Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 5 sur 51

Pages du PDF

Pardon (French Edition)

Chapitre 5

 

Aymeric

Deux ans plus tôt…

 

C ela fait déjà un quart d’heure que je suis sous l’eau froide pour tenter de me rafra î chir les idées. La nuit n’a pas réussi à me calmer, bien au contraire. L’image de Camille dans cette salle de bain, si proche, tourne en boucle. Je me revois l’attraper par les hanches, et…. Je lâche un râle puissant et frappe sur la paroi de la douche. Pourquoi je pense à cela sérieux ? C’est la petite sœur de mon meilleur pote et, accessoirement, la meilleure amie de la fille que je dois trahir. Quelle merde… Je ne comprends toujours pas pourquoi elle m’a embrassé. Elle devait être trop bourrée. Et moi qui ne l’ai même pas repoussée. Tu en mourrais d’envie depuis trop longtemps.

— Ce n’est pas une raison suffisante !

Je sors de la douche avant de continuer ce dialogue avec moi-même. Je m’habille et rejoins Samuel au salon, espérant que ce dernier ne m’a pas entendu parler tout seul. Il poserait trop de questions. Mon ami est sur son ordinateur et me salue lorsque je pénètre dans la pièce.

— Alors, ta soirée s’est bien passée ?

— Pas trop mal.

Je ne précise pas plus que cela. Il y a déjà trop d’images de mon dérapage qui me viennent à l’esprit. Je prends place à ses côtés au moment où il termine d’envoyer un mail. Il pose son appareil sur la table avant de se saisir des manettes. Il m’en tend une et lance la console.

— J’ai vu des photos sur les réseaux. T’as croisé ma sœur ?

Je tente de prendre mon air le plus nonchalant possible pour éviter qu’il ne se doute de quoi que ce soit :

— Ouais, je l’ai gardée à l’œil pour vérifier que tout se passe bien. Camille a souvent la main un peu lourde sur l’alcool.

Ce n’est pas cool de ma part de parler d’elle ainsi, mais, à cet instant, rien d’autre ne me vient à l’esprit. C’est soit cela, soit je lui balance que j’ai choppé sa frangine dans la salle de bain des organisateurs. Et puis, c’est à moitié exact, je l’ai bel et bien surveillée.

— Merci, mec, t’es un vrai pote. Comme tu dis, elle enchaîne les descentes comme si elle était capable de tenir plus de deux verres sans être bourrée. Aucun lourdingue ne l’a emmerdée ?

On toque à la porte, m’évitant de répondre à cette question piège. Sans le savoir, Samuel a fini par me mettre au pied du mur. Je suis un mauvais menteur et j’ignore encore comment j’ai fait pour ne pas dévoiler les plans de Gabriel. Mon coloc va ouvrir. Je prie pour que ce ne soit pas elle. Sa tête blonde fait irruption dans la pièce. Foutu karma ! Elle s’exclame :

— J’ai un mal de crâne, atroce ! Dis-moi qu’il te reste de l’aspirine !

— Tu ne devrais pas boire autant, ça t’apprendra, la réprimande son frère avec un air faussement sévère.

Même s’il s’inquiète pour elle, il sait qu’il y a toujours quelqu’un pour la protéger. S’il apprenait comment tu la « protèges ». Madame maturité lui tire la langue comme une gamine et rétorque :

— Je n’avais pas bu tant que ça ! J’ai juste mal dormi.

— Tu confirmes ?

Samuel se tourne vers moi et j’aimerais disparaître à cet instant. Camille lance un regard noir avant de s’affaler dans le canapé. Je lève les mains en l’air comme pour me défendre.

— Je ne rentre pas dans vos débats, moi !

— Vaut mieux pour toi !

Je fais fi de la menace à peine dissimulée. Alors que je pense que Samuel va me rejoindre pour reprendre notre partie, il récupère ses affaires.

— Ce n’est pas le tout, mais j’ai du travail qui m’attend. Ne vous entretuez pas !

Sur ces paroles qui semblent prophétiques, il quitte l’appartement. Un énorme silence s’abat sur nous, plus pesant que n’importe quel poids imaginable. Je doute qu’elle ait envie de parler de la veille. Ou peut-être que si ? Merde, je n’en sais rien, en vrai. Je m’apprête à me jeter à l’eau quand Camille se lève. Je la contemple s’éloigner vers la salle de bain et en revenir avec une boîte de médicaments. Sans un regard pour moi, elle rejoint la porte d’entrée, prête à quitter les lieux. Je suis déçu. Pourtant, c’était bien la raison de sa visite. Je ne devrais pas le prendre personnellement. Quoique… Je me redresse d’un bond pour la stopper avant qu’elle ne parte.

— Écoute, pour hier, commencé-je avec prudence.

— Tu veux dire le moment où tu m’as embrassée puis tu t’es barré comme un voleur ?

Sa remarque me pique. Elle ne fait qu’exposer la vérité, cependant, j’ai besoin de me justifier donc, comme un con, j’objecte :

— Alors, déjà, c’est toi qui m’as embrassé et…

— J’étais un peu pompette !

— Justement ! Je ne suis pas du genre à abuser des filles alcoolisées ! Je savais que tu regretterais une fois sobre. J’ai préféré t’épargner ça.

J’avais conscience que l’alcool avait aidé, j’en étais certain. Elle m’en donne la confirmation et je ne peux m’empêcher d’être blessé. Sans la boisson, elle ne m’aurait jamais approché. Ça fait mal… En même temps, une fille comme Camille ne pourrait pas s’intéresser à un gars comme moi. Nous sommes trop opposés. Elle, la belle et magnifique femme forte et sûre d’elle. Avec moi, le maigrichon de service qui ne sait que jouer au clown ? Un traître, qui plus est. Non, impossible.

Ne souhaitant pas continuer cette discussion qui s’annonce trop éprouvante pour mon ego, je fais un pas en arrière. Je fais volte-face pour lui tourner le dos et lance pour la rassurer :

— T’inquiète pas, ça restera entre nous, personne ne l’apprendra. Ton honneur est sauf.

Je ne lui laisse pas le temps de répondre et me dirige vers ma chambre pour récupérer ma sacoche. Une minute plus tard, elle est déjà partie lorsque je regagne de nouveau l’entrée. Le cœur lourd, je claque la porte derrière moi pour rejoindre cet enfoiré de Gabriel qui m’attend dans sa planque.

OceanofPDF.com