Rafael (French Edition)

Florence Charbaut · Chapitre 33 sur 43

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Rafael (French Edition)

Chapitre 33

Rafael

 

Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit, je n’ai pas pu me résoudre à me

coucher bien gentiment dans mon lit, alors que Caro était en danger. J’ai réfléchi longuement assis sur le vieux canapé, les yeux dans le vague. Et si Pablo avait subtilisé la pierre manquante. C’est une possibilité que l’on ne peut pas écarter.

J’ai tenté de me mettre à sa place et j’ai cherché où il aurait pu planquer

un caillou d’une telle valeur. J’ai fouillé les recoins de son logement durant des heures, feuillant chaque livre de la bibliothèque, cela m’a permis de ne pas sombrer en réfléchissant au calvaire de Caro.

Je l’imagine morte de peur entre les mains de ses ravisseurs. L’idée

qu’ils la touchent me révulse, la pensée qu’ils lui fassent du mal me serre les tripes. J’espère sincèrement que ce n’est pas le cas, cette pensée me rend fou alors pour ne pas le devenir, je suis parti à la chasse au trésor.

J’ai fouiné partout, en vain. Je me suis écroulé trois heures plus tard, en contractant les mâchoires pour ne pas me défouler sur les murs. Je dois rester fort et ne pas baisser les bras pour ma brunette, pour ne pas la laisser tomber.

Pour la première fois de ma vie, j’ai prié pour elle, pour moi, pour nous,

mais aussi pour mettre la main sur cette putain de pierre précieuse.

Une petite voix que je repousse sans cesse me nargue, elle prétend que

le diamant avait sûrement pris le chemin de la déchetterie avec les encombrants. Je la muselle en posant la main sur mes oreilles pour ne plus l’entendre. C’est officiel, je suis cinglé.

Manolo ouvre son établissement. Il devra se débrouiller seul. Je ne suis pas en état et avec ma tête de déterrer, il m’accuserait encore de faire fuir les clients. Je ne me sens pas capable de faire des courbettes et des sourires, alors, autant rester chez moi à ruminer.

J’ai une nouvelle mission : guetter l’arrivée des instructions. Je suis en planque derrière les rideaux et surveille la place qui se réveille peu à peu. Je fixe chaque individu épiant le moindre geste suspect, la moindre faille pour lui tomber dessus. Le message reçu la veille ne m’informant ni du lieu de l’échange ni du procédé, les kidnappeurs sont obligés de me recontacter d’une façon ou d’une autre. Mon plan est simple, quoiqu’un peu tiré par les cheveux, mais je n’ai que celui-là.

Il est dix heures lorsque la sonnerie de mon portable me fait sursauter : c’est Alvaro.

— Vous avez du nouveau ? demandé-je avec espoir.

— Non, rien de neuf. Nous avons passé la nuit chez mes beaux-parents, Carla restera la journée auprès d’eux avec Sofia. Est-ce que le flic t’a recontacté ?

Je secoue la tête machinalement et me traite d’idiot en comprenant qu’il ne peut pas me voir.

— Non.

— Argh, cela ne m’étonne pas. Il aurait dû mettre ton téléphone sur écoute et affecter des flics en civil autour de la place. Les ravisseurs vont entrer en contact avec toi.

— Je guette les abords depuis un moment, rien à signaler.

— Ce Sergio Blanco ne nous dit rien qui vaille, ses méthodes sont suspectes. C’est pourquoi nous avons décidé d’investiguer de notre côté. Tu es des nôtres ?

Je fronce les sourcils en réfléchissant.

— Quels sont vos plans ?

— Mener une enquête parallèle à celle de la police. Sergio a raison sur un point : il y a eu une fuite. Ton père n’a jamais eu d’ennuis depuis qu’il a changé d’identité, ils sont arrivés avec toi. 

Une chape de plomb me tombe dessus. Il insinue clairement que je suis responsable de l’enlèvement de sa belle-sœur. Mes épaules s’affaissent sous l’accusation.

— Je ne te dis pas que tu es fautif, concède-t-il. Mais nous pensons que ta présence a fait resurgir le passé. Es-tu bien certain d’en avoir parlé à personne ?

— À part Manolo, Caro, tes beaux-parents, et vous deux. Personne, décrété-je fermement.

— Il y a autre chose, Esteban est absent ce matin.

— Tu m’étonnes ! Après avoir fait la chouille pendant deux jours, il doit dormir.

— Quoi que tu penses de lui, ce n’est pas un tire-au-flanc. Il n’est jamais en retard au boulot. L’unique fois où il a manqué une semaine, il était cloué au lit avec une bonne grippe. Je dois raccrocher, on se rappelle plus tard.

Il joint le geste à la parole et je reste comme un con, le portable collé à l’oreille.

Je frotte mes yeux fatigués en rangeant mon appareil dans la poche

arrière de mon jean. J’ai menti délibérément, il y a une autre personne à laquelle je me suis confié : Olivier.

Après avoir jeté un coup d’œil à ma montre, je décide d’attendre l’heure du déjeuner pour l’appeler et compose le numéro de ma mère que je connais par cœur. Je ne lui ai pas parlé depuis le jour où elle m’a dévoilé l’entière vérité. Je doute qu’elle sache le nom des personnes qui séquestrent Caro, cependant elle m’en dira peut-être plus sur ce diamant égaré.

