Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 30 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 30

Rafael

 

Il me faut patienter jusqu’à 21 heures pour voir le couple revenir, les

visages fermés.

— Montons à l’appartement, nous y serons plus à l’aise pour discuter.

Je sécurise la boutique et les invite à me précéder avant d’éteindre les lumières.

La jeune femme s’écroule sur le canapé, prend la tête entre les mains et garde la face rivée vers le sol. Je comprends qu’elle pleure aux secousses qui agitent de son corps. Son mari s’assoit à ses côtés, l’attire tendrement contre lui pour la consoler. Je ressens un pincement au cœur en contemplant ce couple uni dans l’adversité. Je percute que c’est ce genre de relation que je souhaite avec Caro.

— Ils ne veulent rien faire, s’insurge Carla en relevant vers moi un visage mouillé. Elle est majeure, et selon eux, ce n’est pas parce qu’elle ne donne plus signe de vie depuis quelques heures qu’elle est en danger.

Alvaro m’avait avisé en sortant du commissariat qu’ils avaient récolté une fin de non-recevoir. De mon côté, j’avais tenté de contacter les hôpitaux, personne ne correspondait au signalement de la jeune disparue.

— Il nous faut réfléchir.

— Ce ne serait pas un coup de ta copine française ?

— Un ami est parti contrôler qu’elle se trouve bien à Paris. J’attends un retour de sa part. Et du côté de ses collègues de travail ?

— Je les ai contactés avant de venir ici, désirant m’assurer qu’elle n’avait pas été appelée au dernier moment pour remplacer quelqu’un, ce ne serait pas la première fois que ça arrive. Ce n’est malheureusement pas le cas aujourd’hui. Caro ne les fréquente pas en dehors du boulot.

— Des amis, une copine ? proposé-je, en listant tout ce qu'il me passe par la tête. Ou encore, l’un des mecs que vous lui avez présentés, peut-être ?

Les joues de Carla rosissent. Elle tourne le visage vers son époux en l’interrogeant du regard.

— Ce sont des collaborateurs fiables. Juan est barbant et imbu de lui-même, mais il ne ferait pas de mal à une mouche. Quant à Esteban…

— Chéri, tu m’as bien confié qu’il te parlait beaucoup de Caro dernièrement.

— C’est vrai, il s’en voulait de l’avoir ignorée lors du mariage de son frère. Il m’a demandé si elle voyait quelqu’un, confirme-t-il.

Je laisse échapper à un grognement. Je n’aime pas ça. Les affres de la jalousie enserrent mon cœur. J’espère pour lui qu’il n’est pas responsable de tout ce bazar.

— Téléphone-lui, on ne sait jamais.

Alvaro s’exécute. Au même moment, mon portable sonne : Olivier.

Je prends l’appel en m’éloignant vers la chambre pour plus d’intimité.

— Vous l’avez retrouvée ?

— Pas encore. De ton côté, qu’est-ce que ça a donné ?

— Nous avons rendu une visite surprise à Lola en mode " coucou, c’est nous, comment vas-tu ? " Elle a été étonnée de nous trouver sur le pas de sa porte, mais je te garantis qu’elle est bien à Paris.

Mon silence est éloquent. Quelque part, j’aurais préféré que Lola soit derrière cette histoire, cela m’aurait même rassuré. Lola peut se montrer insultante et hystérique par moment, je ne la vois pas faire du mal physiquement à quelqu’un.

— Il doit y avoir une explication logique, reprend-il. Il se peut qu’elle ait égaré son téléphone ou qu’elle n’ait plus de batterie. Tiens ! Le réseau, ce doit être une panne de réseau ! Ça survient plus souvent qu’on le pense. On ne se volatilise pas comme ça !

Mes lèvres restent closes devant ses arguments.

— J’achète un billet d’avion et j’arrive, décrète-t-il devant mon mutisme.

— Non, ça va aller. Tu as raison, Caro va certainement réapparaître dans la soirée. Tu viens de le dire toi-même, il doit y avoir une explication logique à sa disparition. N’oublie pas que tu vas bientôt être papa, mon pote. Emma a besoin de toi.

Un silence s’étire sur la ligne.

