Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 19 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 19

Aymeric

 

J e ne fais pas plus attention à la mine énervée de Camille et me lève pour rejoindre Henri. Je n’ai pas la force de polémiquer avec elle sur son envie de me trouver là. Henri est ma priorité pour le moment. Je longe le couloir aux murs aseptisés, la boule au ventre. Ici, seule l’odeur des produits détergents vient titiller nos sens. Il n’y a pas pire endroit pour mourir.

Je m’arrête devant la porte sans parvenir à dénicher le courage de l’ouvrir. Je sais très bien le genre de discussion que nous allons avoir et je ne suis pas prêt à le décevoir, lui qui a tant fait pour moi. Décidément, je suis le roi pour me mettre dans des situations impossibles. Quel karma pourri…

Je pénètre dans la chambre d’Henri en me faisant tout petit. Minuscule dans son lit immaculé, il me fait signe d’approcher. Préférant lancer moi-même la conversation, je l’interroge sur son état :

— Comment vous sentez-vous ?

Son regard perçant se plonge dans le mien et je déglutis face à son air sérieux. Je ne détournerai pas son attention ainsi, c’est clair. Je n’y couperai pas, il est temps pour moi de répondre à ses questions.

— Étais-tu au courant… que j’étais le grand-père de Camille lorsque tu m’as tout raconté ?

OK ! Au moins, c’est direct ! Je soupire et m’assieds sur le lit, secouant la tête.

— Je n’en avais aucune idée. Si j’avais su, jamais je n’aurais tissé de lien avec vous. Malgré ce que je lui ai fait subir, j’ai trop de respect pour votre petite-fille pour lui faire cela.

— C’est bien ce que je me disais, dit-il simplement en acquiesçant.

J’ignore si ma réponse le satisfait, mais elle a le mérite d’être franche. Je ne vais pas cacher les horreurs que j’ai effectuées, il est au courant de tout. Tout ce qu’il me reste à faire est d’être honnête avec eux.

— Écoute, mon grand…

Il prend une longue inspiration sifflante, alors que, de mon côté, je suis ému d’être encore appelé par ce surnom. Quand j’ai appris pour leur lien de parenté et qu’il a tout découvert, je pensais que j’en serais privé. Il continue, ses paroles hachées :

— Je regrette que l’histoire que tu m’as racontée… concerne mes petits-enfants. J’aurais préféré que tu ne la fasses pas souffrir… Néanmoins, je sais que tu es… un bon garçon. J’ai pu le voir durant ces longs mois en tant que voisin.

Je n’ose pas l’interrompre. Ces simples mots me font un bien fou. Même si je reste persuadé d’être un connard fini, entendre qu’il ne pense pas comme moi me soulage d’un poids. Son avis est si important pour moi. Il pose sa main sur mon épaule.

— Tu n’as pas pris tes décisions sur un coup de tête… Tu as bataillé pour que chacun… s’en sorte indemne et… à mon plus grand désarroi, tu n’as pas pu. Protéger ta petite sœur… était, pour toi, la meilleure chose à faire. Camille finira par le comprendre… J’en suis persuadé. À ce moment-là… Promets-moi de prendre soin d’elle.

Je lâche un rire désabusé. Si tout était si facile, ça se saurait. Jamais Camille ne me le pardonnera. Ni maintenant ni plus tard. Ce que je ne peux qu’approuver. Je ne le mérite pas.

— Elle ne me le permettra pas, Henri.

Il se contente de me répondre par un sourire énigmatique qui me laisse perplexe. J’ignore ce que ce vieil homme a en tête et je ne suis pas certain de vouloir le découvrir. Curieux, tout de même, je m’apprête à lui poser des questions quand la porte s’ouvre. Camille apparaît, son portable contre l’oreille et annonce :

— Samuel est au téléphone, il souhaite te parler. Et papa et maman arrivent au plus vite.

