Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 17 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 17

Rafael

 

Je rumine toute la journée en imaginant Caro dans les bras du gars de

l’autre soir, la savoir avec un tel salaud me fiche en rogne. Comment a-t-elle pu tomber entre les griffes de ce dragueur invétéré ? Elle m’a tout l’air censée.

Je ne comprends pas qu’elle ne remarque pas les tromperies de son

compagnon. Peut-être ferme-t-elle volontairement les yeux sur l’infidélité de son mec ? Qu’une fille comme elle fréquente un goujat pareil m’exaspère. Elle mérite tellement mieux. Je devine chez cette femme une belle personne, douce et pleine d’empathie, avec une gaieté et une joie de vivre inégalable. Caro irradie, elle est un rayon de soleil dans la grisaille de la vie.

Je n’étais pas amoureux de Lola et pourtant je la respectais. Je ne suis jamais allé voir ailleurs. Les occasions de la tromper au bar de Jack ne manquaient pourtant pas, je n’ai jamais cédé à la tentation.

Tous les vendredis soir débarquaient une brochette de filles prête à tout

pour évacuer le stress de la semaine, un vrai défilé de chattes en chaleur. Un sourire enjôleur de ma part et c’était le jackpot. J’aurais pu en entraîner une paire dans les toilettes et faire mes petites affaires. Personne n’aurait trouvé à y redire, seulement je ne l’ai jamais fait.

Pour éviter de penser à Carodilla, je décide de m’occuper l’esprit. Je suis ici dans un seul but : vider cet appartement. Autant passer ma frustration sur le tri qui m’attend. Je marque un moment d’arrêt devant le portrait de ma mère qui me nargue. Je scrute ses traits fins, et l’amour débordant de son regard. Tout ceci m’interpelle et ne fait rien pour apaiser mon humeur orageuse. Au contraire, ce tableau suscite une multitude de questions auxquelles je n’ai aucune réponse.

Mon père nous a lâchement éjectés de son existence. Dans ce cas,

pourquoi a-t-il gardé ce portrait sous les yeux ? Pourquoi n’a-t-il pas cherché à me rencontrer puisqu’il s’intéressait à ma vie et m’épiait de loin ? C’est un mystère qu’il me faut éclaircir.

Je regarde le fourbi qu’il me reste à trier en espérant y trouver des

réponses.

Je jette l’éponge une demi-heure plus tard, je n’ai pas la tête à ça. Ce travail n’atténue en rien le feu qui coule dans mes veines. Je vis par procuration ce maudit mariage en me demandant sans cesse ce que fait Caro à l’instant présent. Je l’imagine avec l’autre et cela me tue. J’étouffe, j’ai besoin de prendre l’air.

J’attrape mon trousseau de clés, range mon smartphone dans la poche

arrière de mon jean et pars sillonner la ville jusqu’à ne plus pouvoir réfléchir.

Hélas, je ne vais pas bien loin, mes plans tombent à l’eau en repérant une silhouette avachie sur une chaise. Manolo est assis à l’une des tables de son troquet, la tête entre les mains. L’expression "porter le poids du monde sur les épaules " prend alors tout son sens.

J’entre pour tenter de lui apporter un peu de réconfort. Manolo souffre et n’a pas les moyens de s’offrir les services d’un extra. Ses douleurs s’accentuent le soir, l’empêchant de trouver le sommeil. Il n’a pas le moral et me prévient d’une voix éraillée qu’il n’a plus le choix, il doit vendre son établissement. Sa peine est évidente. C’est alors que je pense au pécule hérité de mon père. Je n’en veux pas, mais je peux en faire profiter quelqu’un, Manolo par exemple.

Ne souhaitant pas lui donner de faux espoir, je préfère contacter le

notaire avant de lui en parler, mais s’épancher et discuter un peu lui fait du bien. Je le quitte après plusieurs heures passées à converser de tout et de rien, et finis par lui arracher la promesse de consulter un médecin avant de contacter un agent immobilier. En mon sens, c’est la première chose à faire. Il est trop tard pour aller prendre l’air, je rentre directement. Je dois demander conseil à Olivier.

Je m’enveloppe d’un nuage de parfum, rabats une mèche récalcitrante. Les ridules au coin de mes yeux m’apparaissent plus prononcées que d’ordinaire, vraisemblablement le résultat de la nuit agitée. Je n’ai pas cessé de ressasser en me retournant dans le lit.

