Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 40 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 40

Rafael

 

Je savais que ce ne serait pas facile. Sa sœur, dont je suis resté en

contact, m’avait averti. Manolo aussi.

Caro reprend son souffle. Ses yeux sont mouillés, mais ses pleurs se sont taris. Ses joues sont rouges de colère. Je comprends qu’elle m’en veuille, je me refuse pourtant de la laisser m’échapper avant de lui avoir tout révélé.

Elle s’apprête à poursuivre son chemin, je dois réagir avant qu’il ne soit trop tard.

— Je n’étais pas avec elle, Caro. Je t’ai menti pour que tu ne cherches pas à me retenir sinon jamais je n’aurais eu le courage de monter dans cet avion. Je pensais aussi que cela t’aiderait à passer à autre chose, à m’oublier et à te reconstruire. C’était stupide, je le reconnais. Laisse-moi une occasion de m’expliquer, laisse-nous une chance. S’il te plaît.

— Tes précisions surviennent un peu tard, tu ne crois pas ? Tu t’es montré extrêmement clair à l’aéroport. Maintenant, va-t’en.

Elle me tourne le dos et s’éloigne pour quitter le quartier historique.

— Je suis parti pour te protéger Caro !

Les badauds sont nombreux, je doute qu’elle m’ait entendu jusqu’au moment où je la vois hausser les épaules. Cependant elle continue son chemin sans se retourner. Mes enjambées ont plus d’amplitude que les siennes, je réduis donc rapidement la distance qui nous sépare près à dégainer mon principal va-tout.

— Je t’aime.

Des passants curieux nous observent. Ma déclaration a au moins eu l’effet de la stopper. Je n’avais encore jamais prononcé ces mots, surtout en public, je suis prêt à tout pour la reconquérir.

Je profite de sa stupéfaction pour m’approcher doucement, je la

contourne en me positionnant face à elle sans chercher à la toucher, un peu comme je le ferai avec un animal apeuré.

— Je voudrais te raconter ce qu’il s’est exactement produit les jours précédents mon départ. Je te promets de ne pas amplifier les faits ni de les embellir. Ensuite, je me plierai à ta décision, quelle qu’elle soit.

Caro se mord la lèvre inférieure, elle est prise entre la curiosité et l’envie d’en rester là. Nos regards se percutent et je discerne l’instant où elle baisse la garde.

Elle pose son sac à dos entre ses pieds et croise les bras sur la poitrine

avec bravache. Une vraie petite furie qui semble prête à en découdre.

— Très bien, je t’accorde cinq minutes, pas une de plus.

— Pas ici, viens.

Je m’empare de son sac d’une main et agrippe son poignet de l’autre avant qu’elle ait le temps de réagir. Elle se laisse guider sans montrer la moindre résistance jusqu’à son banc préféré qui est libre. Nous nous installons en silence, ma main glisse vers ses doigts pour les capturer. Elle ne se débat pas, je prends ce signe pour un encouragement alors, je les entrelace aux miens.

Pendant le quart d’heure qui suit, je lui dévoile tout. Je n’omets rien,

elle m’écoute sans m’interrompre en fixant le sol.

— C’est une histoire rocambolesque, conclut-elle à la fin de mon récit.

Je retiens mon souffle, ce que je m’apprête à lui annoncer ne va pas lui plaire, cependant, je lui ai juré de ne rien lui cacher.

— Nous avons décidé que le mieux était que je disparaisse de ta vie.

— Nous ? répète-t-elle étonnée en rivant son regard au mien.

— Ta sœur, ta famille. Ils étaient effrayés à l’idée que ce malfrat s’en prenne de nouveau à toi. Carlos Herero était hors d’état de nuire, mais pour combien de temps ? Il sortira de prison un jour ou l’autre et Dieu sait ce qu’il aurait été susceptible de faire ? J’aurais été incapable de vivre avec cette épée de Damoclès au-dessus de ta tête ou de la mienne, d’ailleurs. S’il t’arrivait malheur par ma faute, jamais je ne me le pardonnerais.

— Il ne t’est pas venu à l’esprit que c’était à moi de décider ?

— C’est ce qu’Olivier ne cesse de me rabâcher.

— Il a raison. Comment veux-tu que je te fasse confiance si tu n’es pas franc avec moi ?

— Je n’ai pas souhaité te mettre face à ce dilemme. Qu’aurais-tu fait ? Aurais-tu fui avec moi en laissant tout derrière toi ? Aurais-tu eu le cœur brisé en rompant parce que notre amour était impossible et que c’était la solution la plus sage ? En aurais-tu eu seulement le courage ?