— D’accord, capitule-t-il, mais tu me fais signe dès que tu as du nouveau, OK ? Quoiqu’il en soit, en cas de nécessité, je débarque en renfort, tu sais que tu peux compter sur moi. Un coup de fil et je rapplique.

— Je te le promets, papa poule.

Je m’enquiers de la santé de la future maman. Nous échangeons des banalités pendant quelques minutes et je mets fin à la communication, après lui avoir juré pour la cinquième fois de l’appeler à la rescousse si l’utilité s’en fait sentir.

Bavarder avec mon meilleur ami m’a mis du baume au cœur. Mon anxiété est toujours présente, mais Olivier n’a pas tort, je dois relativiser la chose et ne pas dramatiser. Caro doit avoir une raison valable pour ne pas donner signe de vie.

Je reviens près de mes invités, rasséréné. Manolo est arrivé dans les entre-faits avec un plateau rempli de sandwichs. Je n’ai pas faim. Visiblement, les autres n’ont plus, le plat est resté intact, posé en évidence sur la table basse du salon.

Alvaro attend. Je l’interroge d’un signe de tête en m’adossant contre un mur, à proximité de la fenêtre.

— Esteban a passé le week-end à Puerto banus avec des amis. Il était au volant pour rentrer au moment de mon appel. Il est hors de cause.

Caro avait évoqué cette ville au cours de notre visite à Malaga. Ce lieu est celui de la jet set, des yachts privés, et des fêtes interminables. C’est un peu un Saint-Tropez espagnol. Cela ne me surprend pas que ce mec aime ce style de vie.

— Rien de mon côté non plus. Lola est à Paris.

— Nous voilà de retour à la case départ, se désespère Carla en se laissant tomber contre le dossier du canapé.

Le claquement du clapet de la boîte aux lettres attire mon attention. Je me décale d’un pas vers la gauche et m’appuie contre l’encadrement de la fenêtre.

Une silhouette élancée se détache dans la pénombre, je pencherais pour

celle d’un homme. Il est vêtu de noir, le crâne recouvert d’une capuche, il prend la direction du boulevard en rasant les murs, vraisemblablement pour éviter la lumière des réverbères.

Ce mec est louche, je suis convaincu qu’il a glissé quelque chose dans

ma boîte. Je vais devoir relever le courrier discrètement.

Quelques minutes plus tard, je remonte l’escalier avec une lettre qui m’est adressée. Mon prénom est inscrit en feutre, suivi d’un patronyme que je n’ai porté que les tout premiers mois de ma vie : celui de mon père.

— Qu’est-ce que c’est ? demande Alvaro en se postant derrière moi.

— Je l’ignore. Un homme vient de s’enfuir après l’avoir déposé.

Je décachette l’enveloppe en tremblotant et déplie le feuillet. Une mèche de cheveux bruns s’en échappe et atterrit sur le sol. Je me baisse pour la ramasser.

À sa vue, Carla éclate en sanglots et se jette dans les bras de son mari. J’échange un regard avec Alvaro, le mien est embué. Je n’ose pas lire à

haute voix la phrase dactylographiée sur le papier afin de ne pas affoler Carla. J’espère qu’Alvaro déchiffrera par-dessus mon épaule.

Rends-moi ce qui m’appartient ou tu ne reverras jamais ta copine

— Je ne comprends pas. Qu’est-ce que cela signifie ? demande ce

dernier en caressant les cheveux de sa femme blottie contre lui.

— Je n’en sais pas plus que toi.

Manolo qui était restée en retrait jusque-là s’avance vers nous. Il me prend le feuillet des mains.

— Nous devons contacter Sergio.

Voyant nos expressions ahuries, il s’explique :

— Le commissaire Sergio Blanco, c’est son métier d’enquêter, je suis certain qu’il connaît la marche à suivre. Son numéro est dans le répertoire de Pablo.

Je me rends dans le bureau de mon père, ouvre le tiroir et trouve le carnet en question.

Manolo a toujours prétendu ne rien savoir à propos de celui qui se

faisait appeler Pablo. Or il connaît l’existence de Sergio Blanco.

Je tape sur les touches en me promettant de tirer ceci au clair plus tard,

j’ai plus urgent à faire, sauver la femme chère à mon cœur.

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