Pardon (French Edition)
Chapitre 12
Aymeric
Deux ans plus tôt…
J e soupire au nom de Gabriel qui s’affiche sur mon écran. S’il prend la peine de m’appeler, c’est qu’il se passe quelque chose de très important. J’appuie sur la touche décrocher de mon téléphone.
— Allô ?
— Ça va être à toi de jouer. Cet enfoiré de Cameron est sorti de leur
immeuble et a rejoint direct le commico1. Je ne pense pas qu’elle lui ait dit quoi que ce soit, ça doit être parce que t’as volé sa caisse. En tout cas, il l’a retrouvée, maintenant, c’est à nous de les bousiller tous les deux. Tu sais ce qu’il te reste à faire.
Sans plus de cérémonie, il raccroche. C’est maintenant que les emmerdes débutent pour de vrai. C’était bien beau de devoir me rapprocher de tout le monde pour en apprendre plus sur eux. Faire en sorte de détruire deux vies est une autre chose. Pourquoi a-t-il fallu que je m’embarque là-dedans ? Si je n’avais jamais commencé à consommer cette drogue de merde, on n’en serait pas là. Putain, quelle chienne de vie. J’enrage sur ma propre bêtise. Quel con j’ai été…
Je prends la direction de notre appartement. J’ignore ce que Gabriel va me demander de faire dans les prochains jours. Hormis les espionner, je n’en sais pas plus pour le moment. Je passe devant le commissariat et c’est à cet instant que Cameron en surgit, passablement énervé. Moi qui voulais me garder de le croiser maintenant pour retarder l’inévitable. Karma pourri.
— Cameron ? l’interpelé-je.
Il pose son regard sur moi et ses yeux s’écarquillent lorsqu’il me reconnaît. Je feins la surprise de le trouver ici. Je m’approche de lui et m’exclame avec un sourire :
— Mais, ouais, c’est bien toi ! Qu’est-ce que tu fais là, vieux ?
Il termine la distance qui nous sépare pour m’offrir une accolade. Je joue le jeu malgré mon envie de vomir. Il est sincèrement heureux de revoir un ami de longue date et je m’apprête à détruire sa vie et celle de la femme qu’il aime. Je me dégoûte. Pour cacher mon malaise, j’enchaîne :
— Ça fait bien deux ans qu’on ne s’était pas croisés !
— Si ce n’est plus ! C’était quand tu venais voir ta copine de l’époque, nan ?
Je grimace à cette évocation. Pas la fille la plus futée avec laquelle je suis sortie. Aucune conversation et en plus pour un pot de colle, c’en était un. Après, j’affirme ça avec du recul. Je n’étais pas du tout d’accord lorsque mes amis me le rabâchaient. Comme quoi, l’expression, qui dit que l’amour rend aveugle, n’est pas si fausse. Nous discutons quelques minutes sur mon installation, ici, sans que je ne lui fasse part des véritables raisons.
Je décide de tâter le terrain pour voir ce qu’il sait sur la situation de Lucie et ce qu’il est prêt à dévoiler. Je demande donc d’un ton innocent :
— Mais toi, qu’est-ce que tu fous là ?
— Longue histoire. Pour faire simple, il s’est passé un truc, y a quelque temps et je viens chercher des réponses.
— T’as un endroit où dormir ?
— Je pensais prendre un hôtel pas trop loin, mais je voulais passer au commissariat avant. On m’a volé ma caisse, à peine arrivé ici.
— Ah merde, pas de pot ! Je peux peut-être te donner un coup de main sur un point, par contre. Je vis avec un autre gars et on a une chambre de libre dans notre appart. Si t’as besoin, tu restes le temps de te retourner.
— Sérieux ? Ça m’aiderait bien ! T’es sûr que ça ne dérangera pas ton coloc ?
— T’inquiète, il est méga cool.