Je m’approche de la fenêtre pour la énième fois pour la guetter. Cette fois est la bonne, je la vois approcher.

Je consulte mon portable et étire un sourire satisfait en constatant

qu’elle est en avance. J’aimerais la rejoindre immédiatement, mais je refrène mon empressement craignant éveiller ses soupçons. Je l’espionne à son insu, mais je préfère qu’elle l’ignore. Elle me prendrait pour un détraqué !

Caro ôte le sac à dos de ses épaules, l’ouvre et en retire ce qui me semble être un livre. Elle s’assoit toujours sur le même banc, celui du milieu, et se plonge dans son roman. Les nerfs à vif, je finis par la rejoindre.

— Holà, me salue-t-elle d’un ton enjoué en me découvrant devant elle.

— Holà.

— Tu as la tête des lendemains difficiles, la soirée a été longue ?

Si elle savait !

— Je suis resté tranquillement chez moi, mais j’ai mal dormi. Et toi, comment s’est passé le mariage ?

Elle referme son bouquin et le range dans son sac avant de se mettre debout.

— Il est encore tôt. Où veux-tu aller ?

J’enregistre qu’elle esquive ma question.

— Tu es plus amène de connaître des endroits sympas, je te laisse le choix.

— D’accord, opine-t-elle.

Elle réfléchit en mordillant son index.

— Je sais, s’écrie-t-elle d’un coup. C’est très animé, je suis sûre que cela te plaira.

J’acquiesce d’un signe de la tête. Aucun de nous ne possédant de véhicule, nous optons pour les transports en commun.

Je reconnais tout de suite l’endroit, j’y suis déjà venu avec Olivier. Nous dépassons le restaurant où nous avions dîné, le fameux soir où j’avais surpris son fameux « ami » draguer ouvertement une autre femme en son absence.

Je lui suggère de prendre une table dans un petit bistrot intimiste, bien loin de l’établissement huppé de l’autre soir. Mon choix s’avère excellent, il n’y a pas grand monde. Caro me propose de nous installer en extérieur afin de profiter des premiers rayonnements du soleil. Nous sommes en mars et il fait bien 18 degrés. J’accède à sa requête, je suis prêt à accepter à tous ses désirs.

Un serveur s’avance et prend notre commande. Elle opte pour un jus de fruits. Moi, pour un Coca.

— Alors, ta journée d’hier ?

— Il n’y a pas grand-chose à en dire. La mariée était belle, mais ce samedi a traîné en longueur.

Sa moue dépitée me laisse à penser qu’elle ne s’est pas amusée autant que je le pensais.

— Pourtant, tu as dû retrouver de la famille ? C’est en général lors de ces évènements que l’on se rapproche des oncles et tantes que l’on n’a pas vus depuis longtemps.

Le garçon revient à notre table et dépose nos boissons devant nous avant de disparaître à nouveau. Je redoute qu’elle profite de cette interruption pour ignorer ma question. Elle secoue la tête en prenant une gorgée de son jus.

— Non, je ne connaissais personne. Le marié était le frère d’Esteban, un ami.

Elle enchaîne en me détaillant les pratiques des mariages espagnols. Elle a une façon passionnante d’expliquer les choses, son visage est le miroir de ses émotions, je suis hypnotisé. Elle sait captiver son auditoire et pourrait me réciter des versets de la Bible que je serais fasciné.

— Et toi, Caro, te marieras-tu en noir ?

Mais qu’est qui m’a pris de dire ça !

Elle éclate de rire.

— Je n’ai jamais pensé à ça et je ne suis pas prête à convoler. Il faudrait déjà que je déniche l’heureux élu et ce n’est pas gagné.

Elle semble réfléchir, les yeux perdus dans son verre et reprend :

— Je crois que je choisirai une robe blanche avec des pois noirs uniquement pour embêter ma sœur, elle en fera une syncope.

— Tu ne t’entends pas avec elle ?

— Elle s’est mise en tête de me trouver un mari, m’entraînant dans des rencards plus improbables les uns que les autres, je ne te raconte pas ! Mais mes histoires de famille ne doivent pas t’intéresser. Depuis tout à l’heure, je ne parle que de moi, c’est gênant. À ton tour de te dévoiler un peu.

Voilà qui pique ma curiosité.

— Je veux tout savoir de tes affreux tête-à-tête. Alors, je t’écoute. Je répondrais ensuite à tes questions.

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