Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 27 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 27

 

Caro

 

Lors de notre départ de chez Maria, après ce que j'apelle" le grand

déballage", Rafa a réfusé d'embrasser sa mère.

Dans la voiture j’ai pris la défense de cette pauvre maman. Maria a

commis des erreurs, certes, mais elle en a tellement bavé. J’éprouve de la peine pour cette famille déchirée. Pour cet homme et cette femme qui ont vu leur histoire d’amour avorter.

Rafa a écouté mes arguments, terré dans un mutisme profond. Puis il a

pris la parole, me confiant lui en vouloir, elle lui a ôté l’occasion de rencontrer Paulo. Rafa n’en démord pas, c’était à lui de décider, dévaluer le danger. Pas à sa mère.

Le reste du trajet s’est déroulé dans un silence tendu.

Contrairement à mes prévisions, il ne m’a pas raccompagnée chez moi. Il s’est garé à proximité de son quartier et m’a imploré de ne pas le laisser seul avec des yeux suppliants. Ses lèvres se sont rapprochées pour s’unir aux miennes. J’étais foutue. Pendant une fraction de seconde, les conseils de ma sœur me sont revenus et j’ai cédé à la tentation.

C’était il y a quinze jours et depuis nous ne nous quittons plus. C’est simple, je vis sur un petit nuage où Rafa m’emmène dans un monde de volupté et d’érotisme. Il me fait découvrir des plaisirs dont j’ignorais même l’existence. Il est désormais invité aux dîners hebdomadaires de Carla, il y a fait la connaissance de mes parents. Ceux-ci étaient curieux de rencontrer celui qui avait réussi à atteindre mon cœur.

Au cours du premier dîner, Rafa ne leur a rien caché de son enfance, des difficultés de la vie d’artiste et des raisons de sa présence à Séville. Il a narré aussi les révélations récentes de Maria concernant le passé de son père. Le mien a apprécié sa franchise et admire sa dévotion envers Manolo, un voisin qu’il connaît à peine. Pendant son récit, tous buvaient ses paroles.

Son ami Olivier prévoit de nous rendre visite avec sa femme en juin, lors du week-end de la Pentecôte. Ils arriveront le vendredi soir et regagneront la capitale française le lundi suivant. Il est impatient de me rencontrer. Leur venue me fait beaucoup stresser et pourtant j’ai hâte de découvrir celui qui a été un roc dans le quotidien de mon homme. Mon homme, c’est ce qu’est devenu Rafa en peu de temps. C’est simple, je ne conçois plus ma vie sans lui, cette sensation m’émerveille et m’effraie à la fois. Nous avons décidé d’un commun accord de vivre notre histoire au jour le jour, sans nous projeter plus loin.

Rafael soutient Manolo chaque jour au café, tandis que je révèle les trésors de Séville à des visiteurs curieux et de plus en plus nombreux.

Le soir nous nous retrouvons et tombons dans les bras l’un de l’autre.

Mon petit ami est déterminé de réaménager le logement afin de le rendre plus gai et fonctionnel. Il a requis mon aide pour le choix des coloris des murs ainsi que pour l’achat de nouveaux meubles, et ensemble nous avons sillonné les allées des boutiques pour nous créer notre nid douillet rien qu’à nous.

Avec le renfort d’Alvaro et Carla, nous nous attelons à repeindre le

bureau, exit le blanc terni par les années, c’est un joli grège pâle qui y siégera désormais.

La famille Cortès a fait son apparition alors que les rénovations n’étaient pas terminées. Le clan désire acquérir les deux entreprises, celle de mon homme et celle de Manolo, pour une bouchée de pain. Ils ont obtenu une fin de non-recevoir, mais leur idée a semé une graine dans l’esprit de mon compagnon. Il ne lui reste plus qu’à trouver la façon ou plutôt le financement pour la faire germer.

Vivre dans la dépendance rénovée par mes parents m’a permis

d’économiser de l’argent, je pourrais le lui confier pour qu’il mette le projet à exécution, seulement, un petit quelque chose que je peine à définir me retient.

Un bruit me tire de mon sommeil. Je ne veux pas me lever, pas déjà. Je me retourne pour me pelotonner dans les bras chauds de Rafael. Mon corps ne rencontre que du vide.

Je tâtonne le drap encore tiède et attends son retour en somnolant à

moitié. Il ne revient pas, que fait-il alors qu’il fait nuit ?

Cette fois, je suis bien réveillée et consulte mon portable. Quatre heures

dix ! Que peut-il bien fabriquer à une heure pareille ? Peut-être a-t-il suivi une inspiration subite, et est parti retrouver les pinceaux qu'il vient d'acheter ? Il m’a avoué qu’il y pensait sérieusement dernièrement. Ou alors il est malade, et je suis là, bien au chaud à rêvasser alors qu’il a besoin de moi.

