Pardon (French Edition)

Chloé Dupont · Chapitre 48 sur 51

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Pardon (French Edition)

Chapitre 48

Aymeric

 

J e descends les marches du tribunal, encore sonné du verdict. J’ai gagné. Le juge a décidé que j’étais assez digne de confiance pour que j’obtienne la garde de Sophie. Putain, ma petite sœur va enfin pouvoir avoir la vie qu’elle mérite. J’oscille entre le rire et les pleurs. Je pensais que c’était impossible, que le verdict était inéluctable et pourtant…

Je me stoppe quand la silhouette de Camille m’apparaît. Surpris de la trouver ici, je m’approche. Elle m’adresse un sourire timide avant de s’expliquer :

— Je voulais être la première à savoir, tu sais comme je suis curieuse. Alors, Sophie va pouvoir enfin vivre sa vie de petite fille ?

Je dévore les quelques mètres qui nous séparent en courant et enroule mes bras autour de sa taille. Je la fais tournoyer, me gorgeant de son rire qui sonne si doux à mes oreilles. Mes mains plongées dans ses cheveux, je presse son visage contre mon torse.

— Tu m’étouffes !

— Oh ! Pardon !

Je me recule d’un pas, mais elle me rattrape pour me plaquer de nouveau contre elle. Je suis si content qu’elle soit là, bordel.

— J’imagine que la réponse est positive.

J’acquiesce, incapable de trouver les mots pour exprimer le bonheur qui me submerge. Sophie, qui va pouvoir venir vivre avec moi, et Camille, qui est présente à mes côtés…

— Félicitations ! Vous le méritez, tous les deux. Après avoir passé des années à vous battre pour être heureux, cette nouvelle ne pouvait pas mieux tomber. Je veux tout savoir, raconte-moi !

Elle m’entraîne vers un petit banc et je la laisse m’asseoir sans rechigner. J’ai les jambes tremblantes d’émotion et je ne suis pas certain qu’elles pourront supporter ma carcasse plus longtemps. Me rejouant le fil de l’audience, je lui décris par la même occasion :

— Je pensais que c’était mort. Souvent, le juge a une idée, bien en tête, du verdict avant même que ça ne commence. Surtout pour des gars qui sont partis en prison comme moi. Mon avocat m’avait mis en garde. Et ça n’a pas loupé. J’avais beau exposer encore et encore mes raisons, il revenait encore à la charge. Jusqu’à ce qu’un mec vienne lui porter une lettre à son attention, expliquant qu’elle s’était perdue dans la masse de papiers. Il l’a lue et, comme par magie, il s’est adouci. J’ignore qui et quoi, mais putain ça m’a sauvé les miches.

Je n’arrive toujours pas à croire à ce coup du destin. Camille arbore un sourire fier avant de lancer :

— Je suis contente que ça ait pu t’aider, j’avais peur que ça ne serve à rien.

— C’était toi ?

Je suis abasourdie. Quoi ? Comment ? Pourquoi ? Des dizaines de questions se bousculent dans ma tête. Elle a écrit une lettre au juge pour plaider en ma faveur ? Après tout ce que je lui ai fait subir, elle m’a offert ce cadeau inestimable ? Je dois être en plein rêve, pincez-moi !

— Je me suis dit qu’un pardon de la part d’une des victimes avec énonciation de tout ce que tu fais pour ta sœur pourrait faire pencher la balance.

Je suis trop ému pour émettre le moindre son. Elle vient de m’annoncer qu’elle m’a pardonné ou j’ai halluciné ? Non, c’est trop beau pour être vrai. Dans quelques secondes, je vais me réveiller dans mon lit et me rendre compte que Sophie est toujours en famille d’accueil et que Camille me déteste.

— Aymeric, ça va ?

Elle agite sa main devant mes yeux pour attirer mon attention. Je secoue la tête et reporte mon regard sur elle.

— Pourquoi tu as fait ça ?

— Parce que c’est ce qu’il y avait de plus juste, quelle question ! Sophie est plus heureuse avec toi que n’importe où ailleurs. S’il y avait une infime chance pour que votre vie soit meilleure, il fallait la saisir.

— Comment pourrais-je un jour te remercier ?

Cette femme est un ange tombé du ciel. Au lieu de ruminer sa rancune contre moi, elle a préféré aller de l’avant pour le bien-être d’une petite fille. Il y a si peu de monde qui serait capable d’une chose pareille et elle lâche ça comme si c’était normal. Putain, ce que j’aime cette fille. Je la vois hésiter un instant avant qu’elle ne déclare :

— Tu pourrais m’embrasser.

L’embrasser ? La mâchoire m’en tombe. J’ignore à quoi est dû ce revirement de situation. Un jour, elle me dit qu’elle me déteste puis elle me demande de l’embrasser ? Qu’ai-je fait pour mériter ça ? Déjà qu’elle n’aurait jamais dû sortir avec moi, en premier lieu, alors m’accorder une nouvelle chance ?

Je prends son visage entre mes mains, caressant ses joues avec toute la délicatesse dont je suis capable. Cette femme est un trésor qu’il faut chérir. Elle ferme les yeux, prête à recevoir ma bouche contre la sienne. Cependant, lorsque mes propres paupières sont closes, l’image de Samuel s’impose à mon esprit. Je lui ai promis de ne plus m’approcher de Camille pour ne plus risquer de la faire souffrir. Je l’ai déjà trahi une fois, je suis incapable de recommencer. À contrecœur, je la relâche. Elle m’envoie un regard perdu.

— Je ne peux pas, affirmé-je.

— Pourquoi ?

Je ressens sa voix triste comme un uppercut dans le ventre. Voilà la raison pour laquelle Samuel ne veut pas que je sois près d’elle. Je ne lui apporte que du chagrin.

— J’ai promis à Samuel de ne rien tenter avec toi.

— Tu te fous de ma gueule ?

Furieuse, elle bondit du banc, attirant le regard des promeneurs sur nous. Son visage devient rouge de colère alors qu’elle vocifère :

— Je me bats contre moi-même pour te pardonner, te laisser une nouvelle chance de faire les choses bien et tu me rejettes à cause de mon frère ? Tu es tendre avec moi, te rends disponible dès que j’en ai besoin jusqu’à ce que je te refasse confiance puis tu m’envoies balader ? Mais je suis quoi, pour toi, Aymeric ? Un jouet ?

— C’est là que tu ne vois pas le problème, Camille, réponds-je d’une voix lasse. Ce n’est pas censé être une lutte. Si tu dois me pardonner, il faut que tu en aies entièrement envie. Et que je le mérite, surtout. Ce qui n’est pas le cas. Alors même si ça me déchire, je te laisse t’en aller. Tu trouveras un homme qui te rendra heureuse sans que tu aies besoin de te battre.

— Tu sais quoi ? Va te faire foutre, Aymeric.

Sur ces mots, elle tourne les talons et je me retrouve planté, là, comme un con. J’avais conscience que cette histoire finirait ainsi. Depuis notre première rencontre, je n’arrive qu’à la faire souffrir. Au moins, cette fois-ci sera la dernière.

Je reste encore un peu assis sur ce banc, les yeux fixés dans la direction qu’elle a empruntée. Je devrais fêter la reprise de la garde de Sophie pourtant, j’en suis incapable. Mon cœur est trop lourd d’avoir à nouveau déçu Camille. Une journée douce-amère…

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