attends que la boisson coule. Un léger grognement me parvient depuis le salon. On dirait qu’il est réveillé. Quelques secondes plus tard, il me rejoint et je manque de faire une syncope. Il n’est vêtu que d’un jogging, me laissant le loisir d’admirer à nouveau son torse nu et ses ados finement ciselés. Quel spectacle ! Je me mords la lèvre en le matant sans vergogne.
— Bonjour à toi aussi, lance-t-il avec un petit rire.
— Salut…
— Bien dormi ?
— À merveille ! Ton lit est d’un confort !
Je m’extasie tout en lui tendant sa tasse fumante. Il me remercie d’un baiser sur la joue et cette scène me semble soudain si intime que j’en rougis. On dirait un vieux couple. Le téléphone sonne et il quitte la pièce pour y répondre. Tandis que je m’installe sur l’un des tabourets du bar, je me demande qui peut bien l’appeler à neuf heures du matin. Pas sa patronne, j’espère. Elle lui a déjà fait le coup la semaine dernière.
Après quelques instants, il revient, mutique. Il récupère une boîte de céréales dans l’armoire ainsi qu’un bol avec le prénom de Sophie inscrit dessus. Si je n’étais pas inquiète par ce soudain silence, je trouverais mignon qu’il prépare le petit-déjeuner de sa sœur. Je l’observe sans savoir quoi dire. Et s’il était replongé dans les emmerdes ?
— Ça va ? demande-t-il.
— Hein ? Pourquoi ?
— Parce que tu as l’air nerveuse. J’ai fait quelque chose ?
— C’est plutôt moi qui devrais poser la question. Tu t’es renfermé après ton coup de fil.
Il soupire et vient s’installer en face de moi. Il passe sa main sur sa barbe avant de lâcher :
— C’était mon avocat. Il m’a annoncé que j’étais convoqué dans quelques jours pour une audience. Je saurais à ce moment-là si je récupérerai Sophie ou non.
— Mais c’est génial, m’exclamé-je. Pourquoi tu n’es pas content ?
— Parce que rien n’est gagné d’avance. Je pars même avec un sacré handicap.
Je fronce les sourcils. Comment un frère aussi aimant pourrait se voir refuser la garde de Sophie ? Elle est la prunelle de ses yeux. Elle ne sera heureuse nulle part, ailleurs qu’à ses côtés ? Se rendant compte que je ne comprends pas pourquoi il est défaitiste, un rire jaune lui échappe et il explique :
— Je dois te rappeler que j’ai fait de la prison pour tentative d’enlèvement et complicité de coups et blessures ?
Pas faux. J’avais presque oublié ça, oui. Je secoue la tête.
— C’est des conneries, tout ça ! Personne ne pourra mieux d’occuper de Sophie que toi.
— Peut-être, pourtant, ce n’est pas à nous d’en juger malheureusement.
— C’est injuste…
Je suis outrée. Certes, il a merdé, néanmoins, il a payé sa dette. Surtout que quiconque connaît toute l’histoire sait qu’il n’a toujours été question que de la sécurité de Sophie. Celui qui croit qu’Aymeric est un danger pour elle se fourre le doigt dans l’œil. Merde, on accorde de nouveau la garde à des parents qui ont fait pire que ça ! Je me demande si écrire une lettre au juge pour lui dire à quel point Aymeric est formidable avec sa sœur pourrait jouer en sa faveur. Après tout, je suis l’une des principales victimes de l’histoire. Si même, moi, je lui pardonne et affirme qu’il s’occupera d’elle comme il se doit, alors qui peut affirmer le contraire ? C’est décidé, je vais le faire ! Qui ne tente rien n’a rien.
Son portable vibre sur la table, m’extrayant de mes pensées. Un immense sourire vient barrer son visage et je lui demande :
— Une bonne nouvelle ?
— Ma patronne me propose un CDI, elle veut que je passe signer les papiers avant de prendre mon service ! Putain, c’est super pour le tribunal, ça !
— Félicitations !
Dans un élan de joie, je me lève pour me jeter sur lui. Il m’attrape et me serre contre lui. Ses bras puissants autour de ma taille me font chavirer et je meurs soudain d’une envie de me décoller pour l’embrasser. Pourtant, je ne suis pas sûre que ce serait bénéfique pour lui comme pour moi. Je ne souhaite pas lui mettre la tête en vrac à quelques jours d’une audition qui bouleversera sa vie et celle de sa petite sœur. Aussi, je me force à être sage et me contente de profiter de son étreinte.
Des pas dans l’escalier résonnent. Je tente de repousser Aymeric pour éviter que Sophie ne nous voie, mais il demeure accroché à moi. La bouche dans mon cou, il murmure :
— Reste encore un peu, j’ai besoin de te sentir contre moi. Sophie va d’abord passer aux toilettes. Je te promets de te lâcher avant.
Sa requête m’électrise. Je consens donc à l’enlacer plus longtemps. Autant pour son bien-être que pour le mien. Je sais que je joue un jeu dangereux à continuer de m’approcher malgré nos sentiments respectifs. Pourtant, la peur reflue lorsqu’il m’étreint ainsi. Je ferme les yeux, priant pour que tout se passe bien dans les jours à venir.
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