Henri tend la main vers l’appareil pour l’attraper et Camille me traîne hors de la chambre d’un geste brusque. Je me laisse faire, lui permettant de me conduire par la manche jusqu’au hall de l’hôpital. Elle se stoppe sans, toutefois, me lâcher. Je quémande :

— Camille, c’est possible de récupérer mon bras ?

Elle se rend compte de notre contact et cède sa prise comme si je l’avais brûlée. Elle fait plusieurs pas en arrière pour remettre de la distance entre nous. Ce constat m’attriste. Comment pourrais-je tenir une telle parole à Henri, si elle ne peut respirer qu’à plusieurs mètres de moi ? Elle me tourne le dos pour s’éloigner, mais je la rattrape, tentant le tout pour le tout :

— Est-ce qu’on pourra parler plus tard ? Quand tu t’en sentiras capable ?

— Je n’ai rien à te dire, Aymeric.

— Je te demande juste de m’écouter. On est d’accord, je ne mérite pas que tu m’accordes de ton temps. Pourtant, j’aimerais pouvoir te donner toutes les raisons, t’expliquer comment j’en suis arrivé là.

Elle pousse un profond soupir tout en se pinçant le nez. Elle est exténuée, je le vois bien. Je m’en veux de lui causer plus de problèmes.

— Je vais y réfléchir.

C’est déjà énorme qu’elle le fasse, aussi, je lâche l’affaire pour ce soir. Elle a d’autres chats à fouetter. J’hésite sur la suite. Dois-je lui montrer que je suis présent pour elle au risque de la brusquer ? Je me vois mal la laisser seule sans savoir qu’elle a un support moral, même si j’ai conscience que je suis la dernière personne sur laquelle elle souhaite s’appuyer. Prenant mon courage à deux mains, je pose une main sur son biceps.

— Si tu as besoin de quoi que ce soit, je suis là.

Elle frissonne avant de se dégager d’un coup d’épaule. Je n’insiste pas, c’est trop tôt pour ce genre de déclarations. Elle croise les bras comme pour se protéger.

— Je vais passer la nuit ici, m’informe-t-elle. Rentre, on ne peut rien faire de toute manière.

J’acquiesce sans la contredire et la laisse retourner au chevet de son grand-père. Il est hors de question que je retourne chez moi, alors qu’il est dans cet état. Le médecin a dit qu’il pourrait ne pas survivre aux prochaines heures et jamais je ne me pardonnerais de ne pas avoir été là jusqu’au bout. Je prends ainsi le parti de m’installer dans la salle d’attente jusqu’au petit matin. Je m’avance vers l’accueil et demande à l’une d’elles :

— Excusez-moi, serait-il possible d’avoir un oreiller ou quelque chose du genre ?

La jeune femme se tourne vers sa collègue et m’annonce d’un air embarrassé :

— Ils sont réservés pour nos patients et les familles qui dorment dans la chambre, je suis vraiment désolée.

— Ça ne fait rien, je comprends.

Je lui adresse un sourire puis fais volte-face. Elle m’interpelle avant que je ne passe la porte de la pièce :

— Vous seriez plus à l’aise chez vous, vous savez ? Nous avons les meilleurs médecins, je pense qu’il n’y a pas trop de risques à ce que vous rentriez.

— C’est gentil de vous inquiéter, mais ça ira.

Je lui jette un dernier regard avant de m’installer sur la chaise avoisinant l’entrée. Je détaille la salle d’un coup d’œil. Dans le genre accueillant, on pourrait faire mieux. Seule une petite télévision pourrait égayer les lieux si ce n’était pas un bulletin d’informations pourries en continu qui tournait. Et sans le son, ce ne serait pas drôle sinon. Après tout, nous parler de la guerre, de la maladie et de la criminalité alors qu’on se bat contre la mort ou celle d’un proche, c’est une excellente idée ! Je me cale dans mon siège pour tenter de trouver la position la plus confortable et sors mon téléphone pour patienter. Il ne reste plus qu’à attendre.

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