Je raccroche quelques minutes plus tard, frustré. Elle s’est mise à

sangloter en entendant ma voix, ses pleurs ont redoublé après avoir appris l’enlèvement de la jeune guide. Ensuite, je l’ai interrogé sur le sujet qui me tenait à cœur. Elle décrète ne rien savoir au sujet du caillou mystérieusement disparu.

Mon père l’avait vaguement évoqué à l’époque de l’affaire, mais sa

priorité était qu’il ne soit pas incarcéré. En gros, j’ai dû la rassurer alors que je ne le suis pas moi-même, et je ne suis pas plus avancé, et tout ceci en gardant un œil sur la place.

J’attends midi pour joindre Olivier. Son smartphone est éteint, je tombe systématiquement sur la messagerie. Toujours camouflé derrière mes voilages, je surveille les badauds qui sont de plus en plus nombreux. Un jeune couple se bécote sur le banc de Caro, je refrène mon envie de les y déloger.

La sonnerie de mon portable retentit, un numéro inconnu cherche à me

joindre. Mon souffle se coupe. Je prends mon courage à deux mains, et finit par appuyer sur le pictogramme représentant un téléphone vert d’un doigt tremblotant.

— Rafael, c’est Blanco à appareil.

— L’avez-vous retrouvée ?

— Nous avançons, nous avançons… je voulais te prévenir que des policiers en civil sont en faction près de chez toi. Il serait préférable que tu ne quittes pas ton domicile aujourd’hui.

Son ordre voilé ne me plaît pas, mais je l’accepte.

— Très bien je ne bougerai pas de chez moi.

— Nous allons la retrouver, Rafael, ce n’est qu’une question du temps.

— Justement, elle est entre leurs mains depuis plus de 24 heures. Avez-vous essayé de localiser son téléphone ?

— Bien évidemment. Pour qui me prends-tu ? Nous avons tenté un bornage dès hier soir, sans résultat. Les ravisseurs ont dû l’éteindre ou le détruire. Je ne devrais pas t’en parler pour ne pas te donner de faux espoirs, nous avons une piste assez sérieuse. Nous sommes sur la bonne voie, je le sens et crois-moi, mon flair ne me trompe jamais. Je te recontacte dès que j’ai du nouveau, en attendant il faut prendre son mal en patience et rester optimiste. Surtout, ne sors pas de chez toi.

Je quitte mon poste d’observation, inutile de demeurer planté derrière les rideaux puisque des policiers se chargent de la surveillance.

J’essaie de manger un bout, je n’ai pas d’appétit et abandonne mon

encas sur la table basse.

Après avoir tenté de rappeler Olivier, toujours sur messagerie, je

m’affale sur le canapé. La nuit blanche commence à se faire ressentir, mes paupières s’alourdissent, mes yeux se ferment. Je me laisse glisser doucement vers le néant pour oublier.

Les aiguilles de la pendule ont à peine dépassé 14 heures lorsque je quitte ma sieste réparatrice. La sonnerie de mon portable retentit à nouveau. Je me précipite dessus, supposant qu’Olivier me donne enfin signe de vie. J’ai du mal à cacher ma déconvenue quand je vois qu’il s’agit d’Alvaro.

— Esteban est de retour, m’informe-t-il. Il a passé la matinée au commissariat.

C’est donc ce play-boy la piste sérieuse de Sergio ! S’il a touché à ma belle, je vais le réduire en bouillie.

— Que t’a-t-il raconté ?

— Il jure de ne pas avoir ébruité mes indiscrétions, j’aurais tendance à le croire. En revanche, il se souvient avoir croisé Juan en sortant de mon bureau, le jour de mes commérages. Mon collègue en a informé Blanco. Juan a des habitudes de vieux garçon, continue-t-il, il dîne tous les soirs dans le même troquet. C’est d’ailleurs là qu’il avait invité Caro.

— Insinues-tu qu’il ait tout entendu ?

— Je n’en sais rien, nous ne pouvons pas négliger cette éventualité. Cet homme passe plus de temps à nous traquer pour colporter au patron qu’à travailler. Je me demande pourquoi il a été embauché ! Je ne peux pas le suivre ce soir, mais toi, rien ne t’en empêche.

— Que dois-je faire ?

— Rien de bien compliqué. Tu dînes tranquillement en le surveillant et quand il se lève pour partir, tu le files discrètement, avec un peu de chance il te mènera jusqu’à Caro. Je te transmets l’adresse du resto ainsi qu’une photo du bonhomme prise sur le trombinoscope de la boîte.

— Ça marche pour moi.

— Super ! J’étais sûr que tu accepterais. Je t’envoie tout ça d’ici une heure.

Il raccroche sans ajouter un mot. Je me rappelle seulement à cet instant la consigne du commissaire. Il m’avait recommandé de ne pas bouger de chez moi. D’un autre côté, je n’en peux plus d’attendre et je lui désobéis pour la bonne cause. Pour la première fois depuis 24 heures, j’entrevois une lueur d’espoir.

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