Ses épaules s’affaissent, je viens de marquer un point.

— J’ai voulu t’éviter un dilemme inéluctable.

— Pourquoi es-tu revenu, Rafa ?

— La vie nous offre une deuxième chance et j’entends bien m’en saisir. Sergio, enfin le policier qui a conduit l’enquête m’a contacté avant-hier. On ne doit jamais se réjouir du malheur d’autrui, mais Carlos ne pourra plus jamais nous atteindre, il a été victime d’un règlement de compte dans l’enceinte de la prison.

— Est-il …

Elle ne termine pas sa phrase, j’acquiesce d’un signe de tête.

— Il ne m’a pas fallu plus de quelques heures pour trouver une place sur un vol et regrouper mes affaires et me voilà. Caro, ne te figure pas que je t'ai quittée facilement. Te tourner le dos dans le hall de l'aéroport a été la chose la plus difficile que j'ai jamais eue à faire. Moi aussi, j’avais le cœur en lambeaux. J’ai broyé du noir tout l’été, si tu ne me crois pas, interroge Olivier ou Emma, j’ai vécu chez eux durant tout ce temps et ils ont dû supporter mes lamentations. Je t’en supplie, laisse-nous une seconde chance et tu ne le regretteras pas.

Rafael n'a pas tort, je n’aurais jamais eu le cran de le quitter. Il m’a éjectée de sa vie et désormais j’en saisis la raison. Seulement, il va devoir me prouver qu’il est digne de ma confiance.

J’écarquille les yeux en le découvrant agenouillé devant moi. Des promeneurs regardent la scène de loin, d’autres, plus curieux, se sont approchés et attendent la suite.

— Caro, je ne te demande pas d’adhérer à mes décisions passées. Je suis conscient d’avoir commis des erreurs et j’en ai tiré les leçons. Je te jure de ne plus rien te cacher et de t’inclure dans mes réflexions futures. Je souhaite uniquement que tu me laisses une chance de te rendre heureuse. Je t’aime et je remets mon cœur entre tes mains.

Même dans mes rêves les plus fous, je n’aurais jamais imaginé recevoir une déclaration si romantique. Comment résister ? Rafael a commis des erreurs, certes, mais qui n’en fait pas ? Le plus important demeure les sentiments que nous éprouvons. Je l’aime plus qu’il ne pourra jamais le concevoir. Des écueils nous en connaîtrons d’autres, et nous les surmonterons haut la main parce que la puissance de notre amour sera plus forte que tout.

Il attend toujours vaillamment un genou à terre. Ses yeux reflètent une certaine appréhension que je m’empresse d’anéantir.

— D’accord.

— D’accord, répète-t-il, la voix chargée d’émotion. Est-ce que cela signifie…

— Je suis disposée pour nous laisser une chance, à condition…

— Peu importe, j’accepte toutes tes exigences.

— Plus de secrets et nous décidons dorénavant de tous ensemble.

— Accordé.

Rafael se relève, et m’oblige à en faire autant. Les yeux dans les yeux nous nous promettons le meilleur. Un sourire béat plaqué sur le visage, sa bouche s’avance doucement, nos souffles se mêlent. Les battements effrénés de mon cœur me tournent la tête, je me raccroche à sa chemise pour ne pas vaciller. Rafa y voit un signe d’impatience de ma part et effleure mes lèvres. Il joue un moment en les taquinant avant que je lui en offre l’accès. Nous échangeons un baiser étourdissant, plein de promesses sous un tonnerre d’applaudissements.

Les badauds se sont regroupés autour de nous, nous nous séparons

légèrement confus de nous être donnés en spectacle. Rafa colle son front au mien.

— Et si nous rentrions chez nous ?

J’accepte sa proposition d’un hochement de la tête. La foule s’écarte sur notre passage, il lève la main vers Manolo qui n’a pas perdu une miette de la représentation depuis une fenêtre du premier étage.

— Bienvenue chez nous, mon amour.

Pour toute réponse je l’embrasse dans le cou, il en profite pour passer son bras derrière mes genoux et me soulève comme une jeune mariée. Nous pénétrons dans notre nid du bonheur, je n’ai jamais été aussi heureuse qu’à cet instant. Finalement, la vie nous réserve parfois de belles surprises, encore faut-il savoir les saisir.

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