Gabriel sera ravi de savoir que j’ai trouvé la parade pour garder Cameron à l’œil. Je deviens bon dans ces combines et ça m’embête au plus haut point. Je l’invite à me suivre tout en continuant de poser des questions. Tout ce que j’apprends, c’est qu’il recherche une amie qui a disparu de la circulation sans rien dire et qu’il veut savoir pourquoi. Bien, Lucie n’a donc rien laissé fuiter lors de leur entrevue. Si ça pouvait rester ainsi…
Je tique lorsqu’il m’annonce qu’il a demandé de l’aide à Bastien. Bon sang, son frère est un crack en informatique, il risque bien de nous faire la misère. Pourvu qu’ils ne découvrent jamais mon implication. Tu pourrais être honnête aussi et leur expliquer. C’est trop dangereux. Si Gabriel l’apprend… Je n’ose même pas imaginer ce qu’il ferait à Sophie. Hors de question. Pour l’instant, elle est en sécurité chez papi et mamie, c’est tout ce qui compte. Nous arrivons devant notre immeuble. Je donne un coup d’épaule dans la porte d’entrée.
— Elle bloque un peu et le digicode est en panne, l’éclairé-je.
Il se contente d’acquiescer et nous montons dans l’appart. Je l’invite à s’installer pour faire comme chez lui. Je ramène deux bières depuis la cuisine et nous discutons de tout et de rien comme les deux potes que nous sommes. Tout du moins, ce qu’il pense que nous sommes. Le bruit de la serrure nous interrompt. La voix de Camille s’élève avec celle de Samuel et je comprends que je suis dans la merde. Déjà parce qu’elle a rencontré Cameron et également parce que nous sommes en froid tous les deux. Je répète : karma pourri.
Cameron se tend près de moi quand Camille apparaît. OK, il a donc rencontré son côté bulldozer. Cette dernière s’arrête net lorsqu’elle le voit et Samuel la questionne, inquiet :
— Camille ?
— C’est le mec dont je t’ai parlé, la « connaissance » de Lucie.
Si la situation n’était pas si critique, j’aurais ri à sa réaction. Le pauvre, lui, qui a un coup de cœur sur Lucie… Les deux garçons se jaugent d’un regard alors que Samuel se présente :
— Cameron, donc. Je suis Samuel, le frère de Camille et ami de Lucie. Et tu es chez moi.
— Et pas le bienvenu, surenchérit ma beauté blonde. En tout cas, pas tant qu’on ne saura pas ce que tu fais ici.
Vous pouvez toujours courir…
— Écoutez, tout ce que je veux, c’est l’aider, même si vous ne vous en rendez pas compte. J’en ai rien à battre de votre avis ou d’avoir votre approbation. Vous faites pas de bile, je me barre. Aymeric, on se capte plus tard.
Il se taille ainsi sans plus de cérémonie. Merde, faut qu’il revienne. S’il n’emménage pas dans l’appart, je ne pourrais pas le surveiller.
— Tu le connais ? m’attaque Camille.
Je pourrais très bien dire que c’est une simple fréquentation. Après tout, ils lâcheraient l’affaire et le garderaient éloigné de Lucie. Néanmoins, les chances pour que cela convainque Gabriel d’abandonner et de laisser Lucie et Cameron tranquilles sont nulles. Maintenant que les deux sont réunis et qu’il a retrouvé Lucie, il ne s’arrêtera que lorsqu’il aura assouvi sa vengeance débile. Autant jouer franc-jeu, pour une fois que je peux dire la vérité.
— Ouais, c’est un vieux pote du lycée. On s’est perdus de vue et je viens de le croiser. C’est un bon gars, je comprends pas ce que vous lui reprochez.
Samuel se précipite derrière Cameron pour le rattraper, cherchant à coup sûr des réponses alors que Camille reste plantée devant moi. Je me lève pour rejoindre ma chambre, mais elle me retient. Son contact m’électrise et j’ai toutes les peines du monde à garder un visage impassible. Elle demande :
— Tu es sûr qu’il n’est pas un danger pour elle ?
— Certain.
Si elle savait qu’au contraire, il est le seul à pouvoir la sauver des griffes de Gabriel… Elle me relâche et je me précipite dans ma piaule avant de lui sauter au cou pour l’embrasser. Je suis censé être une taupe, être le moins en danger et je me retrouve être le dindon de la farce. À bien y réfléchir, je suis celui qui a le plus à perdre.
1 Argot signifiant commissariat.
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