Je ne tergiverse plus et saute hors du lit en attrapant un haut à la va-vite

que je m’empresse d’enfiler, et je pars à l’assaut des pièces sans plus de vêtements sur moi. Il n’y a personne.

Je descends l’escalier menant à l’arrière-boutique, un rai de lumière

filtre sous la porte de séparation. Malgré ma semi-nudité, je m’en approche silencieusement, me doutant que le bruit entendu un peu plus tôt n’était autre que le rideau de fer.

La voix de mon petit ami me frappe comme une gifle. Elle est tranchante, incisive. Cela ne lui ressemble pas ! J’espère qu’il ne s’agit pas d’un des frères Cortès qui insisterait. Les commerçants se plaignaient de leur comportement qui frisait parfois le harcèlement. Mais de là à enquiquiner le monde au milieu de la nuit !

Une voix enjôleuse me sort de mes réflexions.

Une femme ???

Je tends l’oreille.

— Nous avons eu une petite altercation et tu décampes à des milliers de kilomètres ! accuse la voix féminine en minaudant.

— Une petite altercation ! Tu plaisantes, j’espère ? Je te rappelle que tu m’as jeté dehors en détruisant des mois de travail.

— J’ai été excessive, je te l’accorde. Mais c’était pour la bonne cause, pour que tu réagisses et que tu t’investisses plus dans notre relation. Mes amies se marient, tombent enceinte les unes après les autres, même Emma attend un heureux évènement. Je veux que tu reviennes, gémit-elle en se rapprochant dangereusement de sa bouche.

Mon sang pulse dans mes veines, la tête me tourne, je ne veux pas voir ça.

Je recule et grimpe à l’étage le plus précautionneusement possible. La

chose n’est pas aisée à cause des larmes qui envahissent mes yeux. Il ne manquerait plus que je trébuche et qu’ils me découvrent l’intimité à l’air, affalée dans l’escalier.

Rafa m’a menti. Je me sens flouée. Il prétendait n’avoir aucune attache en France, il disait vivre en colocation. Tu parles !

Il a sauté dans le premier avion parce que sa copine l’avait fichu dehors.

Je rassemble mes esprits en même temps que mes affaires. J’emporte

uniquement le nécessaire, Carla récupérera le superflu plus tard.

Je suis obligée de passer devant eux, il n’y a pas d’autre issue possible. Il faut que je prenne mon courage à deux mains et que je me confronte à eux.

J’essuie mes larmes d’un revers de main, coiffe rapidement mes

cheveux avec les doigts pour les démêler et relève le menton.

Je dévale l’escalier sans aucune précaution, mon pas est lourd et bruyant de façon à être entendu. Je ne tiens pas à être le témoin de leurs retrouvailles, j’espère que Rafael m’épargnera ça ! Rien que l’idée de les surprendre dans les bras l’un de l’autre, mes yeux s’humidifient à nouveau. Je pince les coins internes, là où débouche le canal lacrymal, afin de refouler une nouvelle crise de larmes.

Je traverse la réserve comme une tornade et pousse brutalement la porte de la boutique. Ils sont là, face à face, la femme toujours est postée devant l’entrée, mais s’est éloignée de Rafa qui me tourne le dos. Elle percute ma présence avant lui.

Elle est belle, grande, enfin plus grande que moi, mince et sophistiquée.

Je me sens misérable à côté d’elle et me rapetisse un peu plus. Qu’a-t-il bien pu me trouver ?

La fille affiche un sourire moqueur.

— Je comprends mieux tes réticences à rentrer, crache-t-elle d’une voix acerbe. Tu n’as pas pu t’empêcher de me tromper ! C’est de bonne guerre, je ne t’en veux pas. Toutefois, je t’ai connu plus exigent sur les poufiasses que tu mettais dans ton lit.

Elle me détaille avec dédain. Rafa se retourne, il fronce les sourcils en m’apercevant prête à quitter les lieux.

— Caro, je…

La femme ricane tout en pivotant légèrement sur la droite pour me laisser le champ libre. Je reste immobile, mon regard plonge dans celui de mon amant.

— Caro ne part pas, je vais t’expliquer.

— Lui expliquer quoi, Rafael ? Que nous vivions ensemble depuis plusieurs mois ? Que la veille de ton départ, tu étais encore dans mon lit ?

— Est-ce que c’est vrai, Rafa ? demandé-je d’une voix éteinte.

Il baisse les yeux vers le sol. Toute précision est inutile, j’ai compris.

Je passe devant lui sans un regard et disparais de sa vie.

 

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